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Message Publié : Jeu Sep 08, 2016 11:27 am 
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« Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu »
Charles Péguy
« Toutes les circonstances de ma vie ont été comme des échelons que Dieu plaçait autour de moi pour me faire monter jusqu'à lui »
Saint-Martin

«-Que pensez-vous du communisme ?
-Je crois que l'Internationale est apparue à Babylone il y a trois mille ans.
»
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Message Publié : Sam Oct 22, 2016 3:01 pm 
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Les rizières de l’Ang Thong, ruines millénaires de l’esprit sengaïais, cœur de la nation. Véritable grenier de cette partie du Wenlai, les collines de l’Ang Thong sont une véritable mine pour les agriculteurs depuis la préhistoire. Situées au pied des monts Sarakham, et bénéficiant ainsi d’une hydrographie absolument extraordinaire, les collines d’Ang Thong sont habitées depuis au moins cinq mille ans. Les premières cultures de riz en terrasse datent elles d’environ quatre mille ans. Les Népalais sont les « de souche » de cette terre, la cultivant et y vivant depuis toujours. C’est seulement à partir du Moyen Âge que les Thaïs, secondés par les hordes auxiliaires tibétaines, ont franchi les montagnes et les fleuves pour un accès à la mer intérieure. Sur leur chemin : les rizières de l’Ang Thong. Les princes Népalais d’alors engagèrent une lutte d’une extrême violence pour protéger leurs terres. Aranamandou devint à l’époque une cité-forteresse inexpugnable… mauvais calcul : les Thaïs et les Tibétains s’installèrent dans les alentours de la ville et y menèrent un siège de 34 ans (!). En effet : les assiégés avaient accès aux produits de la mer et aux terrasses à riz installées partout dans la ville tandis que les assiégeants ont fait venir des milliers de colons pour exploiter les terrasses de l’Ang Thong. Ce n’est là que l’un des multiples exemples de l’importance d’Ang Thong dans l’histoire du Sengaï.

A l’heure actuelle, ces guerres dont le riz était l’élément central, comme enjeu, pivot et grenier, demeurent encore présentes dans la mentalité népalaise. L’utilité des rizières s’est cependant élargie à l’ensemble du Sengaï. Un peu d’histoire statistique nous apprend qu’en 1750, on peut estimer que 50% des Sengaïais étaient nourris par le riz de l’Ang Thong. Aujourd’hui, on frôle les 65% (chiffre stable depuis 1850). Il peut être étonnant de voir pour les géographes étrangers que presque deux tiers de la consommation en riz de 90 millions de personnes se trouvent dans le petit carré de la carte ci-dessus. Le système hiérarchique népalais assez rigide de base, couplé au système du Ran Sakdina a provoqué la naissance d’une élite népalo-thaïe richissime. La famille régnante sur les terres népalaises est la famille des Khunsoek. Non contente de servir de grenier du Royaume, elle est aussi à la tête de l’une des plus grandes banques du continent, et s’est construit un véritable empire financier, qui ne cherche aujourd’hui qu’à s’étendre. En tout cas, la racine de tous ces éléments historiques, sociaux et économiques se trouvent dans les rizières de l’Ang Thong. Si l’on veut ajouter quelques informatiques intéressantes, on pourra rappeler qu’à certains endroits, la densité d’habitants peut atteindre les 600 hab/km² (chacun sait que la culture de riz demande une main d’œuvre nombreuse), voire plus au moment des récoltes, quand des travailleurs, souvent jeunes, viennent se faire un peu d’argent les pieds dans l’eau, payant leurs études en marchant dans les paysages magnifiques sculptés au fil des siècles par l’un des plus vieux peuples au monde.

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Message Publié : Sam Déc 17, 2016 3:58 pm 
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Onduler son corps sous les lumières tamisées des palais de l’Extrême-Orient ; un ancien art qui se perpétue. Dans le Muang-Baï Phudin, depuis plus de deux millénaires, se déroulent des festivaux de danse qui ont fasciné les premiers dytoliens posant le pied sur le Wenlei. Danses extrêmement sensuelles réalisées avec des costumes traditionnels déjà représentés sur des peintures et des mosaïques vieilles de deux mille ans, les danses ancestrales, comme on les appelle communément, sont pratiquées généralement par des femmes de haute naissance. La princesse Natnaree elle-même, fille de l’actuel Rama Panom IV, en a beaucoup pratiqué pendant sa jeunesse. En effet, il faut comprendre que le groupe de danse qu’une femme a lorsqu’elle est jeune fille, de 12 à 22 ans, est comparable au régiment du jeune homme lors de son service militaire ; un lien particulier se tisse entre les différents membres. Si l’on plonge dans les racines les plus anciennes des danses ancestrales, on note qu’il s’agit d’une danse qui a pour origine de célébrer les dieux de la fertilité, des champs et des animaux ; c’est quelque chose que l’on remarque bien lorsqu’un groupe de danseuses exécute les pas les uns après les autres, comme si elles dansaient avec quelqu’un, réminiscence des danses avec les esprits ou les ancêtres. On en déduit la conséquence suivante : du fond des âges jusqu’à la fin de l’époque moderne, ces danses ne pouvaient servir qu’aux propriétaires terriens, qui avaient besoin de fertilité et de vitalité dans leurs exploitations. Ceux-ci étant souvent des aristocrates, c’étaient leurs filles et leurs femmes qui pratiquaient ces danses. Il y avait cependant plusieurs conditions : il fallait avoir 12 ans minimum, 38 maximum, et si la femme était mariée, il fallait qu’elle soit mère pour pouvoir danser ; le moment entre ses fiançailles et son accouchement est un temps (qui peut durer plusieurs années) durant lequel elle « retient son souffle », attendant la bénédiction des dieux après avoir dansé pour eux durant son adolescence. Selon les régions et les communautés, d’autres critères peuvent entrer en compte. Dans l’Ouest du Muang-Baï Phudin, non loin de la ville de Nadeewongwarm (quelques 300 000 habitants à l’heure actuelle), les femmes laides ne pouvaient pas danser ; chaque défaut physique était détecté et éliminait les femmes non-conformes (dents dépareillées, gros nez…). Ainsi, il existait de véritables concours de beauté, dès le Moyen Âge, durant lesquels même les petits paysans pouvaient apporter leurs filles pour qu’elles soient sélectionnées pour participer aux grands festivaux de danses ancestrales…

Aujourd’hui, la danse ancestrale s’est plus ou moins démocratisée. L’aristocratie s’en est débarrassé, rongée par le scientisme et les sirènes du modernisme. Ainsi, petit à petit, les cultes des anciens dieux sont passés entre les mains des paysans, et c’est eux qui perpétuent les danses ancestrales. Cependant, il n’y a qu’une proportion assez faible des propriétaires fonciers aristocrates qui a abandonné les traditions. On estime que 61% des femmes de l’aristocratie passent encore aujourd’hui par les danses et elles conservent même un rôle prépondérant, allant même jusqu’à payer les costumes des femmes plus pauvres. C’est un rite de prodigalité, à la base, ne l’oublions pas. Toutefois, l’ère contemporaine n’a, semble-t-il, pas apporté de bonnes choses à cette tradition. Aujourd’hui, il est possible aux touristes de se rendre au Sengaï pour admirer ces danses, et même les Sengaïais qui habitent au-delà du Muang-Baï Phudin viennent admirer ces danses lorsque les temps sont venus. C’est une bonne chose, certes, et on estime au passage à plus de dix-huit millions, Sengaïais et étrangers inclus, qui se rendent aux festivaux de danse ancestrale qui, parfois, ont lieu dans des endroits magiques aux paysages paradisiaques, comme dans les ruines de vieux temples ou au pied des cascades du Mézong. Mais. Il y a un mais. Les policiers de Pan Ranong ont procédé à des arrestations dans des clubs VIP très chauds de la capitale et des vidéos/photos ont été prises de danseuses pratiquant les sensuelles danses ancestrales devant des personnes riches, sengaïaises ou étrangères, qui le leur avaient demandé contre de l’argent. Il faut savoir qu’au Sengaï, le délit du sacrilège existe encore, et bien qu’il soit une coquille vide en terme juridique, il est moralement très condamnable et condamné par les Sengaïais. Ce n’est pas la première fois que la jet-set thaïe est accusée de salir l’histoire et les mœurs du Sengaï et il est à penser qu’elle recommencera, mais la patience d’un peuple enraciné a plus de limites que pour n’importe quel peuple cosmopolitisé.

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Message Publié : Ven Déc 23, 2016 2:06 pm 
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Chameaux dans un océan de sable et oasis sous les rayons brûlants, le désert, cœur du Sengaï. Occupant un peu plus d’un quart du territoire sengaïais, le désert du Karavaï est une barrière naturelle entre le Nord Népalais du Sengaï et le Sud/Ouest Tibéto-thaï. Situé en plein cœur du Sengaï, cette étendue de sable et de roches a toujours rebuté les hommes du Sud. En effet, si l’on regarde la carte du Royaume, on y constate la chose suivante : pour les Thaïs originaires du Sud, la montée vers le Nord rencontre l’obstacle du désert et les montagnes des Songphang. Pendant des siècles donc, ce désert n’était rien de plus qu’un espace de transition qui permettait aux Népalais d’exporter leur riz vers le Sud en échange de produits plus élaborés fabriqués par les Thaïs. Au début du Moyen Âge, qui commence en 245 de notre ère, des hordes Ouïghours arrivèrent de l’Est et s’installèrent autour du lac Sapiong. Pendant des siècles et des siècles elles organisèrent des raids et des attaques de caravanes et de villages, ce qui les fit parfois transiter par les montagnes Tibétaines. C’est en 948 que les Ouïghours commencent à prendre une importance fondamentale en fondant le Khanat Ichmek, qui fut détruit par Rama Panom Ier. Le désert du Karavaï fut un lieu d’affrontement qui donna lieu à des batailles quasi-légendaires : de vastes étendues stables donnèrent lieu à des immenses manœuvres de cavalerie et d’infanterie qui impressionnent encore aujourd’hui les chefs de guerre du monde. C’est dans ce désert, dit-on, que la plus grande charge de cavalerie fut menée par Panom Ier, avec 8 000 chevaux de guerre. Saura-t-on jamais s’il y avait vraiment autant de cavaliers ? En tout cas, cette transition du désert de lieu de commerce à lieu de guerre ne s’arrêta pas ici. En 1486, le général thaï Prayuth Ratcha-Khaen prit la tête d’une puissante armée et marcha sur le désert, chassant les Ouïghours ou les poussant à se sédentariser sur les bords du lac Sapiong. Il fonda le Ratcha-Khaen Phudin, qui existe encore aujourd’hui ; les descendants du général Prayuth sont encore à la tête de cette province.

Et c’est plutôt une bonne chose pour eux. En effet, le sol de Karavaï est rempli de fer, de platine et de gaz. Ces ressources ont été découvertes à la fin du XXe siècle ou au début du XXIe, c’est-à-dire très récemment. Des tentatives d’arrangement ont été proposées par les aristocrates du Khunsoek Phudin et du Songphang Phudin pour acquérir des pans entiers de désert, avec des mariages, des achats ou des accords quelconques. Heureusement, les hauts nobles du Ratcha-Khaen Phudin ont tenu bon et ont rapidement compris tout l’argent qu’il y avait à engranger grâce au désert de Karavaï. En fait, les perspectives d’avenir sont plus que brillantes pour les Ratcha-Khaen : certaines estimations font même d’eux la seconde famille la plus riche du Sengaï après les Muang-Baï, la famille royale, d’ici quelques années seulement. En effet, depuis une dizaine d’années, les mines se multiplient partout dans le désert. Des routes se construisent jusqu’aux points les plus riches en matières premières dans le désert, des villes poussent dans le désert, des sources de nourriture sont créées intelligemment grâce au vieux savoir-faire thaï à ce sujet, du riz est importé du Nord, bref, tout s’organise pour extraire au mieux les ressources précieuses et Ô combien lucratives du Karavaï. De plus, pour les exporter, il faut bien des routes pour accéder aux ports Les Ratcha-Khaen sont là bien vicieux, l’esprit d’indépendance qui les définit les pousse à menacer les Muang-Baï et les Chasombat de préférer exporter au Nord, vers la mer intérieure, si ceux-ci refusent d’abaisser les taxes de douane et de péage, ce qui enrichirait les Népalais. Poussant le vice encore plus loin, les Ratcha-Khaen possèdent aujourd'hui avec la Monarchie l'entreprise ferroviaire Sengaï Rithfaï, très puissante entreprise qui construit autant de trains que de voies ferrées. Quel intérêt ? Les trains échappent aux taxes de douane et aux péages internes sengaïais, de quoi faire la nique aux autres clans.
Une véritable lutte économique se profile au Sengaï, et le désert du Karavaï en est là encore le cœur, comme s’il revenait à ses fonctions premières…

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Message Publié : Mer Jan 18, 2017 5:56 pm 
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Oasis de la steppe, Sapiong, où l’abîme regarde au fond de toi quand tu regardes au fond d’elle. Référencé dans les textes depuis qu’ils existent dans la région, le lac Sapiong est même représenté dans les peintures murales préhistoriques situées non loin de lui, dans les montagnes de l’Est. Pendant des millénaires, le lac était le lieu de réunion des chamans de toute cette partie de la Ventélie. Pour une particularité géographique très simple : aux solstices et aux équinoxes, lorsque le soleil se lève et se couche, les rayons frappent le lac et se réverbèrent sur les lisses parois de roches volcaniques d’une manière si particulière qu’il est possible de voir le fond du lac en certains endroits. Le trouble de l’abîme et les lumières dansantes sur les flots offrent alors aux yeux des hommes un spectacle féérique qui a entraîné très loin l’imagination des premiers indigènes. Ce ne fut pas sans conséquence. Les chamans locaux s’organisèrent et voulurent restreindre l’accès au lac aux hermétistes étrangers. Bilan : des siècles de violence, et ce que les historiens appellent le premier grand massacre de l’histoire. Aux alentours de l’an 2000 avant notre ère, il y a plus de 4000 ans donc, une bataille immense a eu lieu sur le bord du lac. L’archéologie a confirmé ce récit qualifié jadis de mythologique. Des milliers de corps ont été retrouvés dans la vase, les marais et les sables mouvants partout aux abords du lac. On estime aujourd’hui que plus de 15 000 hommes sont morts en ce jour pour contempler la profondeur mystique du lac Sapiong. Les premières mentions de cette bataille remontent à 800 avant notre ère. La tradition orale dit « qu’il y eut en ce jour funeste un mort pour chaque goutte du lac ». Formule poétique et inquiétante. Il est dit aussi que le lac fut rouge de sang pendant soixante-dix-sept années. Il fut maudit pendant de longs siècles avant de participer à la renaissance chamanique durant les invasions Ouïghours, pour finalement être rattaché au Sengaï par la famille du général Pratcha-Khaen.

Aujourd’hui, le lac a rejeté au loin ses racines mystico-chamaniques pour les remplacer par les flux touristiques. La ville de Siem Banlung a fleuri non loin de là. Contrairement à ce que l’on croit, la ville, capitale des Ouïghours et du Ratcha-Khaen Phudin, n’est pas au bord du lac, il est interdit d’y construire quoi que ce soit, à peine quelques ports en bois sur pilotis. Siem Banlung est distante d’environ deux kilomètres du lac. Entre les deux ; des parcs, des zones de cure thermale, quelques lieux de pêche et surtout une richesse esthétique hors norme. En fait, Siem Banlung reçoit presque autant de touristes chaque année qu’il n’y a d’habitants dans sa ville. C’est peu, à peine 300 000, parce que, d’après les autorités locales, le gouvernement se refuse à mettre en valeur le lac. D’après le gouvernement, les fonds sont envoyés… mais détournés (les élites ouïghouro-thaïs du Ratcha-Khaen Phudin ne sont pas réputées pour leur discipline à l’égard du pouvoir central). Ce à quoi les locaux répondent qu’il s’agit de malversations des banques soutenues par l’Etat. Bref, ce ping-pong accusatoire n’est pas prêt de débloquer la situation et de profiter enfin des potentialités du lac. Cependant, les programmes d’investissements publics dans les infrastructures routières relient les ports du Nord à Siem Banlung, ville d’ailleurs de plus en plus industrialisée. Le Sud est plus indépendant et quand bien même, les riches thaïs préfèrent largement utiliser l’avion, on y croise moins de loqueteux. Dans tous les cas, les balades en barque sur le lac, les exercices de pêche, les plongées sous-marines, les bains dans la boue ou encore les courses de natation sont des activités qui génèrent une bonne partie des revenus de Siem Banlung et qui croissent chaque année. Reste à savoir si le coup de pouce tant attendu ouvrira les portes du lac aux touristes internationaux.

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Message Publié : Sam Mars 11, 2017 9:29 pm 
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La vallée du Koliang, morceau de la nature sengaïaise vendu au développement économique. Les paysages magnifiques sont parfaitement conservés dans une grande partie du Sengaï. Pourquoi ? D’une part, la population est massée sur les littoraux (Thaïs et Népalais) et le reste, Tibétains, vivent dans la montagne, où leur travail au cours de l’histoire a fait qu’il y a de quoi produire de quoi vivre. Ainsi, il y a une région particulièrement bien préservée, c’est le Chasombat Phudin. La population là vit surtout au pied de la montagne, dans les grandes villes (Songyala et Choenglung) et sur les frontières avec le Muang-Baï Phudin. Le reste contient des régions encore non explorées. C’était le cas, jadis, de la vallée du Koliang. Longue vallée creusée par le Koliang, descendant des pics enneigés du Songphang, cet endroit aurait pu être au cours de l’histoire la colonne vertébrale du Sengaï. Rien n’est plus faux. Ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle que la vallée du Koliang prend de l’importance. Avant, la réputation du fleuve était si terrible qu’on n’avait pas pris la peine de l’apprivoiser : capricieux, foyer de bêtes, de monstres, berges instables, forêts avoisinantes impénétrables… Rien qui ne pouvait attirer les hommes, malgré la jonction que le fleuve faisait entre les montagnes et la mer : on préféra le Mézong ou le N’ganong. Comme chaque élément de nature au Sengaï, un vieux mythe entoure le Koliang : la vallée était jadis peuplée d’un peuple très ancien dirigé par le roi An-hon. L’un des rituels de ce peuple consistait, après chaque guerre, à égorger les prisonniers dans le fleuve. Ainsi, les gens qui vivaient sur la côte, au plus en amont, savaient, lorsqu’ils voyaient l’eau du fleuve se teindre en rouge, que le peuple d’An-hon avait encore remporté une guerre. Aujourd’hui encore, les grands-mères vivant dans la vallée enseignent à leurs petits-enfants de ne pas se baigner dans le fleuve ou encore d’en boire l’eau, car cela provoquerait la colère des esprits des victimes d’An-hon.

Malgré ces légendes et cette géographie ingrates, le XVIIIe siècle vit le début d’un peuplement exceptionnel de la vallée. En 27 ans seulement, la population de la vallée du Koliang passa de 40 000 habitants à près de deux millions. Tout partit d’un malentendu. Les Occidentaux de Dytolie comprirent le potentiel extraordinaire du Sengaï et lui demandèrent donc d’offrir au pays une « belle vitrine » au monde. Une belle vitrine ? Ça veut dire : mettre le joli devant et rejeter le sale derrière. Littéralement : Pan Ranong se développa tout le long du littoral et toutes les usines et autres se développèrent loin derrière la ville. Un problème se posa alors : il fallait acheminer les marchandises produites jusque sur l’océan. Et comme intégré récemment… il fallait une belle façade, et les docks grisâtres avec les navires à vapeur, c’est loin d’être attractif. Alors on opta pour une solution pragmatique : on aménagea l’estuaire du Koliang et tous les bateaux chargés de marchandises partaient des rives du fleuve tout son long pour rejoindre les mers. C’est ainsi qu’on se mit à installer, dès 1769 (date de la première installation d’usine, une usine de textile d’ailleurs, sur les berges du fleuve), des milliers d’usines, qui créèrent des bassins d’emplois colossaux et dont la puissance n’a pas faibli. Encore aujourd’hui, en effet, la « vallée du Koliang » est l’une des régions industrielles les plus puissantes et productrices du monde. Si l’on s’arrête quelques minutes sur l’organisation géographique de cet immense district industriel, on dégage trois dynamiques. La première est la mobilité pendulaire entre les bassins de main d’œuvre et la vallée en elle-même. Le réseau ferroviaire est très dense à ce niveau-là. Chaque jour, c’est près de 100 000 travailleurs, principalement Tibétains, qui descendent des montagnes du Songphang en train pour aller travailler dans la vallée. La deuxième, c’est la dynamique de proximité : dans la vallée et les plaines alentours vivent des familles installées là depuis le XVIIIe siècle, parfois plus, principalement des Thaïs (parmi les plus pauvres des Thaïs, d’ailleurs) et des Tibétains. Ainsi, contrairement à la première dynamique, on trouve des ouvriers mais aussi des professeurs, des policiers, des postiers, des médecins, des maçons etc. Quant à la troisième dynamique, que l’on nomme « d’élite », il s’agit des ingénieurs et chercheurs, résidant dans les banlieues-Nord chics de Pan Ranong. Souvent des descendants d’ouvriers Thaïs ou Tibétains ayant réussi à gravir les échelons sociaux, ils s’occupent d’encadrer ces entreprises, s’y rendant en voiture ou parfois en jets privés avec leurs patrons, le moins souvent possible, à cause de l’air pollué.
En somme, la vallée du Koliang représente l’un des systèmes productifs les plus puissants de tout le Sengaï. Le fleuve, très large, accueille des docks et des bateaux sur ses rives, et beaucoup de personnes peuvent être intriguées par l’alignement d’immenses usines sur les berges, qui est devenu un poumon économique du Sengaï, en sacrifiant au passage un poumon écologique.

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Message Publié : Ven Juin 02, 2017 1:42 pm 
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La vallée de Tingri, zone la plus peuplée du Sengaï, enclave où percent peu les fracas du monde moderne. Située dans les montagnes du Songphang, soit dans le Songphang Phudin, la vallée de Tingri fut creusée au fil des siècles par le fleuve Sing Buri. Sur les bords de ce fleuve, du moins sur le plateau le plus proche, se trouve Tingri, 3,4 millions d’habitants, troisième ville du pays. Il est vrai que cette ville est bien loin des presque dix millions d’âmes que compte Gyamda, autre ville tibétain sur les hauts-plateaux au Nord-Est. Toutefois, c’est dans la vallée de Tingri que se trouve la plus forte concentration d’hommes. On compte en effet près de 465 habitants au km². A Pan Ranong, on est tout juste à 430 environ. La principale différence est cependant la grande dispersion des habitants de la vallée qui, malgré tout, s’étalent sur de longues distances. En bas de la vallée, l’habitat est assez urbain. Une multitude de petites villes se succèdent le long du fleuve, toutes aux alentours de 30 000 habitants, plus ou moins. L’activité est principalement artisanale, industrielle ou tertiaire, quoique cette image très stéréotypée doive être nuancée. En effet, dans les banlieues de ses villes, il existe des fermes pouvant contenir des dizaines d’animaux, généralement des chèvres tibétaines ou des poules, animaux peu exigeants en place. Dans les centres-villes de ces communes, on y trouve une petite bourgeoisie s’étant bâtie sur des possessions foncières dans les campagnes alentours, ou alors des petits fonctionnaires parachutés. Dans tous les cas, les revenus de ces personnes ne sont pas bien supérieurs à ceux des autres. En effet, et c’est un autre point important pour décrire la vallée de Tingri, c’est l’incroyable manque d’inégalités de revenus. L’écart moyen de revenu est de 1 à 3, c’est-à-dire que les plus riches de la vallée gagnent en moyenne trois fois plus que les plus pauvres, ce qui est ridiculement faible. Pour exemple, à Pan Ranong, capitale du Sengaï, l’écart moyen de revenu est de 1 à 650. C’est là un trait culturel inscrit dans l’âme des Tibétains depuis des siècles. Récemment, un universitaire de Pan Ranong se promenait dans les rues de Tingri et faisait le constat suivant : « Dans la Ville des Trois Dragons, le paysan de la banlieue s’habille avec les peaux de ses chèvres, et le fonctionnaire du centre-ville porte des habits en matière synthétique, mais il met un point d’honneur à ce que ses habits imitent au maximum la peau de chèvre ». Le constat peut même s’étendre aux versants de la vallée et des montagnes alentours. L’habitat est plus rural mais très concentré. Les communautés ne comptent que quelques centaines d’individus mais sont distantes de parfois quelques centaines de mètres maximum. L’agriculture vivrière et l’élevage sont les principales sources de revenus et modes de vie (les deux se confondent alors) de ces communautés. Le yack, le « riz des montagnes », l’orge, le fromage de chèvre sont à la racine d’une petite économie autarcique locale qui fonctionne sur le troc et semble totalement échapper aux assauts de la globalisation.

La question de la place de la vallée dans le nouveau Sengaï s’est posée à plusieurs reprises. Pendant longtemps, le développement économique du Sengaï ne concernait grosso modo que les Thaïs de la côte qui utilisaient le système féodal de Ran Sakdina pour se remplir les fontes et faire fleurir leur patrimoine. Aujourd’hui, le simple ruissellement des richesses touchent l’arrière-pays. Les richesses ont tellement afflué au Sengaï qu’elles ne peuvent plus se contenir à la seule côte. Comme le disait le précédent Premier Ministre Kooling Banchang, « les fleurs ne pousseront que si chaque parcelle est arrosée ». Il est tombé pour ça, mais c’est une autre histoire. Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que le gouvernement commence à s’intéresser aux terres « reléguées » du Sengaï, et la vallée de Tingri est dans le collimateur. En effet, nous avons ses atouts : une main d’œuvre nombreuse et concentrée et surtout, des liens sociaux extrêmement forts. Ce dernier atout a longtemps été mésestimé mais il revient aujourd’hui au premier plan. Certains Princes de la famille Songphang ont installés des manufactures dans la vallée de Tingri et les premiers résultats sont incroyablement plus positifs qu’on ne l’aurait cru. L’extraordinaire sentiment égalitaire qui régnait parmi les travailleurs, des manœuvres aux contremaîtres, créa une ambiance tellement productive et détendue que le travail fut de bien meilleure qualité qu’ailleurs au Sengaï. La nouvelle s’est répandue et des centaines de patrons arrivent avec leur fric et leurs idées dans la vallée de Tingri. Cependant, seulement les plus riches d’entre eux peuvent le faire. Pourquoi ? Tout simplement à cause d’un obstacle majeur à l’implantation d’activités : la desserte. Les réseaux de communication existent mais sont terriblement faibles. Seule une quatre-voies pénètre dans la vallée, le reste n’est que des petites routes ou des routes de montagnes. A l’heure actuelle, cette route est déjà régulièrement engorgée. Le développement des réseaux routiers est l’enjeu de demain et, d’après certaines sources bien placées, la Sengaï Rithfaï (l’une des plus grandes entreprises de construction ferroviaire du monde) est déjà en train de racheter des terres pour y installer un réseau ferré. Il semblerait même que les rails soient déjà loués aux grandes entreprises locales.
La vallée de Tingri, en somme, contient en son sein un potentiel inouï, à tous points de vue, et demande, elle sera l’un des moteurs de l’économie sengaïaise. Mais cela passe par une montée en puissance de la population locale dans la société du Sengaï, et rappelons-nous qu’une montée économique et financière transmute rapidement en une réclamation d’une meilleure représentation politique. Là le bât blesse, et le gouvernement ne pourra pas en ignorer les conséquences.

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Message Publié : Ven Juil 14, 2017 11:59 am 
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Où les terres des yacks rencontrent les terres des bœufs, droit depuis mille ans, le temple de Balaran, relique des temps où le Royaume n’était point. Un petit regard sur la frise chronologique de l’histoire du Sengaï et un petit rappel de la date de construction du temple de Balaran, à savoir 1033, nous fera rapidement comprendre l’intérêt que représente l’histoire de ce monument. En effet, à cette date, le Royaume du Sengaï n’existait pas encore, il fut fondé seulement en 1197, soit plus d’un siècle et demi plus tard. Ainsi, en ce début de XIe siècle, c’est l’hégémonie Tibétaine qui s’étendait sur la grande majorité des terres de l’actuel Sengaï. Descendants des montagnes, les guerriers du Songphang avaient conquis les côtes thaïs au milieu du IXe siècle, avec à leur tête de l’Empereur des Cimes Ananda Chan-Karalor, qui fonda son empire après la prise finale de Pan Ranong en 853. Cet empire tibétain s’étendant des plus hautes cimes enneigées jusqu’aux côtes sableuses du Sud avait amené dans ses bagages le bouddhisme dans sa version sarvastivada. La particularité de leur dévotion résidait dans l’incroyable capacité architecturale de ces fidèles. L’une des plus belles manifestations de ce comportement est le temple de Balaran. Construit entre janvier 1033 et septembre de la même année, il s’apprête à fêter ses 1000 ans cette année, recevant de fait des milliers, peut-être des dizaines de milliers de pèlerins qui se précipitent déjà vers le temple depuis le début de cette année. Construit à la fin de la Guerre des Printemps, qui opposa Ouïghours aux Tibétains et octroyant la victoire à ces derniers, ce temple est l’un des plus extraordinaires et des plus monumentaux de tout le Royaume. Il est toutefois au centre de plusieurs polémiques. En effet, au cours de l’histoire, il a été intégré au découpage territorial des Phudins thaïs –il se trouve dans le Chasombat Phudin, pour être précis-, qui sont de religion confucéenne. A plusieurs reprises, les bras de fer entre ce clan et les Tibétains ont interdit l’accès de ces derniers aux terres des Chasombat… dans lesquelles se trouvait le temple symbole de la dévotion bouddhiste des Tibétains, on comprend facilement les conflits que cela put occasionner, et l’on songe notamment à l’année 1816, où les milices de Chasombat tirèrent sur des pèlerins tibétains qui tentaient de forcer l’entrée du temple, occasionnant une quinzaine de morts…

Le temple en lui-même a fait l’objet de nombreuses études au cours de notre monde contemporain, jusqu’à s’installer comme l’un des lieux incontournables à visiter pour les touristes du monde entier, en particulier des convertis au bouddhisme. Il est composé de six terrasses successives surmontées d’une tour-stupa qui amène le temple à frôler les soixante mètres de haut. Autour du temple, sur les murs extérieurs les plus accessibles, se trouvent une série de plaques de terre cuite représentant des scènes très particulières. En effet, on appelle ces frises, longues de près de 3650 mètres, les « cosmogonies du monde », car elles présentent les différentes cosmogonies selon les courants bouddhiques, le védisme ancien et même l’hindouisme récent ou le taoïsme. Pourquoi représenter sur un temple clairement bouddhiste des cosmogonies de diverses religions ? Tout simplement parce que l’Empereur qui fit faire ces frises, Pitaya Chan-Karalor, était appelé « Minawi Wangci », littéralement, « l’Empereur de peu de foi ». Né dans l’hindouisme le plus dur, il rejoint la dévotion bouddhiste dans sa jeunesse, avant de se tourner vers une secte taoïste qui l’amènera sur les côtes thaïs où il embrassera la foi chrétienne jusqu’à sa mort. Ainsi, pour être sûr de ne pas se tromper sur les origines du monde, il fit représenter toutes les cosmogonies des religions qu’il connût avant de construire le temple. Il pensait que la puissance symbolique que portait la vraie cosmogonie, forcément représentée, du coup, annihilerait toute la puissance mensongère des autres. Que cela ait fonctionné ou non, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui des millions de bouddhistes visitent le temple avec au cœur l’idée d’un rapprochement avec le nirvâna. A l’intérieur du temple se trouve une immense colonne dans laquelle sont creusées quatre niches, selon les quatre points cardinaux, dans lesquelles sont installés quatre Bouddhas d’or de plus de six mètres de haut chacun. Centre de la foi la plus ancrée dans le Sengaï, le temple de Balaran, jailli du fond des âges, n’a pas terminé d’éblouir dévots et touristes.

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Message Publié : Ven Août 04, 2017 12:46 pm 
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La forteresse de Sirana, seule pierre de la couronne des Ramas. Pendant longtemps, les historiens ont cru que les premières heures de la dynastie des Muang-Baï étaient des temps de léthargie architecturale et artistique, justifiant ce manque par la volonté très forte de cette dynastie multiséculaire de renforcer son pouvoir et d’assoir son autorité sur un Royaume fortement secoué. Cette historiographie est aujourd’hui revue et corrigée. En effet, depuis la fin du XIXe siècle, des (re)découvertes se font partout au Sengaï et tendent à prouver qu’au contraire, les Muang-Baï utilisaient art et architecture… pour renforcer pouvoir et autorité, précisément. L’une des meilleures manifestations de cette utilisation est la forteresse de Sirana. Située au pied des montagnes du Songphang, dans la forêt du Chasombat Phudin, elle fut redécouverte en 1907. La forêt, à cette époque là, était d’une densité phénoménale et empêchait quiconque de s’enfoncer trop profondément sans rencontrer tigres et serpents. Toutefois, un explorateur occidental, du nom de Melvin O’Connor, décida contre tout de s’y rendre, sa convoitise agitée par quelques légendes locales parlant de cités d’or. De l’or, il n’en trouva pas, mais un jour, alors qu’il gravissait une colline à coup de machettes, zigzaguant entre les lianes et les feuilles, il se sentit avancer, avancer, comme s’il devait atteindre le haut de cette colline. Une fois en haut, il eut une vision très large de la région et aperçut au loin un rocher, un immense rocher comme posé à même le sol par le Déluge, et dessus, des structures trop rectilignes pour être naturelles. Il maintint le cap et mit presque trois jours à se rendre à cet endroit. Ainsi fut redécouverte la forteresse de Sirana, au cœur de la jungle.

La découverte de Melvin O’Connor fut rapidement médiatisée et poussa de nombreux historiens et archéologues dans la forêt. En 1908, la première route fut déjà tracée et amena de nombreux curieux et scientifiques. Sur ce rocher se tenait ce qui ressemblait d’abord à une petite ville, avec des murs, des terrasses agricoles, des caves fraîches ou encore des petites routes pavées. Le tout était accessible par un escalier très fin, où deux personnes peuvent difficilement se tenir côte à côte, avec en plus de nombreux systèmes mécaniques très perfectionnés permettant d’en bloquer l’accès ; ceux qui se perchaient là-haut ne voulaient visiblement pas être dérangés. Les premières publications émirent deux hypothèses : la première était que cette ville-perchoir était une construction tardive, peut-être du XVI/XVIIe siècle, d’un Rama Muang-Baï s’étant construit un petit endroit où se retirer des fracas du monde pour se reposer. Hypothèse battue en brèche car un tel bâtiment n’aurait pas pu rester dans l’oubli s’il était aussi récent. De plus, la culture en terrasses qu’on y trouve est trop ancienne pour être utilisée au XVIIe siècle. Deuxième hypothèse, qui avait pour mérite de tenir compte de la chronologie ; le « Perchoir », comme on l’appelait à l’époque, était une construction des « Neterou », un peuple antique semi-légendaire qui aurait vécu il y a plus de quinze siècles dans cette même forêt. Hypothèse rejetée suite au manque de preuves quant à l’existence même des Neterous et à la découverte des inscriptions sur la forteresse. Les premiers archéologues arrivés sur place se rendirent compte que les inscriptions que l’on trouvait sur les murs étaient de l’ancien thaï, et toute paternité non-thaïe fut donc exclue. Rapidement, on mit la main sur des archives royales traitant de ce lieu comme de la « forteresse de Sirana », construite par Sirana III, cinquième roi de la dynastie Muang-Baï, ayant régné de 1279 à 1296, et surnommé « le Roi Ermite » suite à son amour pour l’ascèse bouddhique. En fait, ce lieu était une forteresse, et au vu des mécanismes installés, il était effectivement quasiment impossible d’y accéder une fois ceux-ci activés. On y pratiquait une petite agriculture et les caves servaient à stocker assez de nourriture pour quelques centaines de personnes pendant quelques années. Si elle sombra dans l’oubli après le XIVe siècle, c’est tout simplement parce que le climat inhospitalier et le rejet de l’ascèse par les successeurs de Sirana III firent de cette forteresse un lieu totalement inutile, d’autant plus que sa position n’est pas si stratégique que cela pour empêcher par exemple les invasions Tibétaines. Aujourd’hui, on travaille à faire rentrer ce lieu magnifique au patrimoine mondial de l’humanité, et cela aboutira sans aucun doute. Pour le moment, la forteresse de la jungle est accessible aux touristes et aux curieux, et elle fascine toujours autant les Sengaïais et le monde…

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Message Publié : Ven Sep 29, 2017 12:57 pm 
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7776 mètres de roches, de glaces et d’histoire, droit et fier comme la Royauté sengaïaise, le Nong Khai. Depuis la fondation légendaire du Sengaï il y a près de cinq milliers d’années se dresse sa sentinelle au cœur des montagnes. Le mont Nong Khai, culminant à plus 7,7 kilomètres au-dessus du niveau de la mer, et de fait l’un des plus hauts sommets de la planète, n’a pas cessé d’exercer dans l’esprit des Sengaïais et des voyageurs une étrange attraction-répulsion. Combien d’hommes se sont retrouvés coincés dans quelque gouffre ou ravine au pied de Nong Khai ? Combien d’alpinistes ont péri noyé sous les neiges éternelles ? Combien d’armées ont glissé sur les pans instables de la montagne ? Au cours de l’histoire, Nong Khai n’a cessé d’afficher chaque décennie une terrible liste qui demeure encore aujourd’hui dans l’esprit des Sengaïais. En effet, cette montagne, cœur de la chaîne de Songphang, tient autour d’elle un lugubre cordon : des milliers de stèles se succèdent à ses pieds et sur ses versants. Ce qui est intéressant, c’est ce qui est écrit sur chacune d’elle, prenons quelques exemples : « Ici ont été aperçus pour la dernière fois les alpinistes de l’expédition Cingan le 4 juillet 1956 », « Ici la seconde cohorte de l’armée du Rama Shudra IV fut emportée dans une avalanche le 8 septembre 1703 » ou encore « Ici reposent dix-huit pasteurs de yacks chus dans une ravine en des temps aujourd’hui oubliés ». Il existe une institution, composée de quatorze alpinistes chevronnés, dont le but est exclusivement de relever les stèles existantes… et de graver les nouvelles. Le mont Nong Khai inspire un profond « respect répulsif » chez les Tibétains. D’après la cosmogonie du bouddhiste tibétain-sengaïais, c’est sur cette montagne que le dieu Vishnu serait descendu à plusieurs reprises sous différents avatars pour enseigner la Voie à l’humanité. Ainsi, Nong Khai s’entoure d’une aura particulière : les génies de la montagne sont vénérés par les quelques dizaines de milliers d’habitants qui vivent dans les terres alentours (fait intéressant, c’est sur ce mont que vit la tribu Kusha, à quelques 5000 mètres, ce qui en fait les humains les plus perchés du monde) mais personne n’oserait se tenir où le dieu Vishnu se tenait, et de toute façon, qui oserait affronter ce neigeux tueur ? Quant aux Thaïs, au Sud, c’est un véritable « mépris fascinant » qui les habite à l’évocation de cette montagne. Aux temps jadis, la chaîne de Songphang était la barrière infranchissable des armées thaïs, et nombre d’armées s’y sont perdues, les Tibétains en faisant la protectrice de leur race. Aujourd’hui, si les souvenirs demeurent vivaces, la passion pour l’alpinisme et la spéléologie a pris le dessus, faisant de Nong Khai un but à atteindre pour tous ceux voulant prouver leur valeur, souvent dans le milieu universitaire même.

Sentinelle des Tibétains et barrière des Thaïs, Nong Khai est aussi le centre du Grand Sengaï. Cette idéologie puise ses origines, ou du moins sa translation politique, dans le XVIIe siècle, lors de l’apogée de la dynastie des Rajas Tibétains Darmayan. Après la guerre d’indépendance des Tibétains, remportée en 1613, l’effervescence de ce peuple « faisait bouillir les montagnes, tant que les hommes qui y vivaient s’en écartait, partant à la conquête du monde le cœur mû par une même ferveur », selon un chroniqueur thaï de l’époque. En effet, le Raja Ukanan lançait alors ses armées aux quatre coins de la chaîne de Songphang, repoussant Thaïs, Tibétains, Ouïghours et autres races plus loin que jamais. Ukanan, plus que jamais atteint de mégalomanie, s’était fait construire un palais sur les versants du Nong Khai, à quelques 4000 mètres de haut –et dont il ne reste presque plus rien aujourd’hui-, dans lequel il rendait justice et régnait sur son royaume. Se disant « descendant de la Lune et du Soleil », il estimait que de ce Donjon naturel il devait régner. Ainsi naquit la « Nong Khai Sooraj » : le Nong Khai était le soleil autour duquel devait graviter le monde, le centre d’un cercle dont chaque point devait être contrôlé par le Raja Darmayan. Après la défaite du Rajani contre les armées thaïes venues du Sud, cette puissante idée a sombré dans l’oubli et n’a plus jamais fait parler d’elle, secrètement admirée par de nostalgiques Tibétains. Toutefois, il serait bien idiot de graver sa stèle. Le joug subi par les Tibétains combiné à l’opportunité actuelle de relever la tête a fait renaître cette idée, qui bout maintenant dans la marmite nationaliste au-dessus du feu des montagnes. Le prince Bachagyal, justement descendant des Darmayan, représenterait aux yeux de beaucoup la renaissance de ce nationalisme et, peut-être, une réminiscence du Nong Khai Sooraj. La question pourra peut-être à nouveau être posée : quel diamètre aura ce cercle ?

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Message Publié : Ven Déc 08, 2017 1:31 pm 
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Animal symbole du Sengaï, le dragon léonin, gardien éternel de l’âme sengaïaise. Il n’est absolument aucun touriste qui ne puisse se vanter d’avoir visiter le Sengaï sans avoir aperçu un seul Lion-Dragon, ou Dragon Léonin. A vrai dire, il y en a deux qui gardent l’aéroport de Pan Ranong, donc forcément… Enfin, il y en a même un sur le drapeau du pays, bien que le côté dragon soit plus marqué que le côté lion sur celui-là. Plongeons-nous aujourd’hui dans les profondeurs de la mythologie nationale sengaïaise pour comprendre l’importance de cette créature de légende. Il est dit qu’aux origines du monde, ce qui, pour les Sengaïais, signifie « aux origines du Sengaï », celui-ci était partagé entre les plaines et les montagnes. Dans les plaines, hommes et animaux vivaient sous la gouvernance d’un puissant dragon, Masanko, qui vivait dans les grottes et faisait régner justice et terreur dans toute la contrée. Au-delà des plaines et des collines, les hommes et les animaux des montagnes vivaient sous la loi d’une féroce lionne, Banissa –beaucoup de mythologues voient ici le mythe étiologique du matriarcat des Tibétains des montagnes-. Masanko et Banissa ne se supportaient pas et régulièrement, escarmouches et guerres se déroulaient entre les deux contrées. Un jour, cependant, des barbares aux yeux rouges, aux mains crochues et à la peau blanche comme la neige firent leur apparition à l’Est du monde et commencèrent à tuer, voler et piller. Masanko conduisit les êtres des plaines à la bataille et, pendant ce temps, Banissa la Lionne riait beaucoup du haut de ses montagnes, voyant son ennemi perdre bataille sur bataille. Mais un jour, la donne bascula : d’autres barbares apparurent, à la peau verte et aux mains palmées, sortant cette fois-ci des profondeurs des montagnes, et Banissa les lacéra tant qu’ils sortaient, mais fut rapidement dépassée. Les guerres des premiers temps durèrent un cycle, et Masanko le Dragon balaya enfin les barbares et ramena la paix dans les plaines, tandis que Banissa continuait la guerre. C’est alors que les Hommes et les animaux du monde prirent conscience de n’être qu’un et d’être sujet aux mêmes agressions de l’extérieur : Masanko escalada les montagnes et de son souffle de feu, aida Banissa à vaincre les barbares des profondeurs. La paix était ramenée sur toute la terre, et l’on célébra le mariage de Masanko et Banissa. De leur union naquit Sengaï, le Dragon Léonin, qui régna sur les montagnes et les plaines à la disparition de ses parents, et il fonda le Royaume qui porte aujourd’hui son nom, durant deux cycles, avant de laisser la place aux Hommes, qui porte son sang dans les veines.

Derrière la légende, le dragon léonin Sengaï s’est profondément inscrit dans la mythologie sengaïaise. D’après les historiens, un culte était rendu à cette bête jusqu’au XIIe siècle, avant d’être écrasé par les autres religions qui essaimèrent dans le pays (bouddhisme, confucianisme etc.). Le fait que le nom de l’animal et le nom du Royaume soit le même a très probablement joué un rôle colossal dans la construction du sentiment national sengaïais. Les anciennes terres du dragon léonin le vénéraient toutes, et un lien de parenté s’établissait donc de fait, malgré les nombreuses divisions qu’elles connurent dans l’histoire. Lorsque le culte mourrait, les nouveaux princes convertis au bouddhisme comprirent que l’union nationale qu’il inspirait ne devait pas mourir avec lui, et ils décidèrent donc d’acculturer leur propre religion en intégrant le dragon léonin dans leurs systèmes religieux, et c’est ainsi que le dragon Sengaï devint l’un des ancêtres les plus vénérés de tout le Royaume et ce, encore aujourd’hui, d’autant plus qu’il est le seul animal parmi les Ancêtres. C’est à partir de l’ère moderne que le Dragon Léonin commença à devenir une représentation régulière dans le domaine artistique, notamment dans la sculpture et l’ornement architectural en général (mosaïque, bas-reliefs etc.). Il y en a partout au Sengaï, chaque ville, chaque communauté villageoise devait avoir son dragon léonin et ainsi, même dans les plus profondes montagnes du Songphang, on retrouve des statuettes de dragons léonins faites de roseaux, qui étonnèrent énormément les voyageurs thaïs médiévaux et qui leur fit prendre conscience que ces montagnes devaient revenir dans le Royaume. A l’heure actuelle, l’art qui tourne autour des dragons léonins a donné lieu à de nombreuses expositions, de nombreux ouvrages et même des films retraçant l’histoire des plus célèbres d’entre eux et leur importance, historique et sociale, pour le Sengaï.

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Message Publié : Ven Déc 22, 2017 12:42 pm 
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La joaillerie Ping ; artisans du luxe sengaïais depuis le Moyen Âge. Le Sengaï ne regorge absolument pas de pierres précieuses. Ce qui les rend encore plus précieuses. Le chauvinisme qui caractérise le Sengaï interdit plus ou moins l’importation de gemmes, bien que celle-ci soit théoriquement légale. Il faut comprendre un peu d’où vient cette étrange industrie. Tout d’abord la légende : il y a seize siècles, le Mont Nong Khaï qui, d’après les écrits d’alors, montait jusqu’au ciel, fut frappé d’un éclair par le dieu Indra, afin d’éviter aux Hommes de venir le provoquer. Lorsque l’éclair fendit la montagne et lui fit perdre sa hauteur, toutes les gemmes enfermées en elle furent expulsées et se répandirent dans le fleuve Ping, qui descend de ce mont pour rejoindre la mer. Ainsi, un jour, sur les abords du fleuve, de braves paysans récoltèrent des pelletés de diamants, d’émeraude, de rubis, de saphir et bien d’autres. Ne sachant quoi en faire et craignant la cupidité de leurs seigneurs, ils décidèrent de les cacher, soit en les enterrant, soit dans des grottes sur les pans du Nong Khaï. Au Moyen Âge, la légende cède le pas à l’histoire : dans ces mêmes régions, les premiers joailliers apparurent. Le bijou le plus ancien retrouvé date du milieu du Xe siècle, il s’agit d’un petit morceau de bois sur lequel on a incrusté un saphir, lui-même sculpté en forme de fleur. Bien que ce soit assez grossier, cela fut un point de départ qui se poursuivit par un raffinement de plus en plus important. Dès le XIIe siècle, les Rajas des Songphang et les Ramas thaïs du Sud envoyaient des émissaires acheter les bijoux produits le long du fleuve Ping et sur les rives du lac du même nom. Très rapidement, au cours du temps, les bijoux devinrent de plus en plus élaborés : des grands colliers, de larges bracelets, des motifs en forme de dragon, de crocodile (voir photo ci-dessus), bref, de quoi enrichir considérablement la région. Un mouvement intéressant naquit au XVIe siècle : la popularisation de ces bijoux. Par un procédé ingénieux, décrypté au XXe siècle par des scientifiques de Pan Ranong, les joailliers Ping parvinrent à appauvrir la teneur en pierres précieuses de leurs bijoux sans réduire l’effet brillant et précieux. Ainsi, les bijoux conçus devinrent accessibles à un public plus populaire, et, encore aujourd’hui, les différentes gammes de gemmes existent et demeurent appréciées dans tout le Sengaï, par riches et pauvres.

La région Ping n’est pas la plus touristique du Sengaï. Toutefois, l’histoire en a fait une région malgré tout assez accessible, notamment par une longue route le long du fleuve et un réseau ferré assez dense. Evidemment, les bijoux ne se transportent pas par wagons entiers, même les moins chers de tous. Pour en acheter, généralement, il faut faire le déplacement, d’où une stratégie intéressante des autorités locales qui consistent à multiplier les points touristiques dans la région pour en faire une terre vraiment attractive : stations de ski, pistes de randonnées, activités lacustres (pêche, voile…), centres d’équitation ou encore spéléologie. Au milieu de tout ça : les ateliers de joaillerie, qui procurent aujourd’hui un emploi à quelques quatre mille cinq cents personnes directement, sans compter les entreprises annexes (prospection, minage…). Les ateliers, fédérés en une entité économique plus ou moins cohérente, mais avec chacun leur propre personnel, possèdent une stratégie de vente extrêmement souple. Depuis quelques mois existe un système de vente par voie postale, pour les plus petits bijoux, et il existe aussi depuis longtemps un système de contrats : pour citer le plus célèbre par exemple, il faut savoir que les ateliers Ping sont chargés de concevoir les bijoux utilisés aux mariages et couronnements royaux et princiers du Sengaï. Dans d’autres pays, on regarde souvent les habits des mariés ou couronnés, et au Sengaï, ce sont les bijoux qui tapent à l’œil, à bien plus forte raison. La gamme de bijoux s’étend des petits objets, bracelets ou autres, qui se vendent à quelques roupies, aux pures œuvres d’art qui peuvent se vendre pour des millions de roupies et nécessitent parfois l’intervention d’une quinzaine de joailliers. Etonnamment, les joailliers de ces ateliers ne sont pas particulièrement riches, du moins pas exagérément par rapport à l’argent qu’ils brassent. En effet, dans ces ateliers il existe un système en trois catégories : chaque travailleur, quel que soit son rang, appartient à l’une d’elles et reçoit un salaire en conséquence. La première catégorie gagne un salaire x, la deuxième gagne 2x et la troisième 3x. Ce modèle, très intéressant et structuré permet de créer une véritable petite société autour des ateliers, où se rassemblent chaque travailleur et sa famille. Ainsi, si les patrons, de catégorie 3, veulent économiser en abaissant les salaires, ils sont de fait obligés de baisser tous les salaires, y compris les leurs, puisque la règle du x-2x-3x est absolument immuable. La joaillerie, de fait, en prenant en compte tous les éléments présentés ici, se laisse voir comme une industrie extrêmement bien taillée et bien huilée, ayant retenu les leçons de l’histoire, d’une capacité de réaction et d’adaptation remarquable et parfaitement ancrée dans la culture sengaïaise.

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