SimPolitique - Jeu de Simulation Politique

Incarnez le dirigeant de votre propre nation. La limite est votre imagination !
Nous sommes actuellement le Lun Jan 22, 2018 11:55 pm

Le fuseau horaire est UTC+1 heure




Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 10 message(s) ] 
Auteur Message
 Sujet du message : Qu'est-ce que le Sengaï ?
Message Publié : Sam Août 20, 2016 6:06 pm 
Hors-ligne
Maitre du monde
Avatar de l’utilisateur

Inscription : Sam Juin 25, 2011 2:34 pm
Message(s) : 1886
Image

_________________
« Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu »
Charles Péguy
« Toutes les circonstances de ma vie ont été comme des échelons que Dieu plaçait autour de moi pour me faire monter jusqu'à lui »
Saint-Martin

«-Que pensez-vous du communisme ?
-Je crois que l'Internationale est apparue à Babylone il y a trois mille ans.
»
L.Youzéfovitch

SOLI DEO GLORIA


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message : Re: Qu'est-ce que le Sengaï ?
Message Publié : Jeu Août 25, 2016 1:38 pm 
Hors-ligne
Maitre du monde
Avatar de l’utilisateur

Inscription : Sam Juin 25, 2011 2:34 pm
Message(s) : 1886
Le Parlement sengaïais, le Rathasapha : origines, histoire, rôle et symbolique


Image


Le Rathasapha est l’institution centrale du Royaume du Sengaï. Elle partage le pouvoir avec le Sénat et la royauté, raison pour laquelle on parle souvent de Royaume tricéphale. Cependant, en aucun cas on ne peut considérer le Rathasapha comme une création récente, ni même innovante dans le paysage politique sengaïais. Ses racines plongent dans l’Antiquité, et même si son institutionnalisation « officielle » demeure assez tardive, le Rathasapha a toujours été une pièce maîtresse de l’histoire du Sengaï, en bien comme en mal. Quels sont les ressorts de l’existence du Parlement ? Peut-on mesurer la puissance du Parlement dans sa seule relation avec le Roi ? Le peuple sengaïais lui-même conçoit-il le Rathasapha comme un outil indispensable ? Un contrepoids, peut-être ? Nous proposons ici un bref exposé de ce qu’est le Parlement du Royaume du Sengaï… N’hésitez pas à vous reporter à la frise chronologique du Sengaï pour avoir un meilleur aperçu des nombreuses dates qui seront fournies.

    I. Origines et histoire du Rathasapha
      I.A. Une origine extrêmement ancienne
        L’origine la plus profonde du Parlement sengaïais plonge ses racines dans l’Antiquité. Au IIIe siècle avant notre ère, la dynastie des Danong de Choenglung accuse déjà plus de six siècles d’existence. A bout de souffle, le pouvoir central s’affaiblit et c’est alors qu’un homme du nom de Zhou Anawat, d’origine plus modeste, en profite pour s’accaparer le pouvoir en -278. Au pied des montagnes tibétaines, il s’autoproclame héritier du Royaume après avoir tué l’héritier du roi. Si l’histoire nous montre souvent cet homme comme un opportuniste sanguinaire, de récentes études reconsidèrent ce point de vue. Zhou Anawat était un guerrier, certes, mais aussi un homme de lettres et un penseur de haut vol. Ses textes, partiellement conservés, dévoilent une pensée très structurée et cohérente, et surtout, compatible avec un pouvoir royal. Cependant, il estime que le pouvoir central devait être mis entre les mains d’une assemblée issue du peuple, même parmi les plus faibles. Il créa durant son temps d’usurpation une assemblée de ce type, qu’il appela le « Ramasata » (littéralement, le « bras du Roi ») et qui fonctionna pendant 12 ans avant la mort de l’usurpateur et la reconquête de ses territoires par les Danong. Toutefois, la graine était plantée et n’attendait qu’à germer.

      I.B. Une institutionnalisation tardive
        Cependant, Zhou Anawat donna un argument de poids aux opposants du parlementarisme. Lorsque quelqu’un souhaitait un « partage » du pouvoir royal avec une assemblée, il suffisait de lui dire qu’il était un partisan du traître sanguinaire Anawat pour le détruire politiquement. Cette reductio ad anawatum fonctionna pendant très longtemps, tant le mépris de l’instabilité est fort dans l’esprit sengaïais. Il fallut attendre la fin du Moyen Âge en 1197 pour reconsidérer cette position. Le Rama Panom I fonda la dynastie des Muang-Baï, encore au pouvoir aujourd’hui. Et son arrivée au pouvoir, qui marque le début de l’ère moderne, marque aussi une nouvelle conception du pouvoir royal. Panom I partit du principe que la seule figure royale était insuffisante pour garantir la stabilité du pays : il suffisait de tuer le roi ou que celui-ci n’ait pas d’enfants pour plonger le Royaume dans la guerre civile. Il fallait d’autres éléments de stabilité pour construire un royaume solide. Et c’est ce qu’il fit : Rama Panom I ordonna un décret royal très célèbre pour la création du Rathasapha, entre autres. Finalement, il est intéressant de constater que l’ère moderne commence au Sengaï par la création du Parlement…

      I.C. Les réactions de l’aristocratie féodo-clanique
        Le plus grand ennemi du roi, depuis le Moyen Âge, c’est l’aristocratie foncière. La plupart des clans actuels sont en place depuis l’Antiquité. Les noms diffèrent suite à des mariages, des conquêtes, des morts, des branches cadettes rebelles etc. Dans le principe, toutefois, les grandes familles se connaissent depuis des siècles et ont toujours cherché un équilibre plus ou moins branlant entre elles. Quand les Muang-Baï s’imposèrent à la royauté, ce fut très mal vécu par le reste de l’aristocratie. Ceux-ci tentèrent plusieurs révoltes, vite écrasées. Ils tentèrent d’entrer au Rathasapha et de torpiller le travail de la dynastie Muang-Baï pour convaincre du caractère néfaste du Parlement, sans succès. Petit à petit, ils s’accommodèrent du système, du moins jusqu’à la fin du XVe siècle environ, car ils comprirent un point important, ou du moins le constatèrent : la stabilité qu’offrait le système de Panom I était aussi une stabilité pour les propriétaires foncières qu’ils étaient et pour tout le monde en fait. Ainsi, après des débuts difficiles, l’aristocratie intégra le système et les premiers théoriciens du parlementarisme intégral naquirent même dans ses rangs. Ils comprirent que le système de Panom I était à double-tranchant et qu’il suffisait de savoir le manier.



    II. Evolutions du rôle et de la symbolique parlementaire
      II.A. 1197-1486 : Le Rathasapha sous contrôle du Roi
        L’opposition de l’aristocratie au Rathasapha faisait de ce dernier un parfait épouvantail devant le roi, un mur devant celui-ci. En effet, pendant les trois premiers siècles de la dynastie, les pouvoirs du Parlement étaient limités, on s’y opposait par principe. En fait, le roi et son conseil écrivaient et promulguaient les lois, le Parlement n’ayant que le droit de les valider après un maximum de trois remontrances. Le Rathasapha pouvait aussi nommer des délégations et des commissions chargé s de récolter des données relatives à l’exécution de telle ou telle loi ou à l’élaboration de telle ou telle autre. C’était plus un outil qu’une institution. Au niveau de sa composition, cela demeure encore assez flou aux yeux des historiens. Il semblerait que la plupart des parlementaires, alors au nombre de 365, étaient choisis parmi la petite aristocratie urbaine de Pan Ranong par le roi lui-même, tandis que les autres étaient élus par le peuple dans le peuple. Cela poussa d’ailleurs à l’institutionnalisation en 1429 du système féodal du Ran Sakdina : pour certains, c’est le début de la fin, d’une certaine manière, car il s’agissait là d’une grosse concession faite à l’aristocratie féodo-clanique. Celle-ci faisait avancer ses pions au Parlement, jusqu’au coup de grâce de 1486.

      II.B. 1486-1613 : Le Rathasapha au sommet de sa puissance
        Le pouvoir royal diminuait en intensité et en symbolique. En 1486, un général du nom de Prayuth Ratcha-Khaen repoussa les invasions népalaises du Nord et créa le Ratcha-Khaen Phudin après la conquête du désert de Karavaï et la fondation de Siem Banlung. Alors que le général Prayuth s’en contrebalançait plus ou moins du pouvoir de Pan Ranong, les autres aristocrates se servirent de sa victoire comme d’une preuve que le roi ne faisait plus le poids et que c’est les aristocrates qui construisaient le pays à présent. Cela se traduisit par une entrée massive de la désormais très populaire aristocratie au Rathasapha. Les rois d’alors, faibles et médiocres, concédèrent des tas de points au Rathasapha. Le droit de remontrance face aux ordonnances royales passa de 3 à 12 en 20 ans, le Rathasapha obtint le droit de rédiger des projets de lois et de les passer sans même l’approbation du roi. Bref, un pouvoir énorme fut donné au Rathasapha, malgré les quelques rois qui tentèrent de reprendre le pouvoir. Problème : la direction d’une seule et unique chose par un pouvoir bicéphale mène à la ruine, c’est l’armée. L’armée ne peut avoir mille généraux, il en faut un, en haut, puissant. L’opposition entre le Rathasapha et la royauté mena au désastre de 1613 : les Tibétains déclenchèrent une guerre d’indépendance et la remportèrent. Le roi d’alors, Manathan II, qui était loin d’être un idiot, accusa le Parlement de tous les maux, de n’avoir pas pu prendre de décision etc. Les pouvoirs du Rathasapha tombèrent alors à ce qu’ils étaient lors de sa fondation, voire moins…

      II.C. 1613-Aujourd’hui : une perpétuelle négociation avec le peuple, les grands et le roi
        Après une période basse et une période creuse, le Rathasapha parvint à trouver son équilibre. Le roi avait un droit de regard important dessus, l’aristocratie féodo-clanique y plaçait ses pions et ses revendications, le peuple y envoyait ses représentants. Ainsi, le Parlement quitta son rôle d’outil pour devenir une véritable institution. Avec des hauts et des bas, le Rathasapha parvint à se construire une légitimité solide et à s’imposer doucement comme un élément incontournable de la politique sengaïaise. Cependant, des opposants à son existence sont encore actifs, et ils rappellent parfois le souvenir de Zhou Anawat. Même si l’argument s’essouffle (après 2300 ans, quand même !), il fait des adeptes. Si tout le monde semble avoir trouvé son équilibre, le débat est encore ouvert.


    III. Les récentes variations de la fonction parlementaire
      III.A. Un XXe siècle de troubles et de confusions
        Une épine dans le pied restait coincée. Le roi du XVIIe siècle Manathan II avait bien insisté sur le rôle du Parlement comme provocateur de la défaite de l’armée thaïe sur les montagnes tibétaines en 1613. Cela restait collé au pied des parlementaires, et le souvenir de Ratcha-Khaen ne faisait plus le poids. Il fallait y remédier. Or, le XXe siècle est précisément la période où les Tibétains cessent réellement de s’opposer au pouvoir central et tente de l’infléchir. L’une des leurs épouse le roi du Sengaï et un équilibre s’installe. Cependant, les Tibétains, dans leurs monts, sont encore bien organisés : ils fonctionnent selon un modèle rajanique. C’est un genre de système politique complexe qui donne le pouvoir à des familles très anciennes, avec à leurs têtes des Rajas. Le Parlement entra en guerre dans le système Rajanique et finalement obtint gain de cause en l’abolissant en 1938. Epuisé par cette lutte contre les contrepoids politiques tibétains, le Parlement avait à peine cherché à s’opposer au roi Panom III qui eut champ libre pour réformer et moderniser massivement le pied, ce qui fit jaser sur le rôle réel du Parlement. Confus, celui-ci revint sur le devant de la scène à la fin du règne de Panom III et au début du règne de Panom IV, l’actuel roi. Le dernier grand éclat du Parlement fut sa lutte contre un élément perturbateur… cela grandit sa popularité, mais le roi le vit de plus en plus comme un potentiel obstacle. La situation actuelle est le fruit de cette histoire complexe.

      III.B. Le rôle actuel du Rathasapha
        La fonction de premier ministre est créée au début du XXe siècle par Panom III pour moderniser le pays. Le Rathasapha obtient le pouvoir de nommer le PM selon la composition politique de ses sièges. Ainsi, un pouvoir assez énorme est donné, neutralisé cependant par la volonté populaire : c’est bien les électeurs qui choisissent pour quel parti voter. A côté de la nomination du PM, le Parlement a toujours le droit de remontrance. Il peut en effet proposer une série d’amendements pour un projet de loi élaboré par le gouvernement ou le roi. Bien que le nombre d’amendements soit limité par le Sénat, il est quand même possible de modifier considérablement un projet de loi, avant le veto ou le passage en force ordonné par le roi. Le peuple, cependant, commence à comprendre que le pouvoir s’est déplacé. Le roi va diminuant, et le Sénat (Wuthisapha) est de plus en plus puissant. D’autant plus que le découpage électoral fait que 80% du Rathasapha est composé de Thaïs, ce qui est, on en conviendra, une légère entorse à la « démocrasseuse », comme l’appelle les Népalais.

      III.C. Les enjeux dans les années à venir
        Le Rathasapha a perdu du pouvoir, ne serait-ce qu’au niveau symbolique. A une époque, il était un moyen pour le peuple de s’exprimer et de faire parvenir aux hautes sphères les doléances. Aujourd’hui, monopolisé par les Thaïs et ayant servi à tuer la balance politique tibétaine, on comprend de plus en plus que le véritable pouvoir s’est déplacé vers le Wuthisapha, beaucoup plus récent. C’est cet endroit qui est visé à présent. Le Rathasapha, enfin, en chute libre symboliquement, ne perd pas de pouvoir politique, bien au contraire, il semble en gagner. Mais pariendra-t-il à reconquérir une place jadis bien plus puissante ? Le roi et surtout le prince Chamaban s’y opposent, mais sera-ce suffisant ? Le second souffle du Parlement viendra-t-il du peuple ?

_________________
« Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu »
Charles Péguy
« Toutes les circonstances de ma vie ont été comme des échelons que Dieu plaçait autour de moi pour me faire monter jusqu'à lui »
Saint-Martin

«-Que pensez-vous du communisme ?
-Je crois que l'Internationale est apparue à Babylone il y a trois mille ans.
»
L.Youzéfovitch

SOLI DEO GLORIA


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message : Re: Qu'est-ce que le Sengaï ?
Message Publié : Mer Oct 26, 2016 9:04 pm 
Hors-ligne
Maitre du monde
Avatar de l’utilisateur

Inscription : Sam Juin 25, 2011 2:34 pm
Message(s) : 1886
La Sengaï Taïmu (Milice Sengaïaise)


Image


La Milice du Sengaï (Sengaï Taïmu) est une organisation paramilitaire créée en 2012 et contrôlée directement par Chamaban, prince-héritier du trône du Sengaï. Les conditions de création de cette Milice sont particulièrement exceptionnelles. En effet, en 2012, la reine Chatcharai est tuée dans un attentat commis par des indépendantistes Népalais. Le roi y échappa de peu. Le prince Chamaban, alors encore relativement jeune mais déjà mains sur les rênes, décida de créer –contre l’avis de son père, de sa sœur et du Rathasapha (voir ci-dessus)- une milice. Afin de la faire passer, de manière ambiguë, il indiqua à l’administration qu’il s’agissait de sa garde personnelle. A l’heure actuelle, ces « squads » de la mort pratiquent des exécutions et des arrestations avec très peu de barrières et son réputés dans tout le Sengaï pour leur extraordinaire brutalité et mépris des conventions. Les heurts sont nombreux, tant avec la population locale qu’avec les forces de l’ordre régulières. Ainsi, de nombreuses problématiques sont soulevées par cette Milice : a-t-elle encore raison d’être aujourd’hui ? Des moyens plus souples ne peuvent-ils pas être employés ? En terme de prospective, n’est-il pas dangereux de maintenir vivace un souvenir certes douloureux, mais qui ne fait que maintenir à chaud les tensions ?

    I. Genèse et principes de la Sengaï Taïmu
      I.A. 2012 : naissance dans un contexte agité
        A la fin de l’année 2012, le couple royal se dirigeait vers la ville d’Aranamandou, où de récentes émeutes avait fait plusieurs dizaines de morts. Persuadé de parvenir à calmer rapidement la situation, le Rama Panom IV ne jugea pas nécessaire de renforcer plus que d’habitude son dispositif de sécurité. Erreur mortelle. Passant sur un pont au-dessus de l’Ang Thong, celui-ci explose, projetant le convoi dans un petit ravin. Des nids de guêpes installés sur les pans de la montagne mitraillent alors les débris à l’aveuglette, tuant la quasi-totalité des soldats présents sur place. Quelques minutes plus tard, le convoi transportant le prince Chamaban (le roi et l’héritier ne voyagent jamais ensemble) arrive sur les lieux de l’attentat. Le corps de la reine Chatcharai est retrouvé et autopsié : la cause du décès est une fracture crânienne lors de la chute. Rama Panom IV s’en sort de justesse. Hors-service pendant quelques semaines, c’est Chamaban qui prend la tête des affaires et qui débute une véritable chasse aux sorcières. D’abord aidé par des sbires recrutés sur place, d’anciens officiers se rallient à lui. Il prend conscience de l’importance de posséder une force de coercition pour faire respecter son autorité. Une fois les terroristes arrêtés, Chamaban souhaite maintenir son organisation de chasse à l’homme improvisée à flot. Débute alors un long parcours juridique.

      I.B. Une formation juridique… contestée
        Il n’est pas simple de créer une armée personnelle au Sengaï. Les aristocrates fonciers ont vu ce droit considérablement réduit au cours des siècles. Il leur est cependant permis de créer des milices locales dans des buts défensifs ou simplement de collectes d’impôts. Les statuts d’une telle milice sont cependant bien fixés. Chamaban, malgré son statut de quasi-maître du Muang-Baï Phudin, province royale du Sud du pays, ne pouvait pas légaliser son organisation de cette manière pour plusieurs raisons : son organisation est composée d’un nombre trop élevé d’hommes, ensuite, elle agit sur tout le territoire sengaïais et non sur un Phudin défini, et pour finir, elle utilise du matériel de guerre lourd (tanks etc.) ; trois raisons pour laquelle une autre voie devait être cherchée. C’est ainsi que Chamaban prétexta une volonté d’augmenter la sécurité de son père pour augmenter les capacités de constitution d’une garde personnelle. Le Rathasapha tombe dans le panneau (avec des pots de vin en poche) : Chamaban utilise les statuts tout juste approuvés pour faire de son organisation sa « garde personnelle ». Cependant, le Rathasapha conteste aujourd’hui encore cette organisation, la dénonçant comme paramilitaire. Toutes les propositions visant à l’affaiblir voir à la dissoudre sont toutefois tuées dans l’œuf.

      I.C. Principes moraux et philosophiques
        Un principe règne sur la Sengaï Taïmu : une allégeance totale et absolue à la famille royale, en particulier au Roi et à l’héritier. Cette allégeance est parfois poussée à l’extrême, et certains sociologues parlent même de dérives sectaires. En effet, alors que les premiers miliciens taïmus étaient des brutes et des vétérans, il y a aujourd’hui des intellectuels formés, des professionnels de la guerre et des grands techniciens. Une littérature est née par exemple dans les rangs de la Milice. Un certain syncrétisme religieux règne d’ailleurs : l’orientation philosophico-morale de la Sengaï Taïmu est un confucianisme des origines fortement empreint de lamaïsme, avec Chamaban comme « grand lama » (ils n’utilisent pas ce terme). Un autre principe essentiel est une népalophobie urticante : un bon népalais est un népalais mort. Heureusement que l’armée et la police protègent encore ces derniers, faute de quoi la guerre civile serait à la porte. Au sein de la Milice, toujours, règne une grande discipline : les coups de fouet et les anciennes tortures médiévales sont d’actualité, en plus d’un conditionnement physique et psychique extrêmement rigoureux. En bref, ce qui était jadis une Milice commence aujourd’hui à dériver vers une forme de secte théocratico-militaire, avec à sa tête l’homme qui demain sera Roi…



    II. Organisation et fonctionnement
      II.A. La tête de la Sengaï Taïmu : Chamaban
        Une courte biographie de Chamaban est disponible ici. Tout le parcours de sa vie semble l’avoir mené vers le pouvoir. Qui eût cru qu’en plus, il s’arrogerait un pouvoir supplémentaire ? La Sengaï Taïmu, comme nous l’avons rapidement évoqué à l’instant, possède une tête pensante qui dirige toute l’orientation du groupe : Chamaban, le prince-héritier du trône. En théorie, chaque action doit recevoir son approbation. En pratique, il ne donne que des ordres généraux et délèguent à ses « Vétérans » les tâches à plus grande échelle. Cependant, l’orientation philosophique passe systématiquement par le prince qui, étonnamment, n’hésite pas à incorporer des éléments de foi bouddhique (il est confucianiste, comme tous les Thaïs sengaïais) dans sa doctrine, preuve que celle-ci commence à dépasser la simple milice de répression. Chamaban prend conscience du pouvoir que lui donne ce bras armé. Au niveau du financement, encore, c’est lui qui gère tout : une grande partie de ses gains financiers sur l’exploitation des terres du Muang-Baï Phudin est alloué à l’entretien de la Sengaï Taïmu. Son contrôle se renforce chaque jour, et les ordres donnés sont de plus en plus précis et cohérents.

      II.B. Les Vétérans (Yang-Kun) : piliers de la Milice
        Au nombre de 25 (5 par Phudin), les Yang-Kun sont les plus combattants les plus expérimentés de la Milice. Il faut savoir qu’ils sont recrutés sur une forme de concours, dont le taux de survie est de 50%. Epreuves physiques et intellectuelles de très haut niveau, on teste avant tout leur fidélité au Prince et leur aptitude à obéir à des ordres parfois très difficiles. Non-rémunérés, ils possèdent des terres sur lesquelles ils font travailler un certain nombre de paysans, mais souvent par l’intermédiaire de leurs femmes. A noter que sur les 25 Yang-Kun, d’ailleurs, 5 sont des femmes. Chaque Vétéran possède une certaine circonscription. Plus elles sont petites, plus elles sont à risque. Ils entretiennent tous les 25 des relations très étroites, par des liaisons satellites permanentes, et sont prêts à s'épa’ler à la moindre accroche. Généralement, ils sont sommés par le Prince de marier leurs enfants entre eux afin de tisser des liens plus forts encore. Maîtres aussi des « initiations » avec Chamaban, ils doivent repérer les talents des soldats et les organiser du mieux possible pour réaliser les ordres.

      II.C. Les miliciens : piétaille ou puissants squads ?
        La base de la pyramide est composée d’environ 50 000 miliciens. Nombre pas si énorme que ça si l’on considère la population immense du Sengaï. Cependant, ils sont répartis inégalement, la plupart étant sur les terres népalaises et dans la capitale. Ces miliciens sont reconnaissables principalement à leur motos deux personnes (un chauffeur, un mitrailleur, cf. photo) et leurs treillis militaires assez occidentaux. Cependant, des unités plus lourdes existent, avec des véhicules blindés, des chars, des lance-roquettes, le tout généralement acheté au marché noir puis retapés pour donner un semblant d’uniformité. Les armoiries du Prince sont présentes sur les uniformes et le matériel pour marquer une distinction supplémentaire entre les miliciens et l’armée. Intégrer la Milice Sengaïaise est possible selon certaines conditions qui varient selon les régions. De préférence, il ne faut avoir aucune famille, ce qui renforce encore plus l’idée de la Milice comme la vraie famille, le vrai et seul lien social des hommes. Majoritairement composée d’hommes, cette base de la pyramide n’exclut cependant pas les femmes, qui sont à l’heure actuelle 17% des effectifs. Pendant une dizaine d’années, on raillait les miliciens de la Sengaï Taïmu pour leur amateurisme (des vidéos circulent encore sur internet où l’on voit des miliciens tomber lamentablement à moto). Mais la donne a changé ces cinq dernières années. Beaucoup plus pro, beaucoup plus solides, beaucoup plus endurcis, beaucoup plus intelligents, beaucoup mieux armés, leur présence effraie. Dans certaines villes, comme à Aranamandou, centre historique des Thaïs, on rase les murs lorsqu’une patrouille passe. Dans les champs, les motos à deux personnes doivent être saluées par tous. Le secret de la Sengaï Taïmu est là : une force de frappe moyenne, mais organisée selon un modèle de petits escadrons très mobiles et très entraînés. De plus en plus mortel.


    III. Relations de la Milice Sengaïaise avec les institutions du Royaume
      III.A. Une résistance interne : le Shin Bak
        Les services de renseignement sengaïais, le Shin Bak, ont dû travailler à plusieurs reprises avec la Sengaï Taïmu dans le cadre d’une lutte anti-terroriste très largement terminée aujourd’hui. Toutefois, il semblerait que l’accès à des dossiers très confidentiels ait nourri des ambitions plus larges au sein de la Milice. De nombreux Yang-Kun, empreints de la philosophie de la Milice, ont cherché à être meilleurs qu’on ne leur demandait en traquant tel ou tel bandit. Souvent, ce fut un succès, si bien que la Milice a demandé à ce que les dossiers secrets lui soient systématiquement révélés. Au vu de leur taux de réussite, le Roi a autorité cette ouverture. Cependant, cela a conduit à de nombreux excès : le prince Chamaban est clair dans sa doctrine, il vaut mieux tuer que juger, ça coûte moins cher et c’est plus sûr, ne parlons pas de la rapidité. Ainsi, de nombreux témoins qui auraient pu aider au démantèlement de certains réseaux ont été fusillés et de ce fait, des enquêtes entières torpillées par excès de zèle des squads du Prince. Le Roi a alors secrètement mis un caillou dans la chaussure de la Milice : il a poussé et validé la nomination de Tanawat Kasemsan à la tête du Shin Bak, sachant que celui-ci était « milico-sceptique ». Depuis son ascension, de nombreux fichiers se sont clos devant les Yang-Kun, et une sourde lutte s’organise entre la Sengaï Taïmu et le Shin Bak.

      III.B. Un adversaire qui s’essouffle : le Rathasapha
        Nous avons déjà parlé des multiples oppositions que la Milice a rencontré lors de sa création. Le problème, c’est que Chamaban possède une culture juridique très épaisse et est un véritable champion du « marathon administratif » : il sait quelles affaires laisser traîner et quelles affaires pousser. Ainsi, le Rathasapha commence tout doucement à se lasser dans sa poursuite de la destruction d’une Milice qui, de toute manière, est déjà bien installée et de plus en plus puissante chaque jour. Il faut d’ailleurs noter l’intelligence du Rama Panom IV, qui a su utiliser cette vitalité parlementaire après 2012 pour la canaliser et produire de nombreuses lois et réformes qui ont boosté l’économie du pays par exemple. Cependant, malgré quelques velléités encore bien présentes, le Parlement se désintéresse progressivement de la Sengaï Taïmu. Alors que 65 orateurs ont pris la parole contre elle en 2014, seuls 4 l’ont pris cette année (tous du Parti pour l’indépendance). Gardons à l’esprit que quelques députés se tiennent en embuscade, de même que le Pheu Sengaï, toujours à l’affût, et que la constitution officielle de la Milice n’est pas officiellement entérinée, même en tant que corps de garde personnel du Prince !

      III.C. Une aristocratie féodo-clanique complaisante
        L’aristocratie foncière a très clairement déposé les armes devant la Milice. En effet, une grande partie des frais liés à la police et à l’armée est à la charge des aristocrates. Si le Sengaï Taïmu fait le boulot des policiers et des militaires à leur place, cela fait des frais en moins. Cette délégation est de plus en plus ralentie par le Roi lui-même, mais c’est encore loin d’être acquis. Dans le Muang-Baï Phudin (terres de la famille royale) et le Chasombat Phudin (terres de la belle-famille du Prince), la Milice a quasiment champ libre dans toutes ses actions. Ailleurs, la situation est assez neutre : les Tibétains se moquent éperdument de la Milice –pour le moment- et les habitants du Ratcha-Khaen Phudin savent à peine ce que c’est. En revanche, au Nord, c’est la province népalaise du Khunsoek Phudin, la situation est tendue : le peuple presse ses aristocrates de diminuer au maximum l’influence de la Sengaï Taïmu, particulièrement violente ici, mais sans grand succès. Les voies légales sont obstruées et la Prince veille au grain. Les Népalais sont à l’heure actuelle dans une situation des plus inconfortables vis-à-vis de la Milice et même leurs élites semblent baisser les yeux, sous le regard autoritaire de Chamaban, prince du Royaume du Sengaï.

_________________
« Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu »
Charles Péguy
« Toutes les circonstances de ma vie ont été comme des échelons que Dieu plaçait autour de moi pour me faire monter jusqu'à lui »
Saint-Martin

«-Que pensez-vous du communisme ?
-Je crois que l'Internationale est apparue à Babylone il y a trois mille ans.
»
L.Youzéfovitch

SOLI DEO GLORIA


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message : Re: Qu'est-ce que le Sengaï ?
Message Publié : Sam Déc 31, 2016 10:35 pm 
Hors-ligne
Maitre du monde
Avatar de l’utilisateur

Inscription : Sam Juin 25, 2011 2:34 pm
Message(s) : 1886
De la répartition des revenus au Sengaï en 2031



Image




Pays de jeunes adultes, le Sengaï dispose d’un vivier de quelques 65 millions d’adultes en âge de travailler. C’est beaucoup, et si l’on ajoute à cela un système économique extrêmement inégalitaire lié à un modèle de production très ancien (le Ran Sakdina), alors on obtient le tableau ci-dessus. Celui montre des disparités énormes entre les différentes strates de la population sengaïaise, certaines étant colossales, d’autres très fines. Mieux comprendre le Sengaï passe par un détail précis de ce tableau, de ses racines et même de ses perspectives, si l’on peut se le permettre. En tout cas, ce qu’il faut avant tout expliquer, c’est la répartition selon les « classes », aisées, moyennes-aisées, moyennes et pauvres. C’est une classification très occidentale qui ne trouve pas énormément de sens au Sengaï. Cependant, nous l’avons utilisé ici afin d’aligner le modèle sengaïais sur les autres modèles mondiaux. Si l’échelle utilisée est la même pour chaque nation, alors les conclusions comparatives seront plus justes. Le PIB/PNB, considérés ici comme identiques, est extrêmement arrondis, à 40 milliards exactement, pour faciliter les calculs. S’il augmente légèrement de jour en jour, on ne peut pas dire, à l’heure actuelle, que la répartition des revenus évolue grandement au Sengaï. Ainsi, tous ces chiffres prennent leur sens et demeureront valables pendant plusieurs années, après quoi une réactualisation devra s’opérer pour juger de la qualité des politiques menées d’ici-là.

Les classes populaires tout d’abord, on y range toute personne gagnant moins de 100€ par an. Cela concerne près de 80% des Sengaïais. A vrai dire, la plupart d’entre eux sont des Tibétains et des Népalais. Si l’on se rapproche d’un peu plus près de ce chiffre, on peut le nuancer. L’immense majorité de ces populations vivent d’agriculture vivrière. Le peu de commerce qu’ils font pour obtenir ce qu’ils ne produisent pas directement se fait par troc. Des franges entières du Sengaï vivent encore à peu de choses près comme leurs ancêtres de la pré-Antiquité. Ces personnes reçoivent cependant de l’argent, et celui-ci est compté ici. Il y a notamment une allocation, certes faible mais réelle, donnée en fonction du nombre d’enfants, ainsi qu’un petit système de retraite pour ceux ayant travaillé au service de l’Etat. C’est souvent à cela que se limite le revenu de cette catégorie de la population.

Les classes moyennes sont ceux qui ont un revenu annuel entre 100 et 500€/an. La moyenne est à 201, précisément. Ces personnes ne représentent que 10% de la population, et on a longtemps hésité à les séparer entre classes populaires et classes moyennes-aisées. Cela n’a pas été fait pour différentes raisons. En effet, ces personnes, souvent, ont une activité non-agricole. Ils sont souvent fonctionnaires (exemple : professeur, infirmier, militaire…), plus ou moins directement, ou employé de l’un des cinq clans aristocratiques sengaïais (exemple : collecteur d’impôt, milicien, émissaire, femme de ménage…). Par rapport au niveau de vie moyen des Sengaïais, ils sont souvent mieux lotis. Ils possèdent souvent un logement de fonction qu’ils peuvent conserver même après la retraite, et ont généralement de quoi bien garnir leurs tables. Toutefois, leur pouvoir d’achat leur interdit généralement l’accès à des biens de consommation d’un rang supérieur (grand électroménager type frigo, voiture etc.). En revanche, et c’est là la rupture réelle avec les milieux populaires, les classes moyennes ainsi définies ne fonctionnent quasiment pas à l’économie de troc. Elles paient en argent comptant, elles prélèvent éventuellement une part des récoltes pour se nourrir si elles sont publicains ou miliciens, mais pour le reste, les achats se font avec de la monnaie. C’est ensuite une simple question de revenus qui les différencie des classes moyennes aisées.

Les classes moyennes aisées représentent 7% de la population et captent un peu plus de 11% des revenus totaux. Parmi eux, on trouve surtout les patrons non-aristocrates des personnes décrites dans le paragraphe précédent. Les officiers de l’armée, les contremaîtres des champs et des usines, les directeurs d’établissements productifs, les ingénieurs provinciaux etc. Leurs revenus sont compris entre 500 et 2000€ par an. Ils ont accès à des services de bonne qualité, à des produits peu utilisés au Sengaï, et se permettent même parfois d’acheter des terres qu’ils louent par la suite pour se garantir une petite rente régulière une fois la retraite acquise. Ainsi, ce sont majoritairement des petits et moyens propriétaires terriens, parfois assez indépendants, parfois au service des clans sengaïais. C’est aussi ici que l’on peut classer les premiers vrais urbains, on entend par là ceux qui travaillent en ville et peuvent y vivre décemment. Petits cadres, ingénieurs, professeurs, policiers, miliciens du Prince, chefs d’entreprise… moins nombreux à la campagne qu’à la ville, c’est cette classe qui chaque jour grossit de plus en plus.

Les classes très aisées sont ceux qui gagnent plus de 2000€/an. La moyenne, pour le coup, est très élevée, dépassant les 15 000 €/an. On y compte en effet les grands aristocrates et leurs familles, c’est-à-dire environ 5000 personnes en tout. Le Roi par exemple, a personnellement un revenu d’environ 200 000 €/an, ce qui ne fait pas de lui l’homme le plus riche du Sengaï. L’homme le plus riche du Sengaï est le PDG du leader mondial en pharmacologie Ran Khay Na, avec près de 400 000 €/an. Avec les aristocrates et les grands patrons d’entreprise, on trouve aussi les banquiers (devenir employé dans une banque, même comme simple guichetier, est souvent une grande promotion sociale dans la société sengaïaise), les professeurs d’université, les directeurs de laboratoire et de centres de recherche, les hauts responsables militaires ou policiers, le personnel politique ou encore les chefs et cadres des grandes entreprises. On assiste là au cœur du système sengaïais : ces personnes représentent 3% de la population sengaïaise mais concentrent près de 75% des revenus totaux. Si une grande partie de la population, les classes dites populaires, sont quasiment hors circuit économique, il n’en demeure pas moins que cette inégalité criante est de plus en plus contestée et appelle à une réaction politique et sociale dans les années à venir.

_________________
« Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu »
Charles Péguy
« Toutes les circonstances de ma vie ont été comme des échelons que Dieu plaçait autour de moi pour me faire monter jusqu'à lui »
Saint-Martin

«-Que pensez-vous du communisme ?
-Je crois que l'Internationale est apparue à Babylone il y a trois mille ans.
»
L.Youzéfovitch

SOLI DEO GLORIA


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message : Re: Qu'est-ce que le Sengaï ?
Message Publié : Lun Mai 15, 2017 11:41 pm 
Hors-ligne
Maitre du monde
Avatar de l’utilisateur

Inscription : Sam Juin 25, 2011 2:34 pm
Message(s) : 1886
L’immigration au Sengaï : histoire, problématiques et enjeux contemporains


Image



    I. Une histoire ancienne… et ventélienne
      I.A. Les « Grandes Migrations » médiévales
        Les grandes périodes de l’histoire du Sengaï nous montrent que le Moyen Âge est une époque où le Sengaï connaît une émulation politique particulièrement importante. Tous les 150 ans en moyenne, une dynastie naît et/ou meurt. C’est aussi pendant la période des « Cent Hivers » (Un siècle de « trou noir » pour les historiens) que se joue en grande partie l’histoire de l’immigration. En effet, lorsque commence cette période, aux alentours de l’an 450, le Royaume mourant des Danong laisse s’effondrer une administration performante qui avait compté, dans un recensement de 423, environ 12 millions de Sengaïais. Après cela, cent ans où presque aucun document ne nous est parvenu. Et c’est alors que peu avant les débuts du VIIe siècle, une famille, les Nongchai, établissent un nouvel état, se rebâtissant sur les ruines des Danong. Un nouveau recensement est alors pratiqué en 615, sur des zones géographiques à peu près semblables à celle du recensement de 423. Verdict : 43 millions d’habitants. La population a presque quadruplé en deux siècles. Que s’est-il passé ? En étudiant les recensements des royaumes voisins, dans l’actuel Kaiyuan, ou plus à l’Ouest, on constate que beaucoup de ces royaumes ont perdu des habitants. Et pourtant, ni guerre, ni maladie, ni forte consanguinité ou quoi que ce soit d’autre. Ainsi, d’après les calculs réalisés par des historiens de l’université de Pan Ranong, on estime qu’environ 4 millions de Ventéliens sont venus s’installer entre les montagnes du Songphang et l’actuelle côte de Pan Ranong, désirant profitant du vide créé par la chute des Danong et des terres fertiles laissées à l’abandon. Par la suite, un boom agricole par l’introduction massive de la riziculture a provoqué une explosion démographique, ce qui a multiplié par deux la population qui frôlait déjà les 20 millions grâce à ces « Grandes Migrations ».

      I.B. Le coup d’arrêt du XVIIIe siècle
        Après le Moyen Âge, rien ne fait du Sengaï une terre particulièrement intéressante du point de vue migratoire. La plupart des peuples restent chez eux, et la démographie fait que n’importe quel mouvement migratoire est rapidement absorbé et passe pour anecdotique. Toutefois, au début du XVIIIe siècle, le climat du continent perd des degrés. Au Nord, autour de la mer intérieur, les populations cultivant le blé, l’orge et le froment commencent à voir leurs récoltes diminuer beaucoup trop vite. Les riziculteurs ventéliens sont protégés… mais on toque à la porte : des dizaines voire des centaines de milliers d’individus, poussés par une agriculture en berne, arrivent aux frontières du Sengaï. Ainsi, en 1746, le roi Chama XII signa « l’Edit du Songphang », dû au fait qu’il a été rédigé dans les montagnes, à la hâte. Chama XII, par ce décret, fermait hermétiquement les frontières du Sengaï. La grande aristocratie foncière, désireuse d’étendre ses terres (à cette époque, plus on avait de serviteurs, plus on pouvait acquérir de terres, d’où un fort comportement pro-natalité qui s’est conservé), se rangea du côté des chefs de tribus qui attendaient le feu vert pour déferler sur le Sengaï. L’Edit de Songphang marqua un coup d’arrêt brutal à cette « invasion » (on estime que près de 12 millions de personnes s’apprêtaient peut-être à arriver sur le territoire sengaïais), ce qui fit prendre à l’aristocratie une position anti-royale très forte, si bien qu’elle lâcha le roi lorsque celui-ci était en guerre contre les Tibétains, qui marchèrent sur Pan Ranong en 1752. C’est là que l’on prit conscience de l’intérêt que le pouvoir avait à bien traiter la question migratoire.

      I.C. L’Etat moderne face à la tradition migratoire
        Ce n’est qu’en 1822 que fut abrogé l’Edit de Songphang. La population sengaïaise avoisinait alors les 50 millions d’habitants. Un peu moins d’un siècle de fermeture avait permis d’homogénéiser la population. Les anciens immigrants s’étaient entièrement fondus dans la population, et les différents dialectes commençaient à s’uniformiser. Toutefois, la modernisation technico-technologique, le développement de l’industrie et l’essor mondial de l’Occident remit les immigrés sur le devant de la scène. L’Etat sengaïais décida de garder la ligne de Chama XII, c’est-à-dire une ligne dure et ferme sur l’immigration. Toutefois, l’Etat moderne utilisa ses nouvelles prérogatives et de nouveaux moyens technologiques dans cette optique de contrôle. Avant, on refusait tout le monde, et après 1822, on introduisit le « tamis administratif » qui permettait de trier : les Sengaïais devaient posséder une carte d’identité, un corps de douanier fut officiellement créé, le droit du sang fut inscrit dans la constitution comme seul moyen d’obtenir la nationalité sengaïaise (c’est encore le cas aujourd’hui), des recensements plus précis furent pratiqués, donnant plus d’informations sur les personnes comptées (origine, éléments physiques, ethnie officielle etc.). Bref, l’Etat créa même des « Ecoles d’épreuve » où certains immigrés qui prétendaient jouir d’un certain savoir-faire devaient le prouver par des exercices pratiques. En somme, la rationalisation de l’immigration alla de pair avec la modernisation d’un monde. Le Sengaï dut s’adapter, sans pour autant adopter une politique migratoire laxiste et plus ou moins désordonnée : le poids de l’histoire équilibra la balance.



    II. L’immigration dans les temps récents
      II.A. 1958-1982 : La fermeture éclair
        En 1958, le Rama Panom IV monta sur le trône, et il y règne jusqu’à aujourd’hui, 2032. Dans ses débuts, il dut mener un bras de fer très violent avec le Rathasapha (Parlement) –qu’il perdit au final- et il passa par cette lutte de nombreuses lois qualifiées de démagogiques. L’une d’elle porte sur la « Fermeture éclair » migratoire, qui joue en fait sur un quiproquo amusant : le terme « fermeture éclair » a été introduit au Sengaï sous une forme traduite littéralement, ainsi, les Sengaïais croyaient qu’il s’agissait d’une fermeture électrique et rapide comme un éclair. Ainsi, Panom IV fit installer des poteaux télégraphiques électrisés, de Pan Ranong à toutes les frontières du Sengaï. De cette façon, il menait une politique de « migration en fermeture éclair » : il lui suffisait de télégraphier aux frontières « 0 immigrés » pour qu’en quelques minutes, plus personne ne passe les frontières du Sengaï. Le Royaume connut alors une période d’ouverture-fermetures rapides, saccadées et irrégulières. Tantôt ouvertes, tantôt fermées, les frontières étaient au bon vouloir du roi, et cela provoqua une forte lassitude auprès des immigrés. Un livre a d’ailleurs été publié par un immigrant venu du Nord (Voyage au pays du riz, 1962) de la Mer Intérieure, qui raconte son périple de 2 mois pour arriver à la frontière sengaïaise, où, après avoir fait la queue pendant 3 jours, un télégramme du roi venait d’arriver : « 0 immigrés ». Demi-tour.

      II.B. 1982-2012 : Entre expulsions et naturalisations
        En 1982 naît le Parti Pour l’Indépendance, c’est-à-dire un parti communiste nationaliste népalais. Parmi ses membres, on compte beaucoup d’immigrés Népalais venus du Nord-Est et du Nord-Ouest. En effet, ses frontières étaient parmi les moins protégées de tout le Sengaï. Beaucoup d’individus peu recommandables avaient pu franchir les frontières, se faire passer pour des Sengaïais-Tibétains de souche –à une époque où la carte d’identité n’était pas encore totalement répandue au Nord du Royaume-. Aujourd’hui, le Shin Bak (services de renseignement sengaïais) affirme que beaucoup de terroristes séparatistes sont passés à cette époque. Ainsi, le Roi signa exactement 365 décrets d’expulsion entre 1982 et 2012, ne concernant pas moins de 18 000 personnes, dont 85% de Népalais. Toutefois, la dynamique sudiste fut différente, très largement : dans les années 60, de nombreux marchands et hommes d’affaire étrangers s’installèrent à Pan Ranong pour faire business. Beaucoup restèrent, comme directeurs de filiale par exemple, et le Roi lança dès 1990 une vague de naturalisation qui toucha plus de 30 000 personnes en 20 ans. Expulsions et naturalisations se compensèrent mutuellement pendant une époque, et ces politiques furent sévèrement critiquées par l’opposition politique. C’est pour ça qu’aujourd’hui encore, prononcer le mot « d’expulsion » soulève un certain tabou et une grande crainte pour les Népalais. C’est une arme, un levier de pouvoir politique qui est pleinement au cœur de la société politique sengaïaise, considérée comme symbole de fermeté.

      II.C. 2012-Aujourd’hui : Evolution des profils des immigrés
        Jadis, marchands, réfugiés climatiques et terroristes. Aujourd’hui, chômeurs en déshérence, marchands à la recherche d’opportunités et évadés fiscaux. Les visages des immigrés se sont considérablement modifiés au cours des dernières années. La mutation la plus notable est celle d’un immigré potentiellement nocif et perturbateur à celle d’un immigré casse-pied mais non mauvais. L’évadé fiscal est un gros bourgeois riche, mais il n’embête en rien le petit sengaïais. L’immigré attiré par la demande en main d’œuvre du Sengaï n’est pas un voleur de job, il y en a assez pour tout le temps. Quant aux marchands qui demandent la nationalité sengaïaise, ils sont souvent sous le charme de la culture sengaïaise et donc provoquent une grande sympathie parmi la population. Ce n’est toutefois pas du goût de tout le monde : un riche occidental venant cacher son argent ici peut en quelque sorte « acheter » son passeport, et beaucoup d’hommes et de femmes politiques de tout bord commencent à amener ce problème sur la table. En bref, à l’heure actuelle, l’immigré est une variable anecdotique de la société sengaïaise. Considéré avec indifférence par la société sengaïaise, il est « invité » à créer des formes de ghettos dans lesquels il vit avec ceux de sa communauté. A Pan Ranong, il y a un quartier de Kaiyuanais. Il y a aussi un quartier d’exilés fiscaux dytoliens. A quand un quartier unique, fait de Sengaïais ? Pas pour tout de suite.


    III. L’immigration : enjeu de demain
      III.A. L’immigration : grande absente des discours politiques
        Quelques chiffres : chaque année, 60 000 immigrés viennent s’installer au Sengaï. Sur ces 60 000, environ 5000 obtiendront la nationalité sengaïaise dans les cinq ans. Le Shin Bak (services secrets sengaïais) estime à 200 000 le nombre de clandestins venant au Sengaï. La plupart sont là où les législations sont les plus souples et les frontières les plus perméables, soit au Nord et à l’Est du Royaume. Bien souvent, ces clandestins sont dénoncés s’ils posent problème. Sinon, ils vont travailler le plus tranquillement du monde dans les mines du désert ou bien dans les rizières pauvres du Nord. Toutefois, ce sujet se recoupe avec celui de la récente « libération » de l’économie sengaïaise : la grande souplesse donnée aux entreprises rend la main d’œuvre clandestine presque inutile, ou du moins pas aussi attractive qu’elle ne l’était jadis. C’est surtout par le biais là que l’on parle de l’immigration clandestine. Fondamentalement, on s’en moque, du moment qu’ils retournent chez eux après quelques années et qu’ils ne prennent pas femme ici. En ce qui concerne l’immigration légale, le sujet est savamment esquivé par les politiques : le Pheu Sengaï et le Renouveau Tibétain fustige une immigration « choisie selon la richesse » et la « corruption » qui parasite l’octroi de passeports, ce à quoi l’AND répond que le spectre de profils des immigrés est tellement divers qu’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Mais ça, c’est quand ils sont questionnés sur le sujet. En temps normal, cette question apparaît comme secondaire, voire tertiaire. La petitesse du nombre d’immigrés, le fait de savoir qu’on peut les expulser à n’importe quel moment et l’absence de réels troubles motivent probablement ce comportement.

      III.B. Le Sengaï dans la mondialisation : Les immigrés, l’argent et l’opinion publique
        Nous avons déjà parlé des problèmes de corruption liés à l’immigration, mais il faut aussi comprendre comment cela se répercute sur la population. Un sondage récent donne des chiffres inquiétants, compte tenu de ce que nous avons déjà écrit ici : 76% des Sengaïais trouvent qu’il y a trop d’étrangers au Sengaï. Toutefois, seulement 39% d’entre eux estiment que les étrangers sont « potentiellement nocifs » pour le pays. Bref, il y en a trop, mais ce n’est pas bien dangereux, comme les moineaux. Toutefois, les comportements sont assez différenciés selon les ethnies. Pour 97% des Tibétains, les immigrés sont « inutiles » et « potentiellement nocifs » tandis que pour les mêmes réponses, on a seulement 55% des Thaïs. De quoi briser encore la vision « bisounoursiste » des bouddhistes tibétains. De même, chez les Thaïs, il existe des associations d’aides aux immigrés, afin de leur apprendre le thaï, les mœurs locaux, leur trouver un hébergement, les aider à faire leurs papiers… alors que tout ceci est éminemment odieux aux yeux d’un Tibétain. D’ailleurs, les députés Tibétains passent leur temps à torpiller toutes les lois qui aident les immigrés. Il ne faut pas y voir là une haine : c’est une xénophobie tranquille : « Je suis chez moi et je ne t’ai pas ouvert la porte, donc toi, tu la prends ». Aucun agression ni quoi que ce soit, mais une marginalisation classique et tranquille. On aide l’étranger, car c’est la tradition, mais la tradition de l’étranger, c’est qu’il s’en aille à un moment. Ainsi se différencient les opinions publiques malgré des tendances générales à une méfiance envers l’immigré.

      III.C. L’immigration illégale comme problématique contemporaine
        Les derniers rapports du Shin Bak sont particulièrement accablants. Comme indiqué précédemment, près de 200 000 clandestins. Parmi eux, principalement des travailleurs qui viennent dans les mines et les rizières… mais il est d’autre clandestins plus problématiques. Les cartes des grandes migrations actuelles montrent une forte émigration depuis le continent Ventélien jusqu’au riche Lianwa. Alors, certes, les autorités sengaïaises sont plutôt « laxistes » : tant qu’ils ne s’arrêtent pas chez nous, on laisse passer. Toutefois, le réveil des Triades ces dernières années a conduit à un trafic d’êtres humains passablement rémunérateurs. Des faux passeurs séparent femmes et enfants d’un côté et hommes de l’autre, promettant de les rejoindre une fois au Lianwa… ce qui n’arrive ensuite jamais. Les hommes sont au pire tués –c’est rare-, au mieux expédiés dans des entreprises illégales (drogue, usines souterraines, faux-monnayage etc.). Quant aux femmes et aux enfants, ils vont grossir les rangs de la prostitution, officiellement interdite au Sengaï, mais malheureusement encore très pratiquée, ce qui influe sur une certaine forme de tourisme, d’ailleurs. Cependant, la création récente de l’Organisation de Coopération de Choenglung va peut-être changer la donne. En effet, la potentielle création d’une force commune de lutte contre le grand banditisme pourrait pousser ces organisations à changer de place, et au mieux à disparaître. Le resserrement des liens entre Sengaï et Lianwa pourrait aussi forcer le Sengaï à traiter les émigrés avec un peu plus de fermeté. Dans tous les cas, face aux problèmes qui naissent aujourd’hui dans l’Océan et sur les terres traversées par des colonnes d’immigrés, le Sengaï saura, fidèle à son histoire, juguler la crise et en tirer bénéfice.

_________________
« Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu »
Charles Péguy
« Toutes les circonstances de ma vie ont été comme des échelons que Dieu plaçait autour de moi pour me faire monter jusqu'à lui »
Saint-Martin

«-Que pensez-vous du communisme ?
-Je crois que l'Internationale est apparue à Babylone il y a trois mille ans.
»
L.Youzéfovitch

SOLI DEO GLORIA


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message : Re: Qu'est-ce que le Sengaï ?
Message Publié : Jeu Juin 08, 2017 1:21 pm 
Hors-ligne
Maitre du monde
Avatar de l’utilisateur

Inscription : Sam Juin 25, 2011 2:34 pm
Message(s) : 1886
Les grands figures du Sengaï contemporain [1]

Rajanor Chan Akon (1909-1987) l La théorisation de l'ordo-libéralisme sengaïais
La « Troisième Voie » libérale-conservatrice


Image


Rajanor Chan Akon est né le 3 juillet 1909 à Choenglung et mort le 4 avril 1987 à Pan Ranong. S’il est aujourd’hui digne d’une petite fiche sur sa personne et ses théories économiques, c’est parce que ces dernières sont le fondement de l’organisation économique sengaïaise moderne. L’actuelle Première Ministre Sumalee Kongsuwan a déclaré à de nombreuses reprises être une lectrice assidue de Chan Akon et une élève de sa pensée. Il n’est d’ailleurs pas rare de la voir aller brûler quelques bâtonnets de parfum sur sa tombe les 4 avril de chaque année. De l’avis de beaucoup d’analystes de la société sengaïaise, la récente Loi Kongsuwan est en grande partie issue de la pensée dite ordo-libérale de Chan Akon. Avec une telle influence sur le monde actuel, il convient de regarder d’un peu plus près le parcours du plus grand économiste sengaïais du XXe siècle, et probablement de l’un des plus grands économistes du monde d’alors.

Avant toute chose, il convient de dresser un portrait des différentes théories économiques libérales qui ont été défendues au Sengaï. La première est dite paléolibérale. Sa figure principale fut Machan Ratemkan (1889-1972). Bien qu’elle n’ait jamais eu de grand succès dans les cercles érudits sengaïais, elle inspira certains penseurs étrangers. Le projet était clair : la disparition, à terme, de l’Etat, au profit d’un secteur privé intégral et absolu. Cette théorie trouvait certaines racines dans l’histoire du Royaume. La contestation de l’Etat est quelque chose qui existe et est ancré dans l’esprit sengaïais depuis l’Antiquité et la rébellion de Zhou Anawat (en 278 av.J.-C.) et qui a pris de l’importance suite au multiethnicisme qui caractérise encore aujourd’hui le Sengaï. De plus, la très forte culture de milice a donné à Ratemkan et ses élèves un argument de taille. En effet, la « nationalisation de la sécurité » par la création d’une armée nationale et de corps de police nationale est quelque chose de très récent. Avant cela, la défense et la sécurité étaient totalement privatisées, chaque familles aristocratiques organisaient recrutement et levée à son souhait et avait juste quelques obligations en cas de guerre. Même dans les plus petits villages du fond des montagnes du Songphang, des milices étaient levées si nécessaire, sans aucun concours de l’Etat. Toutefois, le jusqu’au-boutisme libéral de Ratemkan se heurta à un mur, celui de la mondialisation : ironiquement, c’est la globalisation qui tua le paléolibéralisme sengaïais. En effet, lorsqu’un Etat disparaît, il laisse aux étrangers le soin d’acheter et d’investir à tout va dans son pays, sans aucune autre forme de régulation que les intérêts particuliers de quelques-uns des plus riches de ce pays. L’âme sengaïaise et l’esprit profondément communautaire du peuple sengaïais ne pouvaient épouser une telle forme d’organisation économique, et c’est le pouvoir royal qui comprit la dangerosité du paléolibéralisme et l’enterra au plus vite.
La seconde grande théorie libérale est la théorie dite minarcho-libertaire. Dans celle-ci, notamment défendue par l’universitaire Tumaban Konatem (1923-1984), l’Etat ne disparaît pas, mais est réduit à des prérogatives bien précises : défense, diplomatie et symbolique. Cette théorie prend à contre-pied le paléolibéralisme en cela qu’il s’appuie sur l’esprit communautaire sengaïais : l’Etat est conservé comme une sorte d’artéfact témoignant de l’unité d’un peuple dans le monde globalisé. Cependant, il lui est retiré toute prérogative en matière financière, d’où les hurlements de Konatem lors de l’unification monétaire du Sengaï en 1953 et la fin des monnaies régionales. Il faut toutefois souligner l’originalité du minarcho-libertarisme : Konatem était l’un des rares grands intellectuels sengaïais d’origine népalaise. Selon lui, aucun système politique ne valait fondamentalement mieux qu’un autre. C’est ainsi que la notion libertaire fut accolée à sa pensée : chaque communauté peut s’organiser comme elle l’entend, y compris de manière socialiste, du moment qu’elle garde ses distances avec l’Etat et ne prend pas de décisions financières et monétaires qui toucheraient des communautés autres. Ce mouvement de pensée s’inscrivait dans un profond respect des différentes ethnies sengaïaises, chacune ayant le droit, selon Konatem, de prendre la forme sociale qu’elle souhaitait, à condition toutefois de faire « allégeance » à l’Etat, certes considérablement réduit, mais symboliquement présent. Cette théorie fut critiquée à cause de la notion de concurrence qu’elle introduisait : la concurrence n’était désormais plus un outil mais une fin en soi, et, d’après les détracteurs de Konatem, elle était précisément un outil servant à détruire la cohésion nationale, chaque ethnie désirant être plus attrayante et meilleure que sa voisine. L’argument-massue donnée contre le minarcho-libertarisme est ce que l’on appelle le « sac de céramique » : prenez un sac de toile, représentant l’Etat, et mettez à l’intérieur trois morceaux de céramique représentant les trois ethnies sengaïaises. Ensuite, représentez les heurts de la concurrence et de la globalisation en cognant ce sac contre les murs de votre maison, et admirez le résultat. L’Etat, le sac de toile, sera toujours présent, toujours faible, mais à l’intérieur, il n’y aura plus trois morceaux, mais des dizaines, extrêmement coupants et dangereux…

C’est alors qu’intervient la pensée de Rajanor Chan Akon, que l’on peut qualifier de libéral-conservatisme ou d’ordo-libéralisme sengaïais (l’ordo-libéralisme en soi étant une notion trop large pour être réservée à Chan Akon, on ajoute le qualificatif sengaïais, à cause des spécificités que l’on va voir à présent). Face aux théories paléolibérales et minarcho-libertaires, la théorie de Chan Akon se présente comme une Troisième Voie, ou plutôt, selon une traduction plus précise, le « Tiers Chemin ». Dans son livre L’Etat publié en 1955, Chan Akon rédige une critique dévastatrice du totalitarisme, quelles que soient ses formes (communisme, fascisme mais aussi démocratique), et de l’Etat-providence. Laissons-lui la parole sur ces deux formes excessives de l’Etat :
« L’Etat totalitaire est avant toute chose le fruit de l’individualisme de certains, poussés à croire que leurs visions de la société peuvent supplanter l’esprit de tous, il est en soi une destruction des formes traditionnelles, cohérentes et stables de la société » (p.18)
« L’Etat-providence […] ne peut se comprendre que comme l’expression la plus extrême de la passion sécuritaire des hommes et leur volonté profonde de déresponsabilisation face aux torrents sociaux » (p.215).
Selon Chan Akon, le totalitarisme collectiviste ou fasciste peut se comprendre, dans le sens où il est souvent une réaction légitime face à une situation de misère institutionnalisée. Il énonce cependant qu’il ne peut mener qu’à la tyrannie et à une injustice encore plus grande et plus dangereuse.
Alors que ses critiques font mouche dans les milieux radicaux de la société sengaïaise d’alors, il est enjoint par ses collègues (il était alors maître de conférence à l’université de Pan Ranong) de rédiger un ouvrage sur les bienfaits du capitalisme qui commençait à percer dans la société sengaïaise. A la surprise générale, l’ouvrage ainsi publié, Vices et fortunes du capitalisme moderne (1959) n’est pas une éloge aveugle du capitalisme, comme certains auraient pu le croire. En effet, selon Chan Akon, le libéralisme classique telle que conçu alors (d’après les théories vues plus haut) est une mystification. Il articule sa critique selon trois axes :
1- L’inévitable concentration de la propriété. Bien que très attaché à la propriété privée, Chan Akon reconnaît dans le libéralisme moderne une trop forte propension à la concentration de celle-ci dans les mains de quelques-uns, alors que chacun devrait être propriétaire à échelle peu variable.
2- L’expansion du salariat. Chemin vers le collectivisme, le salariat pour tous est selon Chan Akon la pire conséquence d’un système économique foireux. Cela correspond à une déresponsabilisation des hommes et une forme d’esclavage moderne qui ne dit pas son nom.
3- La dévitalisation de l’existence. Conséquence –entre autre- du second point, l’existence perd son sens dans une société libérale, et l’augmentation des salaires ou l’enfermement dans l’Etat-providence ne peuvent être des remèdes « va-tout ».
En 1962, sous le feu des critiques, qui l’accusent de donner des coups de marteaux contre tout et tout le monde sans donner de solutions, Rajanor Chan Akon publie son ouvrage-phare, Valeurs libérales et société conservatrice, dans lequel il expose ses théories.
L’originalité de la pensée économique libérale de Chan Akon repose notamment dans sa volonté de conserver les mécanismes de la concurrence et du libre-marché, qu’il ne contestera jamais, en les insérant dans un cadre éthico-juridico-politique. Le second point fort original, c’est la place qu’il accorde à l’Etat. Chan Akon ne veut pas d’un Etat faible soumis aux puissances économiques, au contraire, il veut un Etat fort capable de conditionner la concurrence et d’assurer la libre économie. C’est ce qu’il appelle la « théorie de la roupie », la roupie étant la monnaie sengaïaise, il affirme que la liberté économique et l’autorité politique sont deux faces d’une même pièce de monnaie. Dans son idée, en somme, le marché libre ne peut à lui seul « faire société », il faut la présence d’un Etat fort pour endiguer les potentielles dérives (prolétarisation massive, par exemple) inhérentes au capitalisme de ses adversaires. De plus, si l’on revient sur la concurrence, celle-ci ne doit pas être absolue et sacro-sainte, l’Etat doit se servir d’un cadre éthique, en l’occurrence inspiré du confucianisme et du bouddhisme sengaïais, pour créer les conditions d’une concurrence non écrasante et efficace.
Qu’est-ce que cela signifie, concrètement, dans une potentielle action législative ? Cela signifie, et c’est en accord avec la nature de la société sengaïaise, la construction d’une économie nationale sur la base de TPE/PME. Chan Akon ira même jusqu’à demander une législation contre les monopoles (trusts, cartels etc.). A côté de cela, il demande un contrôle du marché par l’Etat, une redistribution juste des revenus (de l’avis de certains, il est assez inouï de retrouver cela chez un libéral, bien que ce soit jouxté à une non-déstabilisation du cœur de l’économie de marché) et surtout, dans le domaine administratif et judiciaire, une application stricte et rigoureuse du principe de subsidiarité.
Il y a dans son ouvrage théorique trois vastes chapitres sur des sujets souvent étrangers aux libéraux classiques : s’y succèdent une critique de l’acceptation irréfléchie et systématique de tous les progrès technologiques, un éloge de la famille traditionnelle, une dévastation intellectuelle de l’immigration et du dénatalisme et l’abrutissement des masses. Le couple identité-souveraineté qui se lie dans sa pensée est le fondement même de la spécificité de l’ordo-libéralisme tel que pensé par Rajanor Chan Akon, qui se retrouve au croisement entre l’identité historico-culturelle d’un peuple et la liberté économique garantie par un Etat fort et mesuré.

Comme nous l’avons dit, Rajanor Chan Akon est le principal inspirateur de l’actuelle politique économique menée par Sumalee Kongsuwan, une de ses lointaines adeptes. Pour beaucoup, le tiers-chemin libéral-conservateur est l’alternative aux systèmes ultralibéraux d’un côté et collectivistes de l’autre, en ce sens qu’il met au cœur de sa pensée la conviction qu’une société obsédée par le chiffre, le PIB et la consommation ne peut courir qu’à sa perte. Nous terminerons cette petite fiche de présentation par une citation de l’ouvrage Valeurs libérales et société conservatrice : « Il ne fait aucun doute, à mon sens, que le rapport de l’Homme à l’absolu, divin et spirituel, surpasse de beaucoup les liens entre les acteurs économiques. Là où les intérêts égoïstes et hédonistes de chacun combattent comme vautours sur charogne, les justes principes supérieurs permettent de construire une société stable, où l’Etat, que nous défendons contre le capitalisme, garantit à chacun la petite ou moyenne propriété dans une économie libre, dans un cadre éthique et morale respectueux de la société traditionnelle dont nous avons hérité ».

_________________
« Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu »
Charles Péguy
« Toutes les circonstances de ma vie ont été comme des échelons que Dieu plaçait autour de moi pour me faire monter jusqu'à lui »
Saint-Martin

«-Que pensez-vous du communisme ?
-Je crois que l'Internationale est apparue à Babylone il y a trois mille ans.
»
L.Youzéfovitch

SOLI DEO GLORIA


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message : Re: Qu'est-ce que le Sengaï ?
Message Publié : Ven Juin 16, 2017 12:04 pm 
Hors-ligne
Maitre du monde
Avatar de l’utilisateur

Inscription : Sam Juin 25, 2011 2:34 pm
Message(s) : 1886
Elections législatives au Sengaï : mode d’emploi


Introduction


Le Parlement sengaïais, aussi appelé Rathasapha, est l’institution centrale de la vie politique sengaïaise. Elle est composée de 728 députés, tous élus selon un mode de scrutin que nous allons décrire un peu plus bas. Le rôle du Parlement a déjà été maintes fois décrit. On peut dire que ses trois fonctions principales sont de nommer le Premier Ministre, de voter les lois et de rédiger les rapports de contrôle des différentes institutions, politiques et économiques, du Sengaï. Les analystes politiques de la société sengaïaise ont souvent du mal à décider qui du Parlement ou du Sénat (Wuthisapha) est le plus puissant. Peu importe, pour aujourd’hui, l’idée est de décrire le fonctionnement du Parlement et toutes les problématiques, loin d’être négligeables, qui en découlent.


Circonscription : le gerrymandering à la sengaïaise


Le premier élément est le découpage administratif des circonscriptions, que les Tibétains appellent « le plus vieux mode de triche du monde » et les Népalais « la rapine politique permanente ». Ils en ont même créé des mots. Et pour cause, les 728 circonscriptions sont réparties d’une manière extrêmement particulière. La seule ville de Pan Ranong est divisée… en 582 circonscriptions. Ce qui signifie que 80% du Rathasapha est composé de Thaïs de Pan Ranong. Rappelons que les Thaïs représentent 15% de la population, et donc 80% du Parlement. Cela inclut un autre point intéressant : il n’existe au Sengaï absolument aucune carte représentant le découpage des circonscriptions électives. Le résultat en serait effectivement troublant, et surtout totalement illisible. Prenons les deux extrêmes : la plus petite circonscription est la 29e. Elle est habitée par environ 7500 personnes, dans quatre rues du Pan Ranong. A l’inverse, la plus grande circonscription est la 698e, située dans la vallée de Tingri, et habitée par… deux millions de personnes. Ces deux circonscriptions, on l’a compris, envoient un seul député chacune.

On comprend assez aisément tous les problèmes engendrés par un tel découpage administratif. Les députés peuvent représenter de 7500 à 2 millions d’habitants, ce qui n’a aucune valeur démocratique, on en conviendra. Les partis réagissent très différemment à une telle inégalité. L’Alliance Nationale Démocratique (AND, libéral-conservateur, actuellement au pouvoir) fait le dos rond, ce système l’ayant largement favorisé jusqu’à maintenant. Le Pheu Sengaï (PS, socialiste), quant à lui, a été pendant longtemps traversé de plusieurs courants idéologiques, dont certains demandant un découpage égalitaire au niveau de la population : en somme, la densité des circonscriptions devraient se retrouver dans les montagnes du Songphang, et non pas dans les rues de Pan Ranong. Rappelons que ce parti vient récemment de s’effondrer, sous le poids de ses contradictions et sous le feu de ses ennemis. Quant aux deux autres grandes forces politiques, le Renouveau Tibétain et le Parti Pour l’Indépendance, ils demandent évidemment un scrutin proportionnel, mais pour faire passer une telle loi, il faudrait… qu’ils soient proportionnellement représentés au Parlement. C’est le serpent qui se mord la queue. Toutefois, depuis peu, les députés du Renouveau Tibétain ont tenté d’arrondir les angles en proposant des découpages dans lesquels les Thaïs n’auraient pas 80% des sièges mais quand même 55%. Lettre morte jusqu’à maintenant, mais ça pourrait venir.

Scrutin uninominal majoritaire à deux tours : le non-sens sengaïais


Le mode de scrutin sengaïais est relativement unique au monde, moins par sa théorie que par sa pratique.
Voilà comment il s’organise : dans les 728 circonscriptions, chaque partie présente un candidat. Si un parti est incapable de présenter un candidat dans au moins de 75% des circonscriptions, le gouvernement peut demander sa dissolution, ce qui est déjà arrivé et représente une particularité importante du système politique sengaïais.
Bref, pour être élu, un candidat doit obtenir un score supérieur ou égal à 51% du total des voix exprimées. Si aucun candidat n’obtient 51% des voix ou plus au premier tour, un second tour est organisé, durant lequel tous les candidats ayant obtenu plus de 20% des voix sont présents.
Tout ça est théorique, très théorique. En effet, nous l’avons vu tout à l’heure, le découpage administratif organise un système de vote ethnique, les partis n’étant souvent rien de plus que des projections de certains peuples. Aux dernières élections législatives par exemple, sur les 728 circonscriptions, seulement 16 d’entre elles ont eu un second tour, toutes dans les banlieues pauvres de Pan Ranong, ou l’Alliance Nationale Démocratique et le Pheu Sengaï étaient en ballotage. Ailleurs, au Sengaï, il n’est absolument pas rare de voir le Renouveau Tibétain faire 80%. Le parti népalais (Parti Pour l’Indépendance) a même déjà fait 117%.
Ainsi, le système électoral sengaïais est en théorie un scrutin uninominal majoritaire à deux tours, mais en pratique un scrutin majoritaire à un tour, d’autant plus que même le « uninominal » peut être remis en cause. L’organisation très communautaire de la société sengaïaise faisant qu’un élisant un député, on sait quelle « clique » sera derrière lui au Parlement, et on élit donc plus souvent un clan qu’un député…

_________________
« Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu »
Charles Péguy
« Toutes les circonstances de ma vie ont été comme des échelons que Dieu plaçait autour de moi pour me faire monter jusqu'à lui »
Saint-Martin

«-Que pensez-vous du communisme ?
-Je crois que l'Internationale est apparue à Babylone il y a trois mille ans.
»
L.Youzéfovitch

SOLI DEO GLORIA


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message : Re: Qu'est-ce que le Sengaï ?
Message Publié : Ven Juil 21, 2017 1:38 pm 
Hors-ligne
Maitre du monde
Avatar de l’utilisateur

Inscription : Sam Juin 25, 2011 2:34 pm
Message(s) : 1886
La criminalité au Sengaï : histoire, caractéristiques et particularités


Image



    I. Une prise en compte rapide de la délinquance et de la criminalité
      I.A. Les premiers « Rapports de paix » au XIIIe siècle
        En 1216, peu après la fondation du Royaume du Sengaï par Panom Ier, les approvisionnements en nourriture se faisaient de plus en plus rares et de qualité de plus en plus médiocres. Ainsi, les conseillers du roi ordonnèrent aux Népalais du Nord de leur envoyer plus de riz, ce que ces derniers refusaient de faire, ne reconnaissant toujours pas l’autorité du roi thaï du Sengaï. Débuta alors en janvier 1216 la « Rébellion du riz », qui fut réprimée violemment durant les sept mois qui suivirent. Après cette date, l’intégration des terres du Nord au sein du Royaume se firent avec méthodisme et force sans état d’âme. Après cette date, le Roi demandait à ses officiers sur place de lui envoyer des « Rapports de paix ». Concept neuf dans l’histoire du Sengaï, le Roi demandait à ses hommes de « mesurer la paix » dans les « changwats » (circonscriptions) créés. Ainsi, aujourd’hui, les historiens peuvent s’appuyer sur les « rapports de paix » conservés à la Bibliothèque Royale pour calculer les premières estimations de la criminalité d’alors. Le moins que l’on puisse dire, c’est que bien souvent, on était plus agités qu’ailleurs. Dans la ville d’Aranamandou, par exemple, le taux d’homicides atteignait vers 45 meurtres pour 100 000 habitants par an, ce qui est assez énorme. Toutefois, certains changwats sont, semble-t-il, « vides » d’informations. L’historiographie a longtemps déduit que les officiers sur place étaient négligents et n’envoyaient pas les Rapports de paix demandés par le roi. Erreur. Il y a quelques mois, un historien est tombé sur une pile de papiers un peu négligée dans un coin de la Bibliothèque. On y lisait des lettres envoyées par les officiers de ce temps-là, qui signalaient tout simplement que s’ils n’envoyaient pas de Rapports… c’est parce qu’il n’y avait rien à rapporter. Ni crime, ni même vol, ni quoi que ce soit.

      I.B. L’extension du système à tout le Royaume
        C’est en 1320, lorsque les Rois décident de s’installer à Pan Ranong, que ce système de « Rapports de paix » est institutionnalisé et étendu à tout le Royaume. Chaque officier avait pour mission annuelle d’envoyer à Pan Ranong un Rapport de paix. Grâce à ces Rapports, remarquablement bien conservés, les historiens ont réussi à dresser des cartes et calculer un grand nombre de statistiques sur la criminalité en des temps très reculés. Voici quelques-uns des chiffres obtenus : dans tout le Royaume, entre 1321 et 1351, le taux d’homicide atteignait une moyenne de 12 homicides par an pour 100 000 habitants, ce qui est relativement important. Toutefois, les disparités étaient assez colossales : très important dans les grandes villes, le taux d’homicide s’effondrait dans les campagnes. Nous avons déjà cité Aranamandou et son taux d’homicide de 45, et nous pouvons rajouter Choenglung et ses 30 ou encore Tingri et ses 27. A l’opposé, le changwat de Sâmkhyala, dans les montagnes tibétaines, qui contenait à l’époque quelques 800 000 habitants, affiche un des taux les plus faibles notés sur la période. En effet, entre 1325 et 1375, soit en un demi-siècle, on compte très exactement deux homicides, le premier suite à un duel amoureux (alors interdit) et le second suite à une querelle liée à un vol de yacks. A côté des meurtres, nous avons quelques statistiques, moins précises, sur le vol et les outrages aux mœurs, notamment. Ainsi, au XVIe siècle, on constate que le vol était proportionnel à la richesse de telle ou telle région. En effet, et cela peut paraître étonnant, mais plus une région est pauvre, moins il y a de vols. Eh oui ! Vous êtes pauvres, vous n’avez rien « à disposition » d’un éventuel voleur. Au contraire, la ville avec le plus de vols était Pan Ranong, la ville la plus riche du Royaume. Toutefois, ce dernier constat doit être manipulé avec prudence : le vol n’y était peut-être pas supérieur que dans les autres villes, mais tout simplement réprimé avec plus de force, car après tout, on était dans le ville royale, quand même.

      I.C. Années 1750 : les réformes de Kumlan
        Au début des années 1750, alors que la dynastie des Muang-Baï traversait une douloureuse période de crise, le Rajani des Darmayan, en gros une puissante dynastie tibétaine, décida de profiter du passage à vide de la dynastie royale Thaïe pour avancer ses pions. En 1752, les armées tibétaines marchaient sur Pan Ranong et la prirent avec une facilité déconcertante. Le Raja d’alors, Kumlan, s’assit sur le trône et décida d’appliquer des principes typiquement tibéto-bouddhiques à la justice sengaïaise, pour le meilleur et pour le pire. Ainsi, la plupart des crimes passibles de la peine de mort furent commués en bagne à vie. Quant aux quelques cas de peine capitale, celle-ci n’était plus infligée de la même manière. Sous les Muang-Baï, les condamnés à mort étaient écrasés par un éléphant ou jetés dans une fosse à serpent. Désormais, on préférerait la décapitation d’un coup net. Pareil pour les camps de travail, où les conditions de vie étaient franchement inhumaines, et qui furent « humanisées ». Les réformes du Raja eurent aussi leur effet sur le fonctionnement de la justice lui-même. On passa d’une procédure accusatoire à une procédure inquisitoire, et le concept de « présumé innocent jusqu’à preuve du contraire » arriva dans le droit sengaïais. De plus, le Raja recruta un personnel de justice plus important et peu qualifié pour accélérer les premières étapes de la justice, celles qui nécessitaient peu d’intellect (chercher les accusés, dresser les procès-verbaux etc.). Il créa par la même occasion un droit d’appel élargi. Un accusé pouvait faire appel à trois reprises très précisément, après quoi il était déféré devant le Raja qui tranchait son sort. S’il a eu tort de faire appel trois fois, l’accusé était immédiatement exécuté pour avoir obstrué la justice et lui avoir fait perdre son temps. Ces réformes rendirent, de l’avis de beaucoup, la justice plus fluide et efficace, malgré des carences qui subsistèrent encore longtemps. Toutefois, conscients de leur importance, les Rois thais qui reprirent le contrôle par la suite conservèrent les réformes de Kumlan.



    II. Une tradition de grand banditisme
      II.A. Les grands voyous
        Au Sengaï, le carcan social communautaire est terriblement puissant, et parfois étouffant, pour beaucoup en tout cas. Ainsi, on se méfie toujours de l’individu solitaire. S’il est ainsi, c’est en tout logique parce qu’il n’a pas réussi à s’adapter à la vie sengaïaise, où la communauté est fondament de tout, donc il n’est pas vraiment sengaïais. Durant toute la période médiévale, les individus solitaires n’étaient respectés que s’ils étaient des renonçants bouddhistes. A par cela, ils étaient vus comme des voleurs, des lépreux ou pire encore, des vagabonds. C’est dans ce bouillon culturel et social que naquit la grande tradition sengaïaise du grand voyou. Dès la période moderne, on assiste à l’apparition de grands criminels qui, immédiatement, acquirent une réputation, tant ils sortaient des normes d’une société réglée. Leurs noms sont connus de tous les Sengaïais encore aujourd’hui : Arakan Chonlen, qui braqua une dizaine de banques et une trentaine de convois d’or où il affrontait souvent des gardes dix fois plus nombreux que lui, Daravan Wenson, dont la spécialité était de voler les entrepôts de l’armée pour revendre les armes et les canons à bon prix à des armées mercenaires ou étrangères, ou encore Sanelet Sane-Lung, l’un des plus grands tueurs de l’histoire du Sengaï, avec à son compteur près de trois cents meurtres. Pour l’anecdote, ce dernier ne fut même pas condamné à mort, car on estimait soit que la mort était très bonne pour lui, soit qu’il était d’un type anthropologique tellement « au-delà » que le tuer ne servirait à rien. Bref, une profonde tradition de grands bandits traverse le Sengaï et se lie parfaitement à ce mépris du solitaire…

      II.B. « La gangrène des Triades »
        Les Triades effraient la plupart des Sengaïais, et c’est un sujet tabou. Les grands bandits sont facilement repérables et destructibles car ils vont à rebours de l’esprit sengaïais. A l’inverse, les Triades se réunissent en communautés extrêmement soudées, s’appropriant ainsi à la perfection l’esprit sengaïais… mais pour faire le mal, d’où la gêne éprouvée à l’évocation de celles-ci. Elles n’ont pas de nom, ou du moins ne les prononce-t-on pas. Les autorités les qualifient de « gangrène » car elles s’ingèrent jusque dans les recoins les plus profonds de l’Etat, corrompant parfois jusqu’aux conseilleurs du roi. Certains historiens voient les Triades comme les héritières des « sectes regénératrices » médiévales, sectes initiatiques et ésotériques qui se formaient pour rappeler au Roi son devoir face à son peuple. Toutefois, aujourd’hui, les Triades ont bien changé leurs activités. Bien que la dimension communautaire soit terriblement forte (mariage endogame, fraternités, systèmes initiatiques etc.), leurs actions sont souvent la contrebande, le trafic d’humains (voir plus haut la petite étude sur les migrations) ou encore l’entrisme dans telle ou telle entreprise. L’extension de leur rayon d’action commence tout doucement à inquiéter les autorités du Sengaï. Leur influence est toutefois extrêmement variable, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, leur évolution en dents de scie ne se calque pas sur l’autorité du pouvoir royal. On aurait tendance à croire qu’un pouvoir fort empêcherait la prolifération des Triades, mais il n’en n’est rien : on dirait qu’au contraire, un Roi fort entraîne une réaction plus forte des Triades qui se sentent alors menacées : de même, une administration lourde et structurée semble donner comme des points d’accroche sur un mur d’escalade qui permet aux Triades de s’y agripper, ce qui prouve leurs liens étroits à l’Etat…

      II.C. Un appareil de répression insuffisant
        Réprimer le banditisme typiquement sengaïais s’avère plus difficile qu’on ne le croit. Nous ne parlons pas ici de la petite délinquance ou de la criminalité « commune », celle-ci n’a besoin que de la police dans ce qu’elle a de plus basique. Rappelons que le Sengaï fonctionne selon un système de milices, et ce sont elles qui gèrent la criminalité à des échelles très réduites. Toutefois, ce système comprend une faille énorme : la coopération intermilice. Une fois qu’un quelconque bandit ou criminel a des activités qui débordent de la juridiction d’une milice, il devient difficile de l’attraper, le temps de transférer les dossiers, de coopérer etc. Par définition, grands bandits et Triades sortent tellement du cadre habituel de la société sengaïaise qu’il est terriblement difficile de lutter contre eux. Il existe bien sûr des juridictions supérieures qui peuvent forcer les milices à coopérer, bon gré mal gré, bien que ces juridictions n’ont pas encore de moyens à elles seules jusqu’à maintenant, bien que cela soit en passe de changer. En plus de cela, les grands bandits provoquent parfois d’étranges sentiments dans la population : ce sont des voyous, certes, mais ils se sont affranchis des liens habituels et se sont forgés en destin. Ainsi, ils provoquent parfois une certaine admiration dans le cœur des Sengaïais. Pour les Triades l’approche est différente : elles sont terrifiantes, certes… mais leur capacité de nuisance et de corruption est telle que le système judiciaire devant lequel elles se retrouvent est souvent corrompu et consensuel. Tous les espoirs de beaucoup de députés et ministres résident dans la création d’une grande force fédérale, ce qui est déjà dans les starting-blocks…


    III. Aujourd’hui : vers une adaptation du droit sengaïais ?
      III.A. La personnalisation du droit, source de conflits diplomatiques
        L’une des plus grandes particularités du système judiciaire sengaïais est la personnalisation du droit. Dans l’écrasante majorité des pays du monde, le droit est territorialisé : on est jugé sur la terre où on a commis son crime. Au Sengaï, le droit est personnalisé : on est jugé par son peuple. Un Sengaïais ne peut pas être jugé par un non-Sengaïais. Cette très ancienne tradition se perpétue aujourd’hui et cause des problèmes dans les relations diplomatiques. Si un Sengaïais commet un crime dans un autre pays, le droit sengaïais veut qu’il soit rapatrié au Sengaï et jugé au Sengaï par des juges de son peuple, ce qui, aux yeux de beaucoup d’étrangers, est une aberration totale et une insulte faite à leurs lois. Il existe toutefois des moyens de s’arranger. On pense par exemple aux juges des consulats : dans chaque consulat à l’étranger, le Sengaï envoie un juge qui a pour but de « normaliser » les relations juridiques entre les deux pays, et aussi de juger les Sengaïais ayant commis des méfaits sur le territoire étranger en question, sous l’œil des autorités donc. Un autre moyen est la « double peine », non pas au sens traditionnel, mais au sens suivant : le criminel est jugé par le Sengaï et reçoit sa peine. De l’autre côté, les juges du pays dans lequel il a commis son forfait le juge aussi, sans sa présence, et la peine infligée est ajoutée à celle donnée par les juges sengaïais (hors peine de mort) en qualité de « tort fait à l’image de la nation sengaïaise », ce qui frôle la haute trahison de l’avis de certains spécialistes du droit sengaïais.

      III.B. Le système de milice et le système judiciaire
        Nous l’avons déjà vu, le système de milices est à bien des égards inadapté à répondre à certaines formes de criminalité. Il est assez difficile de le réformer, car chaque Phudin peut rémunérer et organiser ses milices comme bon lui semble. Prenons un cas concret pour démontrer les carences du système : Untel est impliqué dans une affaire de contrebande. Il est dénoncé au juge. Celui-ci souhaite le convoquer au tribunal. Pour se faire, il doit contacter le chef de la milice locale, ce qui peut prendre beaucoup temps, qui ensuite, doit contacter la communauté d’Untel pour prendre la température. C’est seulement ensuite qu’elle ira chercher Untel pour le déférer devant le juge. Attention : cela ne signifie en aucun cas que la justice est inefficace et complètement débile au sein du Sengaï. La plupart des conflits se règlent en interne, en particulier les petits (injures, vols, mœurs etc.). La milice n’a pas le temps de débarquer que le conflit est déjà terminé, la communauté ne voulant pas donner aux autres une mauvaise image d’elle-même en protégeant des malfrats. De plus, dès que la faute est grande (meurtre, vol inter-communautaire, contrebande etc.), la communauté livre elle-même le coupable à la milice pour le juge. Ainsi, le système de milice comme intermédiaire entre le peuple et le système judiciaire a ses défauts, mais aussi ses avantages. Gagner l’un reviendrait à perdre l’autre, et il est donc peu probable que le gouvernement demande la modification d’un système certes imparfait, mais connu et utilisé de chacun.

      III.C. L’autre face de l’enrichissement du Sengaï
        Il a déjà été noté ici que la pauvreté diminuait la délinquance, et ne l’augmentait pas. En toute logique, un enrichissement de la société provoquerait donc une augmentation de la délinquance. Le constat est plus difficile ; aujourd’hui, au Sengaï, les écarts de richesse sont très importants, très très très importants, et ce, en particulier dans les milieux urbains. De fait, la délinquance augmente, en particulier les vols à l’arrachée dans les quartiers huppés, les vols dans les boîtes de nuit riches, les braquages de casinos etc. Toutefois, cette délinquance est à la baisse depuis des années maintenant. Pourquoi ? Tout simplement parce que les personnes victimes de cette délinquance ont fait valoir leurs droits de se constituer des défenses. Elles ne portent pas les armes, car cela ne sied guère à la vie en société, mais ils ont considérablement augmenté le nombre de gardiens, gardes du corps et miliciens. Certains quartiers ont des miliciens de rang inférieur (en gros, ils ne peuvent pas faire grand-chose face à la vraie police) à leur entrée, et beaucoup de riches Sengaïais ont en permanence quelques gardes du corps avec eux, qu’ils emmènent avec eux partout. Il n’est ainsi pas rare de voir un cordon de gardes autour de la bonne société lorsque celle-ci se réunit lors de l’une ou l’autre occasion. Certains voient cela comme un cloisonnement grandissant de la société sengaïaise et l’aboutissement d’un système inégalitaire et sclérosé, là où d’autres ne voient vraiment, mais alors vraiment pas où est le problème à ce que chaque citoyen puisse organiser sa défense selon ses risques et ses moyens…

_________________
« Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu »
Charles Péguy
« Toutes les circonstances de ma vie ont été comme des échelons que Dieu plaçait autour de moi pour me faire monter jusqu'à lui »
Saint-Martin

«-Que pensez-vous du communisme ?
-Je crois que l'Internationale est apparue à Babylone il y a trois mille ans.
»
L.Youzéfovitch

SOLI DEO GLORIA


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message : Re: Qu'est-ce que le Sengaï ?
Message Publié : Ven Août 11, 2017 3:20 pm 
Hors-ligne
Maitre du monde
Avatar de l’utilisateur

Inscription : Sam Juin 25, 2011 2:34 pm
Message(s) : 1886
Les grands figures du Sengaï contemporain [2]

Chanarong Kai-Puwat (1887-1964) l La modernisation du Sengaï par le chemin de fer
Une « success story » à la sengaïaise


Image


Né le 2 mars 1887 dans un village de six cents âmes, perdu au fin fond du Chasombat Phudin, Chanarong Kai-Puwat est le fils d’un agriculteur –certes aisé- et d’une mère au foyer. Il grandit comme aîné d’une fratrie de cinq enfants. Dès son plus jeune âge, il est chargé de s’occuper des travaux de la ferme, son père étant atteint de différentes maladies invalidantes. Toutefois, à l’école, ses professeurs se rendent compte qu’il est doué d’une certaine intelligence, et souhaitent le pousser à continuer ses études. Malheureusement, le décès de son père à l’âge de seulement 54 ans le conduit à reprendre la ferme, dans laquelle il travaillera pendant cinq ans avec ses frères et une dizaine de petits employés, bouviers, meuniers et bergers. Le climat très clément du Chasombat Phudin, particulièrement au début du XXe siècle, procure à la famille des récoltes abondantes qui permettent au jeune Chanarong d’acheter des terres dont personne ne veut (notamment des parcelles forestières) qu’il déboise presque seul pour agrandir ses surfaces cultivables. Il multipliera ainsi par trois la taille déjà importante de la ferme paternelle. A force de mettre de l’argent de côté, il arrive à envoyer son plus jeune frère Senekhan faire des études de géographie-géologie à Choenglung, d’où il sort bien diplômé quelques années plus tard, et à payer de belles dots pour ses sœurs. Petit-à-petit, il parvient à embaucher plusieurs travailleurs dans sa ferme et se retrouve rapidement à la tête d’une exploitation où travaille une centaine d’employés. Chanarong, alors âgé de vingt-huit ans, voit sa vie basculer : l’argent qui s’accumule dans ses coffres ne s’écoule plus comme avant (finies les études, finis les mariages…) et le jeune Kai-Puwat trouve une autre solution, qui changera son destin et la figure du Sengaï à tout jamais…

En effet, il se rend compte que certains de ses employés viennent de villages alentours et doivent marcher des kilomètres chaque semaine pour venir travailler, temps qu’ils pourraient passer avec leurs familles ou au travail. Chanarong Kai-Puwat commence alors à s’intéresser à une nouveauté venue d’Occident : le chemin de fer. Les machines, locomotives et wagons, coûtent assez cher, mais des calèches et des chevaux, à la longue, sont plus coûteux. Par chance, si l’on croit en la chance, Chanarong avait acheté des terres montagnardes quelques années auparavant, pour y faire paître ses troupeaux. Des prospections y sont menées, des mines creusées, et des filons de charbons trouvés. Ayant un sens certain de l’investissement, Chanarong achète quelques outils agricoles plus perfectionnés pour libérer de la main d’œuvre, et il envoie certains de ses employés dans les mines. Quelques mois plus tard, le premier wagon et la première locomotive sont mis sur rails et réalisent les premières boucles quotidiennes pour chercher et amener les ouvriers de la ferme Kai-Puwat. Très rapidement, les grandes exploitations voisines s’intéressent à ce jeune concept et la nouvelle parcourt tout le Phudin. En 1919, Chanarong envoie ses hommes qui avaient posé les premiers rails dans les exploitations voisines pour y installer des rails, se dégageant au passage une marge assez modeste sur l’importation de ceux-ci. Les ouvriers, petit à petit, deviennent les seuls de la région à savoir poser des rails avec autant de rapidité, de savoir-faire et d’efficacité. Cependant, au fur et à mesure qu’ils doivent aller travailler loin (la demande ne cesse de croître), Chanarong commence à voir ses revenus diminuer, car des sources de charbon plus dispersées permettent à ses « clients » de s’en procurer ailleurs que chez lui, et du coup, le transport des rails, wagons et locomotives rattrapaient le bénéfice tiré de l’achat de son charbon. Il décida donc de réduire les coûts d’importation… en les supprimant : la moitié de ses ouvriers déjà bien expérimentés revinrent à la ferme et commencèrent à copier et même améliorer un peu les rails étrangers jusqu’à produire les leurs, tandis que l’autre moitié formait les jeunes poseurs. Bref, en moins de dix ans, les hommes travaillant pour Chanarong Kai-Puwat passèrent du nombre d’une dizaine à un millier. Les salaires plus élevés que la moyenne de Chanarong attirèrent du personnel qualifié et des familles entières, amenant avec elle bras et cerveaux. En 1924, Chanarong Kai-Puwat déposa les statuts de la « Kai-Puwat & Co », qui deviendra quelques années plus tard la « Sengaï Rithfaï », leader mondial du ferroviaire.

Mais retournons un peu dans le village familial, qui a de fait multiplié par dix sa population. Le jeune frère de Chanarong, Senekhan, met au profit de l’entreprise de son frère ses connaissances géographiques et géologiques pour produire des rails, des ponts et des tunnels là où il faut et donc ajouter à l’entreprise une plus-value qualitative très remarquable dans un pays au relief aussi accidenté que le Sengaï. C’est alors que les premières difficultés se pointent : des communautés entières, notamment Tibétaines, mais pas que, loin de là, commencent à créer des caisses communes pour appeler Chanarong Kai-Puwat à désenclaver des régions entières. La demande est trop forte et la Kai-Puwat & Co a de plus en plus de mal à suivre, laissant un vide dans lequel s’engouffrent les premiers concurrents, pour la plupart des industriels du Pan Ranong, capables de fournir des rails à bien meilleur prix. Chanarong parviendra à sauter ces obstacles en frôlant la faillite : il racheta bon nombre d’entreprises concurrentes et signa des accords de sous-traitance avec d’autres pour conserver l’immense majorité des parts de ce marché gargantuesque. Une fois coulé financièrement, il n’y avait plus qu’une chose à faire : taper du pied sur le sol et remonter à la surface. C’est ce qu’il fit, démontrant par la même à quel point les reins de son business étaient solides. L’entreprise grandit progressivement, et un jour, en 1932, Chanarong dût accomplir son destin : le petit fils de paysan du fond du Sengaï se trouvait devant le palais royal à Pan Ranong. Il possédait dans les faits le monopole des chemins de fer sengaïais mais pas sur le papier, il ne pouvait ajouter le nom « Sengaï » dans l’intitulé de l’entreprise sans l’autorisation du roi (le grand-père du roi actuel). Ce dernier, conscient de l’importance du chemin de fer dans la modernisation d’une nation, accorda ce privilège à l’entreprenant intrépide entrepreneur, et c’est ce jour là que naquit la « Sengaï Rithfaï », aujourd’hui l’une des plus puissantes entreprises du monde. Le chemin jusqu’au firmament ne fut pas simple. Au Sengaï, la totalité du chemin de fer fut rapidement entre les mains de la firme, et le marché intérieur lui suffit longtemps (le Sengaï possède l’un des réseaux ferrés les plus fournis du monde) et l’entrée sur les marchés extérieurs date des années 70, déjà. Aujourd’hui, l’entreprise appartient à 51% à l’Etat, suite à la Loi Kongsuwan, et la question qui se pose aujourd’hui parmi les patrons de l’entreprise, descendants de Chanarong Kai-Puwat, c’est celle de la stratégie à adopter : laisse-t-on l’entreprise unie autour de l’Etat ou bien la scinde-t-on en petites unités de moins de 5000 employés pour échapper à la Loi et en garder un contrôle privé ? A suivre…

_________________
« Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu »
Charles Péguy
« Toutes les circonstances de ma vie ont été comme des échelons que Dieu plaçait autour de moi pour me faire monter jusqu'à lui »
Saint-Martin

«-Que pensez-vous du communisme ?
-Je crois que l'Internationale est apparue à Babylone il y a trois mille ans.
»
L.Youzéfovitch

SOLI DEO GLORIA


Haut
 Profil  
 
 Sujet du message : Re: Qu'est-ce que le Sengaï ?
Message Publié : Ven Déc 01, 2017 12:43 pm 
Hors-ligne
Maitre du monde
Avatar de l’utilisateur

Inscription : Sam Juin 25, 2011 2:34 pm
Message(s) : 1886
Le Sengaïais et les autres


Image


Si le gouvernement actuel tente avec plus ou moins de réussite de promouvoir le tourisme, cela n’a pas toujours été chose aisée. Contrairement à d’autres nations, le Sengaï n’a jamais été hermétiquement fermé, mais la structure extrêmement communautaire de la société a toujours engendré une certaine méfiance vis-à-vis de l’étranger. Toutefois, il faut là encore distinguer les trois principales ethnies thaïe, tibétaine et népalaise. Au Sud du pays, dans les terres thaïes, le rejet de l’étranger n’a cours que si celui-ci tente des « opérations de métissage » ; il est rarissime de voir un sengaïais du Sud épouser un étranger ou une étrangère. Toutefois, aujourd’hui, il est quasiment impossible de se promener dans les rues de Pan Ranong sans y voir au bout de cinq minutes un étranger quelconque. Il faut cependant rappeler qu’ils vivent dans des ghettos, plutôt chics d’ailleurs, et ne se mélangent avec les Sengaïais qu’au travail uniquement. Cette première particularité entre le thaï du Sengaï et l’étranger est assez remarquable : on ne se mélange que pendant le travail, et éventuellement pour jouer au casino. En dehors de ces cas particuliers, on s’évite sans animosité. D’un point de vue familial, les thaïs fonctionnent selon un modèle patriarcal autoritaire inégalitaire : la fille qui choisit de se marier part dans la famille dans son époux, et si celui-ci est étranger, il n’est pas rare qu’elle ne revoit plus sa famille d’origine. Quant à l’homme, s’il ramène une étrangère à la maison, il se peut qu’il ne soit pas invité à tous les banquets de famille. Ainsi, chez les Thaïs, l’étranger n’est toléré qu’à partir du moment où il rapporte de l’argent au Sengaï, et l’on se moque éperdument de comment il le fait ou de qui il est, du moment qu’il reste assez loin de chez soi.

Chez les Tibétains et Népalais du Sengaï, la tradition est différente et souvent étonnante. Les montagnes tibétaines sont immenses et même si la population tibétaine est colossale, il n’est pas rare que certains clans ne se rencontrent jamais et même que certains d’entre eux soient très isolés. Chez ceux-là, comme chez tous les peuples de petite taille et solitaires, l’étranger est très bienvenu. Chez les autres –la majorité des Tibétains-, l’étranger est extrêmement limité à quelques questions et quelques visites expressément autorisées par les autorités locales. Toutefois, l’hospitalité est une des règles fondamentales de la culture tibétaine : quelqu’un qui se promène dans les montagnes du Songphang aura toujours un toit sur la tête s’il le souhaite. Mais il faut qu’il parte au bout d’un moment. Il y a quelques années, un historien titrait « Les Tibétains : peuple de l’immobilité », faisant du non-mouvement l’une des caractéristiques essentielles du peuple tibétain moderne, depuis les déculottées militaires prises quelques siècles auparavant. Ainsi, les Tibétains du Sengaï ne touchent à rien, niveau culturel, c’est l’un des peuples les plus conservateurs qui soient, sans aucun doute, et gare à l’étranger qui viendrait toucher à leur culture. Quant aux Népalais, la question ne se pose même pas, l’étranger y est sauvagement rejeté. Depuis les invasions tibétaines et thaïes, tout ce qui n’est pas pur népalais bouddhiste n’est pas particulièrement bien vu. Pour beaucoup de personnes, la ville d’Aranamandou n’est connue que par des photos prises sur place, principalement par la jeunesse sur les réseaux sociaux, mais c’est une ville qui reçoit moins de mille touristes par an (contre 2 millions pour Pan Ranong…).

Un lien est très probablement à faire entre le système libéral-conservateur sengaïais et ce rapport à l’étranger. De manière générale, le Sengaïais s’intéresse très très peu à l’actualité internationale – seules les universités possèdent quelques bulletins géopolitiques et quelques géopolitologues de qualité, mais leur travail n’intéresse qu’un cercle très restreint. Du moment que les guerres ne viennent pas toquer à leurs portes et que le commerce n’est pas trop chamboulé, les Sengaïais se moqueront éperdument de ce qui se passe en dehors de leurs frontières. En fait, ce « nombrilisme » sengaïais, comme le disait récemment un journaliste occidental, est le plus haut symbole de l’esprit sengaïais : celui de la tranquillité, du calme, de l’indifférence, du contrôle de soi, que le monde extérieur n’ait pas d’influence sur soi, ou plutôt, réussir à trier ces influences et ne garder que le positif, si toutefois il y en a. Que le monde continue donc à se faire la guerre et à sombrer, le dernier îlot de civilisation sera le Sengaï.

_________________
« Parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu »
Charles Péguy
« Toutes les circonstances de ma vie ont été comme des échelons que Dieu plaçait autour de moi pour me faire monter jusqu'à lui »
Saint-Martin

«-Que pensez-vous du communisme ?
-Je crois que l'Internationale est apparue à Babylone il y a trois mille ans.
»
L.Youzéfovitch

SOLI DEO GLORIA


Haut
 Profil  
 
Afficher les messages publiés depuis :  Trier par  
Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 10 message(s) ] 

Le fuseau horaire est UTC+1 heure


Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 0 invité(s)


Vous ne pouvez pas publier de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum

Aller vers :  
Propulsé par phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduit en français par Maël Soucaze.
phpBB SEO