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Message Publié : Sam Août 19, 2017 8:22 pm 
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[HRP : l'histoire ancienne du Karmalistan se répétera-t-elle au cours du XXIe siècle ?]
Empire Thraco-arkadyrian (occupation hellénistique / thracienne)
-320 à -149

Capitales : Arkadyr et Tchardjou

_ Conquête hellénique. Vives affrontements avec les peuples sarmatars qui se soulèvent et mettent l'armée hellénique en échec. Le jeune conquérant hellène [Alexandre thracien] épouse Roxane, la fille du chef de la tribu de Tchardjou. Le mariage n'efface pas la résistance, mais contribue à l'orientalisation de l'empire hellène et conduit donc à un relatif apaisement. Nombreuses noces géantes pour marier des soldats grecs thraciens avec des femmes orientales sarmatares.
Alors que d'un côté, les Amazones s'efforcent d'empêcher ses unions en kidnappant et tuant les occupants et leurs collaborateurs, de l'autre côté, plusieurs officiers grecs se soulèvent -en vain- contre cette influence orientale qui touchera jusqu'aux plus profondes mentalités des colons.
_ Progressivement, l'Arkadyriane (Karmalistan du Nord) devient une terre d'exil -libre ou forcée- pour tous les hellènes d'Occident, déchus ou menacés. Elle obtiendra son indépendance de facto sous le roi Diodotos, fondant le Royaume thraco-arkadyrian.
_ Tentatives thraciennes-occidentales pour reconquérir la province orientale de l'empire : elles se soldent toutes par des échecs grâce à la conjonction de l'habile commandement des thraciens orientaux avec la compétence au combat de leurs guerriers sarmatars (dont les Amazones qui participent à toutes les batailles contre les occidentaux).
Dans leurs lutte commune contre les hellènes occidentaux, les Thraciens et les Sarmatars disposent chacun de leurs types de formations : la Phalange (infanterie) et le Cataphractaire (cavalerie lourde) pour les premiers, l'archerie montée (cavalerie légère) pour les seconds. A cela s'ajoute l'usage d'éléphants de guerre janubo-marqaz.
_ Syncrétisme thraco-sarmatar (greco-oriental), développement de l'agriculture et des cités grâce à l'arrivée massive d'exilés grecs qui emportent avec eux leur savoir-faire. Les tribus sarmatares (dont les Amazones) vivent en relative harmonie avec les Grecs. La prospérité économique favorise une sédentarisation généralisée, ainsi qu'un relâchement des mœurs.

Image
Les éléphants orientaux (janubo-marqaz) comptent parmi les armes favorites des armées thraco-sarmatares.

Image - Image
A gauche, des hoplites thraciens-orientaux (infanterie lourde), et à droite, une peltaste thraco-sarmatare* (infanterie légère).
(*HRP : certes, on se permet un petit écart en matière de vertu révolutionnaire, dans l'espoir de susciter l'intérêt des éventuels lecteurs. Mais lisez la suite, qui justement rachète l'effraction.)

_ Vers -150 (sans doute -149) : à 149 millions de kilomètres de la Terre, notre étoile se met en colère. Une hausse de l'activité solaire provoque une épouvantable sécheresse sur les terres pauvres de "Transhenokhul" (au-delà du lac d'Henoch). La catastrophe favorise un phénomène de déplacement massif de population venue des steppes asséchées du Nord-Est. Les nomades concernés, des proto-syirs ou proto-qarlouks, migrent vers les hauts-plateaux de l'actuel Karmalistan. Leur nom : les Sürgüngë, terme signifiant les "exilés" en langue qarlouke. Peuple méconnu, forgé par l'adversité climatique, l'ascétisme social et les guerres de clans, il semble être insensible tant à la douleur qu'aux plaisirs et à la peur.
Le royaume thraco-arkadyrian, alors à son apogée, repère à temps les mouvements de troupes ennemis, et parvient tout-juste à organiser sa défense. Conscientes du danger inédit qui plane sur l'ensemble de la région, les tribus sarmatares, amazones comprises, rallient à l'unisson le roi thracien, qui mobilise ses phalanges d'hoplites, sa cavalerie lourde grecque, sa cavalerie légère sarmatare et ses nouvelles formations d'infanterie légère (peltastes), y compris de nombreuses unités féminines (résultat de l'orientalisation). Même les éléphants sont sur le pieds de guerre, pour des effectifs totaux estimés à plusieurs dizaines de milliers de guerriers, compétents et valeureux.
Malheureusement pour ces derniers, la première bataille annonce un mauvais présage. C'est un massacre : après un pseudo-affrontement, la cavalerie légère sürgüngë simule une retraite, poussant l'armée hoplite sûre d'elle-même dans un piège mortel, qui se refermera sans pitié sur les Thraciens. Le deuxième combat, décisif, tourne à son tour au désastre : la cavalerie sarmatare engagée, misant sur la tactique (champ de bataille), est exténuée, harcelée puis anéantie par leurs adversaires, infiniment plus mobiles et fondant leur stratégie au niveau opérationnel (régional). Le rapport des pertes est estimé à 1/10 en faveur des nomades du Nord. La troisième bataille est une humiliation. La quatrième, une boucherie. Et ainsi de suite, les formations thraco-sarmatares sont terrassées les unes après les autres... jusqu'à l'anéantissement. En quelques mois, les tribus sarmatares sont démantelées puis éradiquées, les villes pillées, brûlées, rasées, et les citadins grecs éliminés dans leur quasi-intégralité. On note également la disparition définitive des Amazones, qui sont exterminées semble-t-il jusqu'à la dernière d'entre-elles. Les cavaliers des steppes ne laissent derrière eux que ruines et désolation.
L'empire thraco-arkadyrian n'est plus.

C'est lors de ces tueries que nait la fameuse pratique barbare des pyramides de crânes humains, érigés autour de chaque cités rasées ou camps fortifiés détruits. Elles insufflent la terreur aux éventuels fuyards survivants, revenus pour constater les dégâts. De cette inquiétante habitude, les Syirs et le redoutable conquérant Taragaï en seront les dignes héritiers.
Néanmoins, les envahisseurs repartent aussi vite qu'ils ont déferlé, pour se retrancher sur les hauts-plateaux altaïques du Nord-Est, où l'herbe est plus verte qu'au nord du lac d'où ils étaient partis.
La mythologie raconte qu'ils sont les véritables "Marqués", les errants de la terre de Nod, les descendants des "Exilés" ("Sürgüngë") de la tribu de Caïn.

Image
Les terribles Sürgüngë, dans la steppe enneigée des hauts-plateaux de l'Altaï. Ils font partie des lointains ancêtres des Syirs et des Qarluks, ces peuples opprimés qui révolutionnèrent à plusieurs reprises l'Histoire karmale, en reversant par la terreur l'ordre politique préexistant.

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Victor Hugo : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches ».
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Message Publié : Lun Août 21, 2017 6:44 pm 
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Empire Gushāna (occupation thraco-janubienne bouddhiste)
-145 à 250

Capitale : Ortosundagol

_ Après le départ des Sürgüngë, les thraciens orientaux qui ont fuit vers le Sud reviennent peu à peu, découvrant la mort de leurs proches, épouvantés à la vue des pyramides de crânes, symboles de la déchéance de leur civilisation.
_ Dans le sillage des invasions nomades, des néoarkadyrians ré-apparaissent (venus de l'Est et du Sud-Est, entre Janubie et Ventélie), et s'installent de nouveau dans la région de l'Arkadyriane, aux côtés des thraciens survivants. Convertis au bouddhisme mahāyāna quelques décennies plus tôt, ils se mêlent aux Grecs et fondent une civilisation multiculturelle, scytho-touranienne, orientalo-hellénisante, janubo-ventélienne, à la fois sédentaire et nomade, de confession bouddhiste avec influences hindouistes : c'est l'empire de Gushāna.
_ Le centre de gravité se déplace vers le Sud-Ouest, la nouvelle capitale est Ortosundagol, qui signifie "entre les deux rivières" en touranien. Des temples hindouistes et bouddhistes, des statuts de Shiva et de Bouddha, sont bâtis un peu partout.
_ Bouddhiste d'origine, l'empire déborde sur la Janubie septentrionale et s'hindouise partiellement. L'Ashurdabad devient le cœur de l'empire à partir du milieu du IIe siècle.
_ Vers 130 après J-C, à son apogée, un grand concile bouddhique est organisé en Ashurdabad. Le sanskrit devient la langue officielle de l'empire.
_ Nombreuses coopérations avec les royaumes ventéliens contre les invasions nomades venues du Nord. Les Sürgüngë de l'Altaï sont efficacement contenus dans leur région du Nord-Est du Karmalistan actuel (des accords mutuels et des guerres tribales les empêchent de rééditer leur exploit de -149). Les relations sont même souvent pacifiques avec les Sürgüngë, au point que des renversements d'alliance feront jusqu'à combattre des Gushano-sürgüngë contre des Ventéliens.
_ Aube du développement de la Route de la Soie. A tel point que le poumon économique du Moyen-Orient se déplace d'ouest en est, des côtes de la Marquézie occidentale aux deux bassins de l'Iaxarte (Arkadyriane) et de l'Ashurdabad. Les caravansérails font transiter grâce aux yacks et aux chameaux de la soie et de la porcelaine ventéliennes, des épices et des pierres précieuses janubiennes, des légumes et olives marqazes, du bois et des fourrures natolicans, des chevaux et de la laine de mouton kormali.
_ La numismatique fait progresser les recherches archéologiques.
_ 240 : début de l'invasion des perses sasani par l'Ouest. Les affrontements dureront une vingtaine d'années, jusqu'au déclin du Gushana à partir de 250, replié vers la Sangharie, le Dahar et l'Ashurdabad (Sud).

Image
Un Bouddha du Ier siècle, symbole de l'art greco-bouddhiste.

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Message Publié : Jeu Sep 14, 2017 1:03 pm 
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Empire d'Eranshahr (occupation perse zoroastrienne)
250 à 427
puis de 530 à 651

Capitale : ? (ville de Marquézie du nord-ouest)

_ 240 : conquête sasani (perse) jusqu'en 250 puis 260, vingt ans de conflits acharnés entre sédentaires sasani et nomades gushans. Les premiers finissent par l'emporter, et le Gushana se rétracte au Sud-Ouest (Sud-Kormal et Ashurdabad).
_ Mazdéisme de Zarathoustra (zoroastrisme), religion officielle de l'empire.
_ Centralisation administrative (soumission de l'Arkadyriane), urbanisation (sédentarisations forcées), nouvelles techniques agraires.
_ Soulèvements réguliers mais vains en Arkadyriane.
_ Division de la société en trois ordres (hiérarchie sociale de haut en bas) : les mages (prêtres) mazdéens, les guerriers (nobles) sasani et les artisans-cultivateurs.
_ Les inégalités sociales se développent et le ressentiment des peuples soumis augmente progressivement.
_ 388-424 : révolte populaire de Mazdak (mazdakisme) plus à l'ouest, en Marquézie. Mazdak, un mage mazdéen, constate que l'injustice sociale entrave le respect des valeurs mazdéennes : l'irrespect est partout, les conflits d'intérêt personnels régissent les relations humaines, l'égoïsme et la cupidité en sont les moteurs. Selon lui, défendre individuellement ces valeurs morales dans un contexte social qui pousse chaque individu à faire l'inverse n'est pas seulement improductif mais contreproductif, orgueilleux voire malsain. Ses prédictions, plutôt qu'à "montrer égoïstement l'exemple", poussent donc davantage à l'humilité personnelle et à la lutte collective pour renverser l'ordre social. Il y dénonce vivement les inégalités entre les ordres, et accuse les mages mazdéens d'être des hypocrites profiteurs, responsables de cette situation. Il va même jusqu'à dénoncer la prêtrise elle-même : pas besoin de prêtre pour devenir vertueux.
Défenseur des opprimés, Mazdak ouvre des hospices pour les nécessiteux. Mais il prend soin également d’appeler à un soulèvement populaire afin de confisquer les biens des mages et des nobles. Il va jusqu'à appeler à l'abolition de la propriété privée, et au partage universel des biens... auxquels il ajoutera peut-être les femmes (bien que cela soit sujet à controverse chez les historiens).
L'insurrection s'étend et parvient même à renverser le "roi des rois"... Mais le pacifisme de Mazdak et son refus de prendre le pouvoir, le conduira finalement à sa perte, lorsqu'un des princes en profitera pour le trahir, prendre le pouvoir et l’exécuter avec la complicité des mages et des nobles. Ses disciples sont massacrés avec leurs familles. Une fois arrêté, et peu avant sa mort, Mazdak prophétise l'imminence d'un "châtiment divin" contre l'empire perse, lequel vengera la mort des siens en prenant la forme d'un "ouragan venu de l'Orient lointain".
_ A partir de 427 : Invasion sürgüngë depuis le Nord-Est. Les Touraniens de l'Altaï déferlent sur l'Arkadyriane. Grâce à la complicité des nomades Gushans (qui, opprimés depuis près de deux siècles par les Perses rallient la cause des envahisseurs altaïques), les Sürgüngë rééditent leur exploit de -149, et parviennent à dépecer une à une, les formations perses sasani, déjà dispersées par la révolte mazdakiste. Avec les Gushans, ils parviennent ensemble à chasser les Perses de tout le Karmalistan actuel et à contrer toutes les tentatives de reconquête, et cela durant plus d'un siècle.
L'épouvante qu'ils inspirent aux Perses fait dire à ces derniers, selon une expression populaire, que "tout soldat perse partant combattre les nomades des steppes de l'Est sont comme des condamnés à mort se rendant à l'échafaud." Des deux fronts défensifs de l'empire sassani, celui de l'Ouest contre les Greco-thraciens est réclamé par tous les jeunes volontaires. A l'Est, aucun n'y revient vivant, pas même les rois perses qui tombent nombreux sur les champs de bataille de l'Arkadyriane, provoquant des traumatismes socio-politiques sur l'ensemble du reste de l'empire.
_ 530-562 : reconquête sasani de l'Arkadyriane, qui débouche sur la victoire perse de Marghilan à l'issue de huit jours de combats acharnés en 562. Les Sürgüngë fuient à nouveau vers l'Altaï. De là, ils reconstituent avec d'autres peuples qarluks un empire nomade qui s'étend jusqu'en Gazar-Khün.
_ 633-651 : invasion islamique du Califat arabo-Marqaz contre l'Eranshahr perse. Chute de l'empire sasani. Début de l'islamisation.

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Nécropole de Jarqorgan, célèbre monument d'architecture néo-sasani à "coupole sur trompe" datant du VIIe siècle : la culture perse survivra à l'invasion arabe.

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Message Publié : Ven Sep 15, 2017 9:49 am 
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Empire Shvetahuna des Sürgüngë (proto-Syirs pagano-nestoriens ou bouddhistes)
427 à 530/562

Capitale : Sürgün (en théorie), sinon camp mobile

"tout soldat perse partant combattre les nomades des steppes de l'Est sont comme des condamnés à mort se rendant à l'échafaud."

_ Sources manquantes.
_ Purs nomades sans scrupules, on les surnomment les "mangeurs de viandes sanglantes". Ils vouent une véritable haine à l'égard du mode de vie sédentaire et n'hésitent pas à massacrer tous les citadins lors de la prise d'une ville. Même leur gouvernement siège dans un véritable camp mobile, en quasi-perpétuel déplacement.
_ Étranges coutumes tel que la "coupe en crâne" (les chefs sürgüngë boivent dans le crâne de leurs ennemis vaincus) et la "polyandrie fraternelle" (partage des épouses).
_ Domination nomade, mais sédentarisation progressive dès l'orée du VIe siècle.
_ Alliance gushan-sürgüngë : les premiers refondent leur culture et leur religion, les seconds assurent la gestion politique et la défense militaire.
_ Cette alliance est loin d'être constante, et certains rois sürgüngë, attachés à leur polythéisme et à leurs coutumes violentes, persécutent les bouddhistes gushan. Toutefois ils sont généralement accompagnés de successeurs convertis ou bienveillants.
_ Les deux principaux souverains : Akhchounwâr (vainqueur de Péroz au Ve siècle) et Mihirakoula (surnommé "l'Attila de Janubie").
_ Chez les sédentaires : renouveau du bouddhisme ventélo-janubien au détriment du mazdéïsme zoroastrien marqaz.
_ Chez les nomades : développement du nestorianisme.
_ Jusqu'en 530, toutes les tentatives de reconquête perse échouent piteusement.
_ La puissance des Sürgüngë est telle qu'ils influencent la politique sassani jusqu'à faire et défaire les rois perses. Au cœur des divisions intestines perses, certains rois sassani en appellent à des troupes sürgüngë pour défendre leurs intérêts contre leurs rivaux. C'est ainsi que Péroz devient empereur des Perses en 459 : il récompensera l'aide des nomades en leur cédant de vastes provinces orientales... avant de guerroyer à nouveau contre eux... en vain : son armée se perd dans le désert de l'Arkad Koum, puis se fait tailler en pièce (il meurt sur le champ de bataille en 484).
_ Mais avec la propagation du bouddhisme et la sédentarisation, les mœurs s'adoucissent, et les guerriers s'affaiblissent...
_ 530-562 : reconquête sassani, progressive quoique difficile et coûteuse en vies humaines
_ 562 : sanglante et décisive bataille de Marghilan (8 jours de combats acharnés), victoire sassani, reprise de l'Arkadyriane par les Perses.
_ Les Sürgüngë retournent au Nord-Est, sur le plateau de l'Altaï, certaines tribus rejoignent l'actuel Gazar-Khün.

Le grand et célèbre historien grec et païen de langue latine Ammien Marcellin d'Antioche, écrivait déjà à leur sujet un siècle avant :
Citer :
Les Sürgüngë dépassent en férocité et en barbarie tout ce qu'on peut imaginer. [...] Leur corps trapu, avec des membres supérieurs énormes et une tête démesurément grosse, leur donne un aspect monstrueux. Ils vivent d'ailleurs comme des animaux. Ils ne font cuir ni n'assaisonnent leurs aliments, vivent de racines sauvages et de viande mortifiée sous leur selle. [...] Éternellement nomades, ils sont rompus dès l'enfance au froid, à la faim, à la soif. Leurs troupeaux les suivent dans leurs migrations, traînant des chariots où leur famille est renfermée. C'est là que leurs femmes filent et cousent leurs vêtements, enfantent et élèvent leurs enfants jusqu'à la puberté. Demandez à ces hommes d'où ils viennent, où ils sont nés, ils l'ignorent. [...] [leur tunique] de couleur sombre, leur pourrit sur le corps. Leur chaussure, taillée sans forme ni mesure, ne leur permet pas de marcher ; aussi sont-ils tout à fait impropres à combattre comme fantassins, tandis qu'une fois en selle, on les dirait cloués sur leurs petits chevaux laids, mais infatigables et et rapides comme l'éclair. C'est à cheval qu'ils passent leur vie, tantôt à califourchon, tantôt assis de côté, à la manière des femmes. Ils y tiennent leurs assemblées, ils y achètent et vendent, y boivent et mangent, ils y dorment même, inclinés sur le dos de leurs montures. Dans les batailles, ils fondent sur l'ennemi en poussant des cris affreux. Trouvent-ils de la résistance, ils se dispersent, mais, pour revenir avec la même rapidité, enfonçant et renversant tout ce qui se rencontre sur leur passage. [...] Rien n'égale l'adresse avec laquelle ils lancent, à des distances prodigieuses, leurs flèches armées d'os pointus, aussi durs que le fer.


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Les barbares sürgüngë.

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Message Publié : Sam Sep 16, 2017 5:13 am 
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Nasheed
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Califat Rashidun (occupation arabo-musulmane)
651 à 861

Capitale : ? (ville de Marquézie occidentale)

_ Invasion islamique marqaze de l'empire perse, commandée par l'un des meilleurs généraux de tous les temps : Khalid ibn al-Walid, le "sabre dégainé par Dieu" (selon les mots du prophète Mohammed). Celui-ci, tant honoré au Karmalistan pour sa détermination et son ascétisme (il ne dépensera quasiment jamais la fortune amassée par ses innombrables victoires), restera invaincu jusqu'à sa mort, et remportera plusieurs batailles décisives aux marges sud-ouest de l'empire sassani, ouvrant alors la voie à la constitution future du Karmalistan islamique indépendant, libéré de l'oppression perse.
A l'Est, des tribus nomades entendent le séisme de l'Islam naissant, et se joignent aux Arabes contre les Perses sassani : ce sont les Qarlouks, ethnie voisine voire descendante des Sürgüngë. Les Qarlouks se convertiront à l'islam lorsque les deux peuples, sur les ruines de la Perse zoroastrienne, conjugueront leurs forces contre les Ventéliens à l'Est de l'Arkadyriane.
_ La "victoire des victoires" se déroule en 636 : c'est la bataille de Cadésie (al-Qadisiyya). Elle dure trois jours, et voit s'affronter plusieurs dizaines de milliers d'hommes de chaque côté (peut-être 40 000 arabes contre le double, 80 000, côté perse). Arrogant, le roi sassani ose s'en prendre aux cavaliers arabes sur leur propre terrain : le désert, au-delà du fleuve [Euphrate]. Profitant de l'effet de surprise avec leurs éléphants de guerre, les Perses dominent les deux premiers jours. Le troisième et dernier cependant tourne à l'avantage des musulmans. C'est un désastre pour les Sassani qui perdront leur capitale dès l'année suivante.
_ 651 : neuf ans après la bataille de Nahavand (642) qui achève la chute des Sassani, les musulmans atteignent enfin l'Arkadyriane. La résistance locale est forte, et ils ne parviendront à "maîtriser" la région qu'au siècle suivant, notamment grâce aux Qarlouks, polythéistes qui se convertissent volontairement à l'islam.
_ Islamisation et arabisation (alphabet, emprunts à la langue arabe surtout dans le vocabulaire religieux...) de l'actuel Karmalistan.
_ Les sujets non-musulmans (dhimmis, souvent zoroastriens, bouddhistes ou nestoriens, ainsi que quelques juifs) sont tolérés, mais doivent payer une taxe : la Jizîa.
_ 751 : après les Perses, les Ventéliens [empire est-asiatique, du Kaiyuan-Sengaï-Uhmali actuels], partant au secours des malheureux premiers, tentent de pénétrer en Arkadyriane. C'est la retentissante bataille d'Artuxgar, au cours de laquelle s'affrontent pendant cinq jours plus de 100 000 soldats de chaque côté (turco-arabes contre est-asiatiques). Comme pour la bataille de Cadésie un siècle plus tôt, c'est le dernier jour que les musulmans parviennent à renverser une situation initiale en leur défaveur. Bien que victoire stratégique musulmane, Artuxgar marque un coup d'arrêt mutuel : elle devient la diade de rencontre, respectivement des confins les plus occidentaux et orientaux des civilisations ventélo-confucéenne et marqazo-islamique. C'est grâce à elle que les musulmans vont innover, en récupérant la technologie du papier aux Ventéliens, véritable bénédiction pour la diffusion de leur livre saint : le Kor'an. Tchardjou voit fleurir les premiers ateliers de production de papier hors de Ventélie, et devient l'un des centres religieux majeurs du monde sunnite. Cette bataille marque le début de l'âge d'or de l'Islam (qui durera jusqu'en 1258) et annonce les prémices du futur Karmalistan.
_ Ré-ouverture de la route de la Soie à la fin du VIIIe siècle, retour des caravanes à chameaux. Développement de l'artisanat. Nouvelles techniques d'irrigation. Échanges de savoirs entre Orient et Occident (en plus de l'islamisation) grâce à la révolution du papier.
_ C'est sous le Califat Rashidun que vit le célèbre mathématicien Muhammad ibn Mūsā al-Khwârizmî (également géographe, astrologue et astronome), né à Akchataou [Khiva]. Par ses écrits en arabe (traduits ensuite en de multiples langues), il contribuera à diffuser l'algèbre et les chiffres arabes dans le reste du Monde. Il donnera son nom (al-Khwârizmî) à la suite d'opérations mathématiques en vue d'obtenir un résultat : l'algorithme.
_ Toutefois, politiquement, à la fin du VIIIe et au début du IXe siècle, la résistance des Arkadyrians gagne en complexité puisque même les Qarlouks finissent par se retourner contre les envahisseurs arabes une fois les Perses et les Ventéliens définitivement chassés.
D'innombrables garnisons arabes sont massacrées "au nom de l'Islam" par des peuples étrangers qu'ils ont eux-même islamisés. Les disciples deviennent plus radicaux que les maîtres, et les surpassent. Arkadyr devient l'épicentre d'une insurrection musulmane anti-arabe qui prend des proportions telles que l'ensemble de l'Arkadyriane se détache de l'immense empire arabo-musulman, pour former en 861, un nouveau Califat Islamique turc : le Khorasan.
Les plus pieux des historiens qarlouks et tojiks considèrent ainsi 861 comme l'année de naissance du Karmalistan médiéval.

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Les redoutables guerriers musulmans du "Califat bien guidé", avènement de l'âge d'or de l'Islam. Aux Bédouins arabes se joindront de nombreuses tribus turques qarloukes, proches voisins -culturellement et génétiquement- des Sürgüngë, peuple nomade qui se convertira de lui-même à l'islam par hostilité (partagée avec les Arabes) contre les Dytoliens grecs, les Perses de Marquézie et les Ventéliens.

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Nasheed
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Califat du Khorasan (musulmans kharidjites)
861 à 900

Capitale : Arkadyr (capitale politique : résidence califale) et Khunjerab (capitale judiciaire : siège des tribunaux islamiques)

_ Sous l'influence de l'imam al-Bukhari Mukhammat bin al-Mughira, fils de converti natif d'Arkadyr, les Qarluks interprètent à leur façon les sourates du Coran, ainsi que la Sunna (loi immuable de Dieu aux hommes) que leur nouveau chef spirituel a tiré des hadith du prophète Mohammed.
Érudit théologien (ouléma/mollah), historien et voyageur, l'imam Al-Bukhari se sentait dès l'enfance investi d'une mission divine : "chasser les mouches" autour du Prophète, c'est-à-dire les mensonges colportés à son sujet, des calomnies aux fausses interprétations d'un islam corrompu. Il aurait recueilli plus d'un demi-million de hadith, faisant de lui le plus grand commentateur du Coran de toute l'Histoire.
Avant d'être banni de sa ville natale par les princes arabes, il dénonce la corruption morale du Califat, et va jusqu'à proclamer que depuis la fin du siècle dernier, l'empire arabe n'est plus "rashidun" (bien guidé), et aurait de fait perdu sa légalité aux yeux d'Allah (et donc sa légitimité).
_ Yakûb as-Saffâr, un arkadyrian perse (farsi, ancêtre des Tojiks) d'origine modeste, converti et disciple d'al-Bukhari, lance l'insurrection armée des Arkadyrians, d'origines perse ou qarlouke, contre les apostats, à savoir l'occupant arabe.
De chaudronnier (son métier d'où il tire son nom : "saffâr" désignant le cuivre), il devient seigneur de guerre : à la tête d'un soulèvement populaire, il libère Arkadyr des Arabes du Califat marqaz et sans cesse victorieux, étend la révolte jusqu'à la vallée du Iaxarte, et aux monts de l'Ala-Tau.
_ 861 : fondation du Califat du Khorasan, lequel s'étend sur toute l'Arkadyriane, les monts de l'Ala-Tau et du Kormal. Toutes les forces arabes sont chassées. C'est par le drapeau noir que nait enfin le Karmalistan médiéval.
_ Avènement du règne implacable de la Jurisprudence islamique, à savoir l'application concrètement réalisable de la Sharia dans la société, règles basées sur l'interprétation -la plus littérale possible- des lois du Qur'an. On érige des tribunaux islamiques pour purger la société de ses mauvaises influences. L'école théologique dominante se radicalise alors progressivement, à travers l'essor de ce pouvoir judiciaire autonome qui surenchérit dans le fanatisme religieux. Laissant de côté la tempérance du vieux et agonisant al-Bukhari, ces tribunaux finissent par virer en direction du kharidjisme azraqite.
A l'origine, le kharidjisme est un mouvement religieux mahométan qui a fait scission, aux premiers temps de l'Islam (VIIème siècle), avec le Califat. Ses partisans ont en effet condamné le "pacifisme" du quatrième Rashidun (Calife "bien guidé", choisit par Dieu pour guider et répandre la Umma), Ali ibn Abi Talib, qui avait accepté un traité de paix avec ses opposants [omeyyades de Syrie] lors de la bataille de Siffin (657). Plus connu sous le simple nom d'Ali, ce "4ème Calife" osa en effet se concilier avec les rebelles [de Damas], partisans de "l'usurpateur" Mu'awiyah -ennemi de la décision divine, pour les fidèles d'Ali-, et s'arrogea du droit d'arbitrage (pourtant dévolu qu'à Dieu) en envoyant deux Sahaba transiger avec les "apostats" pour mettre fin au Jihad. De ce fait, le calife Ali devenait un "traître conciliateur" pour les plus pieux de ses hommes. La vénération que lui porte les chiites, considérés comme des polythéistes par les salafistes, renforcent la haine des kharidjites envers Ali, et tout autre conciliateur musulman, qui renoncerai alors à l'ordre divin qu'est le Jihad. A son tour, le kharidjisme se subdivise (entre-autres) en deux principales catégories : les ibadites (puritains quiétistes, pacifiques), et les azraqites (puritains djihadistes, fanatiques violents).
_ Les mullahs de Khunjerab, ultra-radicaux (azraqites) parmi les plus fondamentalistes (kharidjites), à la tête du redoutable pouvoir judiciaire du nouveau Califat khorassanien, dénoncent avec virulence l'apostasie des chiites et des "pseudo-sunnites" chez les autres provinces restées soumises aux Arabes. Une guerre leur est déclarée. A l'intérieur, en vue d'une régénération de la société, les tribunaux islamiques répandent le takfir, la si redoutée fatwa de déchéance du statut de musulman, à l'encontre de n'importe quel sujet qui dévierait du tawhid, le respect de "l'unicité divine". Tous les musulmans modérés sont considérés comme des incroyants et traités comme tels. Le moindre attachement envers des biens matériels ou des personnes, envers quoi que ce fusse autres que Dieu, est passible de la peine de mort.
_ Officiellement, on cherche à revenir aux origines, à la pureté du Califat Rashidun. Concrètement, on édifie une véritable théocratie puritaine et sanguinaire. Les modérés, tous qualifiés de shirk ("associationnistes" ou "polythéistes") sont jugés sans pitié, et généralement condamnés à mort comme apostats. Des familles entières sont ainsi massacrées.
Les minorités religieuses sont encore tolérées mais lourdement imposées (jiziyah). Mais les musulmans pieux ne sont pas épargnés par cette ascèse rigoriste : l'aumône aux pauvres est rendue obligatoire et de nombreuses familles aisées, même les plus pieuses, sont spoliées. Les statues et temples bouddhistes sont rasés, de même que les mosquées de "mécréants" qui rappellent trop l'ère corrompue des Arabes.
_ Militairement, grâce à la détermination de ses troupes fanatisées, les succès s'enchaînent pour le Califat du Khorasan, qui s’agrandit vers le Nord, le Sud et l'Ouest, au détriment du vieux Califat sunnite et de ses vassaux "modérés".
_ Toutefois, au crépuscule du IXe siècle, ce "totalitarisme médiéval" atteint un tel paroxysme de violence qu'il finit par s'autodétruire. En 899, le calife lui-même (bin Yakûb, fils du précédent) est déchu par le grand tribunal islamique de Khunjerab, devenu tout-puissant. Cette déchéance va jusqu'à la mise à mort du calife. Quelques mois plus tard, c'est le défunt al-Bukhari lui-même qui est, à titre posthume, déchu de son statut de musulman... tandis que ses commentaires coraniques sont déclarés hérétiques et interdits. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase : ce reniement du plus respecté et célébré de tous les érudits musulmans de l'Arkadyriane conduit à un soulèvement commun des Perses islamisés (Tojiks) et des Qarlouks contre les Azraqites, "semeurs de takfirs". Cette guerre civile propulse une nouvelle dynastie au pouvoir : les sages Sāmān-khudā tojiks (900), lesquels réhabiliteront al-Bukhari comme référence théologique.

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Par son puritanisme moral et sa justice terroriste, le Califat du Khorassan inspire aujourd'hui la plupart des mouvances djihadistes les plus rigoristes du Karmalistan.

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Émirat du Kormalestan (Tojiks -iraniens farsi- musulmans)
900 à 1005

Capitale : Karagol

_ 900 : effondrement du "Califat jurisprudentiel" azraqite. Les "Takfiris" sont vaincus par une coalition populaire tojiko-qarlouke, guidée par le tojik "bukharide" Ismoïl Sāmān-khudā. Ils libèrent avec la bénédiction des populations locales, l'Arkadyriane et la vallée de l'Iaxarte, ainsi que les monts du Kormal jusqu'à la majeure partie de l'Altaï.
_ 901 : La nouvelle dynastie renonce au Califat (pour elle, il n'en existât qu'un seul qui fusse légitime : le Califat Rashidun de Mohammed, Abu Bakr, Omar, Othman et Ali). Elle désigne alors l'espace qu'elle gouverne : "Émirat du Kormalestan", cela afin de renforcer l'unité entre Tojiks (sédentaires perses islamisés d'Orient) et Qarlouks (turcs-orientaux de tradition nomade). Les historiens non-fondamentalistes ou non-islamistes font donc naître le Karmalistan à cette date. Ismoïl Sāmān-khudā sera ultérieurement considéré comme le véritable bâtisseur de la nation, donnant son nom au point culminant des monts Khanbalik.
_ L’Émirat ne récupère du Khorasan que sa piété et son anti-arabisme : tout en défendant l'islam et ses valeurs, selon une doctrine moins obtuse que par le passé, on lance une politique de désarabisation, jusqu'au Coran lui-même qui est traduit en farsi et en turc-qarlouk. C'est l'avènement de "l'Islam kormal", selon les préceptes puritains mais quiétistes du théologien al-Bukhari. On prône la vertu, mais aussi la tolérance : les minorités religieuses sont respectées.
_ Un puissant État centralisé mais déconcentré permet une administration efficace. Chaque gouverneur de province est étroitement surveillé par une police secrète directement commandée par le souverain. L’Émir se rapproche du peuple contre les nobles. En effet, nombreux sont les seigneurs locaux, les Dehqans, déchus et condamnés à mort pour corruption morale (au nom des valeurs de l'Islam), déloyauté politique (au nom de l'unité de l’Émirat) ou oppression sociale (au nom de la Justice pour le peuple). On promeut l'enseignement au plus grand nombre, y compris aux plus humbles (sauf les femmes). On subventionne le développement de l'agriculture par l'irrigation.
_ L’Émirat du Kormalestan représente l'apogée de la culture farsi tojik. C'est l'époque d'al-Fârâbi (872-950), géant de la philosophie et des arts islamiques, tojiko-qarlouk né à Toktogul au nord de l'Arkadyriane, connu pour avoir repris et commenté les travaux de Platon. Si, après Socrate et ce dernier, on déclare Aristote "Premier Maître"... Al-Fârâbi se voit attribuer le titre de "Second Maître". C'est également un musicien-poète reconnu, excellent joueur de luth.
_ La Route de la Soie apporte paix et prospérité. En plus des échanges par caravansérails (soie et porcelaine de Ventélie, épices et joyaux de Janubie, musc, ambre, armes...) on produit même sur place, au-delà de l'activité pastorale (bétail : bœufs et ovins surtout) : des fruits et légumes, du verre, du papier, du cuir, de la céramique, des armes forgées, du coton, de la soie et divers tissus comme les étoffes de laine, de lin ou les célèbres tapis tojiks.
_ Après un siècle d'existence, l'Emirat tojik de la dynastie samani s'effondre après une nouvelle invasion turque qarlouke (Subuktugin) venue du Nord-Est. Celle-ci semble n'avoir pas été aussi violente que les précédentes incursions nomades, puisqu'une partie de la population se rallie aux envahisseurs, ne laissant pas le choix aux Tojiks, résignés. Ce renversement dynastique en faveur des Subuktugin ressemble d'ailleurs à une forme de "coup d’État qarlouk", puisque l’empire disparaît soudainement dès lors que l'Émir est assassiné en 1005.

Image - Image
Mausolée d'Arkadyr, d'architecture typiquement farsi, recueillant la dépouille du "fondateur de la nation" (selon le point de vue tojik), l’Émir Ismoïl Sāmān-khudā.

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Message Publié : Jeu Sep 21, 2017 4:19 pm 
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Sultanat Subuktugin (proto-Qarluks -turcs- musulmans, au nord seulement à partir de 1040)
1005 à 1151

Capitale : Gharm

_ Un jeune esclave dit "proto-qarlouk" de la garde impériale samani, Mahmoud Subuktug, s'émancipe de la tutelle perse-tojik, et lance une révolte ethnique avec l'appui de certaines tribus qarlouks venus du Nord de Sürgün.
_ 999-1005 : invasion de l’Émirat samani du Kormalestan par les Qarlouks. Les troupes des généraux tojiks sont écrasées.
_ 1005 : fondation de l'Empire des Subuktugin, qarlouks sédentarisés, sous la forme d'un Sultanat, certes turc mais sous forte influence culturelle perse.
_ 1005-1035 : apogée militaire, économique et culturel de l'empire Subuktugin.
C'est l'époque d'Afzal Al-Bīrūnī, d'Ibn Sīnā "Avicenne" et d'Adbūl-Qāsim Mansūr Ferdowsî.
Le premier, al-Bīrūnī, est un érudit et précepteur de Khunjerab, mathématicien, physicien, astrologue, pharmacologue, encyclopédiste, philosophe, explorateur, cartographe et historien. Entre autres, il étudia les projections géographiques, envisagea la possibilité que la Terre tourne autour d'elle-même, calcula avec une certaine justesse le rayon de la Terre (un peu moins de 6 400 km), et écrit d'innombrables ouvrages, historiques sur l'Arkadyriane et l'Ala-Tau, médicinaux sur les médicaments et les drogues, ou mathématiques (analyse combinatoire, règles de trois, théorie d'Archimède, géométrie...). Enfin, plus de 500 ans avant Copernic et Galilée, il est l'un des premiers à émettre l'hypothèse d'une rotation de la Terre autour du Soleil (héliocentrisme).
Le deuxième, Avicenne, est un célèbre médecin et philosophe chiite, depuis longtemps reconnu dans le Monde entier comme précurseur de la médecine, surnommé le "prince des Savants" ou le "troisième Maître" après Aristote et al-Farabî. Responsable de la guérison -par méthodes scientifiques- de plusieurs princes, il devient vizir et conseiller de l'Empire Subuktugin.
Le troisième, Ferdowsî, est un poète farsi, surnommé le "père de la langue persane", ou le "Molière / Shakespeare tojik". Rédacteur de plusieurs dizaines de milliers de vers en l'honneur de l'épopée historique de la nation tojik, il est aujourd'hui considéré par les Kormali comme le plus grand de tous les Perses avec Ismoïl Sāmān-khudā. Victime de calomnies de la part de mauvais conseillers auprès du souverain Mahmoud, il n'est pas payé selon son travail (théoriquement, une pièce d'or par vers !) et doit fuir. Lorsque Mahmoud regrette son ingratitude et décide finalement de régler son dû (60 000 pièces d'or), il est trop tard : le précieux convoi croise sur sa route celui emportant la dépouille du poète, mort dans le dénuement.
_ Militairement, l'empire s'étend en direction du Sud, en "Ciskormalie" (Dahar et Ortosundalie). Le Sultan Mahmoud Subuktug y lance pas moins de dix-sept expéditions, grâce auxquelles il ramène d'immenses butins. Détruisant les temples, massacrant bouddhistes et hindouistes, et pillant les richesses de la région, il ne cherche pas à convertir ou gouverner ces peuples du Dahar, se contentant de les opprimer. De plus, la relation "homophile" qu'il noue avec l'un de ses esclaves géorgiens (qui inspirera à son tour diverses poèmes et contes perses), le fera passer non-seulement pour un apostat selon les musulmans les plus pieux de Tchardjou et de l'Ala-Tau, mais aussi pour un "traître sédentaire, débauché et persanisé" selon les nomades qarlouks "puristes" restés dans l'Altaï, lesquels y fondent d'ailleurs un empire nomade islamo-bouddhiste (les Qarakhanides). Il est toutefois reconnu comme un promoteur des arts et de la science.
_ 1035 : Afin de redorer son image, de se donner une légitimé religieuse aux yeux du Calife arabe du Marqaz (et certainement lassé de la faiblesse des Rajans du Sud, trop faciles à écraser), le Sultan Mahmoud Subuktug, enivré par sa gloire et ses richesses, juge bon cette fois-ci d'entreprendre une campagne contre les Qarlouks nomades de l'Altaï (Qarakhanides), qu'il cherche à "islamiser" (bien qu'ils le soient déjà !) et surtout à sédentariser. Mais cet ennemi est différent... et le sous-estimer serait une grave erreur.
Le Sultan taxe ces nomades "d'arriérés stupides". Sur son éléphant de guerre, il promet à ses troupes, lourdement armées et protégées d'épaisses cuirasses, une victoire facile. Contre toute attente, mais sans surprise aux yeux de l'Historiographie contemporaine, l'aventure tourne au fiasco. Et le fiasco vire au cauchemar. Trop lente, harcelée et épuisée par les archers-cavaliers de la steppe, sa légion est taillée en pièce. Cherchant à fuir le champs de bataille, il est rattrapé, capturé, décapité et son crâne utilisé comme coupe à boire par le khan qarlouk qarakhanide.
Dépourvu de sultan digne de ce nom, l'empire s'effrite à cause d'innombrables et incessantes luttes fratricides pour le pouvoir. Cela amorce un long déclin qui durera plus d'un siècle, jusqu'à l'effondrement final en 1151.
_ 1040 : peu de temps après, les Oghuz, turcs occidentaux du Marqaz, profitent des échecs subuktugin face aux nomades qarlouks de l'Est, pour envahir par l'Ouest -avec succès- l'Ala-Tau et la vallée de l'Iaxarte. L'Arkadyriane est alors coupée en deux, l'Est (Arkad Koum et Karagol, donc le centre-nord de l'actuel Karmalistan) reste sous contrôle subuktugin.

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Trois géants de l'âge d'or de l'Islam : l'astronome-mathématicien de l'Ala-Tau al-Biruni, le médecin-philosophe qarlouk Avicenne et le poète tojik Ferdowsi.

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Le Sultan Mahmoud Subuktug écoutant les poèmes sur l'Histoire tojik de Ferdowsi.

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Message Publié : Lun Oct 02, 2017 9:52 pm 
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Sultanat Oghuz (occupation musulmane turque-oghuz / turcomane, sud et ouest)
1040 à 1150

Capitale : Gazandzhyk, puis ville en Marquézie

_ Une tribu turcique oğuz du Sud de l'Ala-Tau (à l'extrémité occidentale du Karmalistan), les Kınık, une "horde sans passé", avec à sa tête Tuğrul Bey, fonde un nouvel empire musulman sur les ruines encore fumantes du Sultanat Subuktugin, lequel avait perdu son fondateur et le gros de ses forces armées cinq ans plus tôt. Les Oghuz s'emparent alors des monts de l'Ala-Tau et de la riche vallée de l'Iaxarte, reléguant les débris Subuktugin en Arkad Koum.
_ Au cours des XIe et XIIe siècle, ces cavaliers menés par Tugrul, Alp Arslan puis Malik Shah, envahissent une grande partie du Marqaz, loin à l'ouest, et l'emportent sur les armées chrétiennes greco-arméniennes en 1111. Cependant, incapables de prendre les grandes cités, les Oghuz mettront plus de 70 ans avant d'atteindre leur apogée territoriale.
_ Système particulier d'administration persane (vizir Nizâm el-Moulk) encadrant une culture persane, et protégée par une armée turque.
_ Au bout de quelques décennies, les sultans tugrulides (Tugrul et ses descendants), adoubés par le Calife arabo-musulman, se persianisent. Leur nouveau mode de vie sédentaire, dans leur cour fastueuse, laquelle est finalement fixée dans une importante capitale perse du Marqaz, les rapproche des riches populations farsi et les détache peu à peu de leurs vieilles hordes, restées nomades et indisciplinées. Au cours de la première moitié du XIIe, le Sultanat oghuz se frictionne alors en de multiples beylicats autonomes dominés par des seigneurs tribaux oghuz (atabeys), brutaux mais forts peu solidaires. L'anarchie règne.
_ A son accession au pouvoir en 1142, le dernier Sultan tugrulide cherche à reconstituer l'autorité centrale du Sultanat oghuz. Il y parvient tout d'abord en défaisant les atabeys les uns après les autres, jusqu'à ce qu'il se casse les dents à Jarqorgan, face au bey local : le turcoman oghuz et musulman Takach.
_ A l'est, en Arkad Koum, les Qarlouks de l'Altaï chassent les derniers Subuktugin, qui fuient vers le Sud, sur les monts du Kormal.

_ Les Oghuz, bien que turcs, sont considérés comme des étrangers par l'Historiographie karmale.

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Message Publié : Mar Oct 03, 2017 10:34 pm 
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Shakhanat Islamique Jarqori (tojiko-oghuz, turcomans-farsi musulmans)
1150 à 1220

Capitale : Jarqorgan

_ La fracture sociale qui oppose la fastueuse cour sédentaire et persianisée des sultans tugrulides de Marquézie et les autres tribus turcomanes encore nomades et confédérales, achève de fragiliser cet empire oghuz dont la légitimité ne repose que sur une apposition califale de nature religieuse. Le dernier sultan ne parviendra pas à réunifier son sultanat victime de l'anarchie.
_ Après sa victoire contre le dernier tugrulide, l'atabey turcoman (oghuz) de Jarqorgan, Takach Jarqor, fonde un nouveau Sultanat sur les ruines encore fumantes de la dynastie tugrulide. Il écrase tour à tour les armées tugrulides, renforce son armée de recrues oghuz à chaque affrontement, cela jusqu'à la mort du sultan rival, et au-delà.
_ Sans renier la culture perse, le sultan Takach Jarqor bâti un véritable sultanat islamique turco-perse. Ses conquêtes depuis les monts de l'Ala-Tau jusqu'aux monts du Kormal en passant par l'ensemble du Marquaz oriental, en font l'un des plus puissants empires du Monde.
_ Pour souligner le caractère binational de son tout-jeune royaume, aussi bien farsi (perse) qu'oghuz (turcoman), Takach annonce l'avènement du "Shakhanat Jarqori de l'Ala-Tau", auquel il ajoutera l'adjectif islamique pour souligner la bénédiction religieuse du Calife de Marquézie. De plus, l'arabité est de-nouveau à la mode, la langue d'Allah se répand même au-delà des textes religieux, au point qu'on se revendique désormais d'une triple culture arabo-turco-persane.
_ Signe de sa prospérité grandissante, la capitale Jarqorgan, avec ses 400 000 habitants (une des plus grandes cités du Monde hors-Ventélie), devient le centre de la Route de la Soie, et flamboie de majesté par ses palais, ses mosquées et ses fontaines au cœur du désert. Elle est un carrefour commercial à trois directions : vers l'Occident marqazo-céruléen, vers l'Orient ventélien et vers le Sud rajano-janubien.
_ 1215 : le fils de Takach, Ala-ad Dîn Muhammad (dit "Muhammad de l'Ala-Tau"), prend le relais à la tête du puissant Shakhanat, alors surnommé pour sa splendeur, "le pays du Soleil". Celui-ci compte déjà 20 millions d'habitants.
Jeune, fougueux et ambitieux, le fils du fondateur cherche des prétextes afin d'étendre son empire. Le talent de ses guerriers, cavaliers armés de sabres selon la plus pure tradition arabo-musulmane, lui permettront d'obtenir de nouveaux territoires au Nord contre les dernières tribus indépendantes de turcs-qarlouks, à l'ouest contre les chrétiens, et au sud contre les hindous. C'est au cours d'une chevauchée triomphale en direction du Marqaz occidental que Muhammad de l'Ala-Tau s’érige incontestablement en "gendarme du monde islamique". Toutefois, malgré les apparences, le Shakhanat manque de cohésion idéologique, et pour maintenir l'unité de son immense armée tribale, il est contraint de faire appel au mercenariat, gaspillant une grande partie de sa fortune pour payer la fidélité de ses sujets. Heureusement pour lui, grâce au commerce tri-continental, l'or ne manque pas.
_ Malgré sa nature institutionnelle islamique, le Shakhanat est un havre de richesse, donc de plaisir et... puisque inégalitaire... un lieu de vice et de débauche. Bien au-delà des simples danses orientales féminines, caractéristiques des coutumes de la région lorsque la rigueur islamique se rétracte, les jeux d'argent, la prostitution et les harems se multiplient, notamment au profit de l'aristocratie turco-persane (oghuz-tojik). Notons que ce mode de vie frivole est lui-même favorisé par le Shakhan, cela afin de domestiquer les élites du royaume et éviter un délitement (qui fut fatal aux premiers oghuzs, les défunts tugrulides). Néanmoins, la corruption administrative et les intrigues de la cour sont légions.
C'est également à cette époque que progresse le trafic des esclaves (dit "traite des blancs", par les musulmans), immense source de devises pour le Shakhanat. Des familles entières de slaves, de turcs qarlouks, de caucasiens, de janubiens et même des noirs d'Algarbe... tous ceux qui ne sont pas musulmans, sujets de longue date, notables étrangers ou commerçants, sont en général des esclaves, raflés par dizaines de milliers lors des conquêtes militaires.
Alors que le charme de la sédentarité "adouci" les mœurs des tribus turcomanes... une nouvelle menace s'élève à l'horizon oriental de l'empire.
______________________________________

En effet, pendant ce temps, deux nouveaux acteurs entrent en scène au Karmalistan :

_ Au Sud, le royaume Rajanagar, qui bénéficie de l'immigration de commerçants hindouïstes eashes, mahajanubiens et horbariens, s'enrichit en connectant l'immense Janubie, cœur de la civilisation hindou, avec l'Arkadyriane du Shakhanat, centre de gravité de la Route de la Soie. Aristocratie de castes, prospère et pacifique, elle cherche à se protéger du Shakhanat islamique Jarqori en recrutant à son tour des forces de mercenaires, majoritairement turcs.
_ Sur les hauts-plateaux de l'Altaï, au Nord-Est, le Khanat nomade des Qarlouks est envahit, vaincu et absorbé par une autre ethnie venue du Nord-Est : les Syirs, peuple nomade touranien voisin des Khüns. Ceux-ci font leur apparition alors que plusieurs hivers anormalement longs et glaciaux les tourmentaient depuis quelques années sur leurs terres steppiques du Nord-Est. Voyant leur troupeau de moutons se désagréger, ils cherchèrent alors désespéramment des terres fertiles en poussant vers le Sud.
Cavaliers nomades, guerriers frugaux et tengristes, s'organisant en Qurultaï (assemblée populaire), les Syirs parviennent à s'entendre pour élire un nouveau Khan ré-unificateur, Djaghataï à la tête d'un Syirkhanat. Celui-ci est en effet apprécié pour sa générosité, son aspiration à la paix universelle, et pour son nouveau code de loi, le Yassak (interdisant les conflits tribaux, l'esclavage, le kidnapping d'épouses, le meurtre d'enfants et ré-élevant le statut de la femme à l'égal de l'homme).
_____________________________________

_ En 1219, alors qu'émerge à l'Est le "Syirkhanat", empire nomade rattaché à d'autres khanats khuno-syris (dits "touraniens"), une première communication diplomatique est établie avec le Shakhanat. Des caravanes syires sont envoyées à titre symbolique afin d'ouvrir une nouvelle voie commerciale par le Nord-Est, le but explicite étant d'établir un pacte commercial entre le Khanat touranien des Syirs de l'Altaï et le Shakhanat Islamique Jarqori de l'Ala-Tau. Arrivée à Bekobod, une autre grande cité du Shakhanat, la caravane est pillée et ses commerçants massacrés (plusieurs centaines) par les troupes du malik de la cité (seigneur local).
Le Khan syir, Djaghataï, indulgent, prudent et patient, demande réparation en envoyant trois émissaires syirs en personne au Shakhan Ala-ad Dîn Muhammad. Preuve de sa bonne volonté, l'un d'eux est musulman, et ne réclame pas autre chose que la restitution des biens volés ainsi que la condamnation à mort du malik responsable. En réponse, le Shakhan juge bon d'humilier les deux émissaires païens-tengristes et d’exécuter le syir de confession musulmane. De retour au Syirkhanat, les deux survivants de cette ambassade meurtrie annonce la nouvelle : la guerre est déclarée.
_ 1220 : à suivre...

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Au cour de la sédentarisation des tribus turcomanes, naissent plusieurs cités-oasis gigantesques sur les terres arides de l'Arkadyriane et de l'Ala-Tau : Jarqorgan, splendide capitale du Shakhanat avec 400 000 habitants (ici en illustration), Bekobod, Marghilan, Fargana, Djalalobod et Gharm (toutes dépassent les 100 000 habitants). A celles-ci s'ajoutent les anciennes et mythiques cités de Tchardjou, Arkadyr, ainsi que les villes proprement oghuz que sont Gazandzhyk et Gyzylarbat.

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L'esclavage des "blancs" (en fait des chrétiens, hindous et païens d'origine slave, turque-qarlouk, caucasienne, janubienne...) par les musulmans, a connu son apogée du temps du Shakhanat Jarqori. Le commerce des jeunes femmes était particulièrement apprécié et lucratif.

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Message Publié : Mer Oct 04, 2017 6:42 pm 
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rp historique important ! lire le chapitre ci-dessus avant !
Ambiance musicale

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Syirkhanat (Khaganat touranien) (syirs -mongols- tengristes et chrétiens-nestoriens) [PARTIE 1 : INTRODUCTION]
1220 à 1335

Capitale : Altaï-Ata (Altaï), XXXXX (Gazar-Khün, Natolie Sud-Est)

Au XIIIe siècle, la planète est divisée en deux mondes. En Dytolie, en Marquézie, en Janubie, en Ventélie, règnent de prestigieux empires musulmans ou confucéens, de riches royaumes chrétiens ou hindouïstes, au sein desquelles d'innombrables cités fleurissent, après trois millénaires de développement techno-économique quasi-ininterrompu. Face à ce "monde civilisé", à ces peuples sédentaires vivant de l'agriculture, culturellement raffinés et socialement "embourgeoisés" par une aristocratie qui commence à comprendre les bienfaits du commerce... s'oppose un véritable Anti-Monde, glacé dans le temps, aux peuples nomades restés au stade pastoral, culturellement « barbares » et socialement meurtris par des conditions climatiques terribles.
Au-delà des régions douces et tempérées, au-delà des fertiles terres noires slaves et terres jaunes ventéliennes, au-delà des jardins et oasis musulmans, se trouve le "Heartland", vaste étendue continentale entre la Dépression Touranienne et le désert de Gelbshâm, entre Natolique et Karmalistan septentrional. Un univers marginalisé où règnent à perte de vue les mythiques et inhospitalières steppes syiro-qarloukes et khünes. Pourtant, entre chacune d'elles, le relief est particulièrement accidenté (nombreux massifs montagneux). Partout le sol y est aride et les pâturages pauvres ; l'hiver est glacial et interminable, l'été est lourd et orageux. Régulièrement, le froid et la sécheresse éradiquent le bétail, précipitant la disparition de toute population humaine. Quand la famine ne tue pas, les impitoyables guerres tribales s'en chargent.

En tant qu'entité politique cohérente, la "Touranie" nomade, n'existe pas. Vaste espace steppique et montagneux peuplé de nombreuses confédérations tribales rivales voire hostiles (Qarlouks, Syirs, Khüns...) elle a été vaincue, marginalisée et éclatée par les "entités civilisées". C'est alors devenu un véritable terrain de chasse des grandes puissances : au Nord les Khüns subissent l'ambition des Ventéliens, au Sud les Syirs sont meurtris par les ambitions des deux autres puissances régionales, que sont le royaume janubien hindou de Rajanagar et le Shakhanat islamique de Jarqori.
Ces deux derniers sont particulièrement soucieux de maintenir un état de "chaos permanent" en terre syrio-qarlouke. Par avidité bien-sûr, mais aussi par inquiétude inavouée : de leurs ancêtres et historiens, ils se souviennent des Sürgüngë et des proto-qarlouks, peuples-cavaliers nomades qui, émergeant des steppes de Natolique septentrionale, déferlèrent à chaque fois sur l'Arkadyriane avec leurs redoutables archers montés.
Et malgré ces conditions défavorables, malgré ces humiliations politiques, malgré la flagrante "supériorité" culturelle et économique de ses voisins qui la harcèlent et la méprisent, la Touranie n'a pas renoncé à son rêve, celui d'unifier tous les peuples-cavaliers des steppes du Heartland...

Entre Rimland inter-maritime et Heartland tellurocratique, entre civilisation et barbarie, vie et survie, sédentarité agraire et nomadisme pastoral, bref, entre "impérialisme féodal" et "prolétariat primitif", s'est creusé un abîme. Et de cette dramatique contradiction socio-géoéconomique, surgira un fléau digne des plus obscures prophéties.

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La tragédie du peuple syir : le mini-âge glaciaire de la fin du XIIe et du début du XIIIe siècles. Au-delà de l'arriération technique et agricole, au-delà des violences tribales alimentées par les grandes puissances féodales et de leurs raids, l'épouvantable climat de la steppe est le pire ennemi des nomades touraniens. Que ce soit la sécheresse de l'été ou le grand froid hivernal, la décimation des troupeaux de moutons peut avoir pour corolaire, s'il ne se déplace pas... ni-plus ni-moins que l'extermination totale d'un peuple nomade.

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Aux âges sombres de la fin du XIIe siècle, dans une steppe touranienne déchirée par les rivalités entre tribus touraniennes (turco-mongoles / syiro-qarloukes), le syir Djaghataï, encore enfant, est désigné Khan par son père agonisant, empoisonné par un chef de clan hostile. Quelques années plus tard, vaincu lors d'un affrontement tribal, il est vendu comme esclave à un riche aristocrate du royaume hindou Rajanagar (sud du Karmalistan). Son propriétaire, de retour dans sa ville (Ormara, 70 000 habitants rajano-janubiens), expose alors son esclave dans une cage -tel un animal- plusieurs mois durant.
Le jeune Djaghataï, souffrant de la faim et de la soif, ne reçoit que mépris et moqueries de la part des visiteurs rajans qui viennent observer cet « animal » nomade venu des steppes de l'Altaï. Victime de la plus noire des misères et des pires humiliations, il reçoit la visite exceptionnelle d'un vieux moine bouddhiste du grand temple de la colline, qui lui apporte à boire pour soulager ses souffrances. Aussi clairvoyant que prévoyant, le moine l'implore de ne pas détruire le monastère.
Comprenant à peine ce que lui raconte ce vieux bouddhiste (comment peut-il faire quoique que ce soit dans son état ?), le jeune Djaghataï le remercie toutefois pour son aide et "accepte" sa supplication.
Délivré grâce à l'aide clandestine de sa fiancée et seul vrai amour, la future khatoune, Djaghataï revient dans les steppes transaltaïques (au-delà du nord-est du Karmalistan). En 1181, il l'épouse et fondera une famille unie et féconde. A son tour kidnappée par des clans rivaux, sa femme est violée, puis délivrée enceinte (d'où naîtra son fils aîné, Djötchi, qui signifie « étranger »), grâce à l'aide de clans amis chrétiens-nestoriens. Habile politique respectueux de son épouse (au point de renoncer à tuer son très probable « faux fils », Djötchi), il reçoit l'admiration de beaucoup d'autres tribus qui se rallient à lui. Malgré les manipulations diplomatiques des grandes puissances sédentaires de la région qui cherchent à monter les tribus touraniennes les unes contre les autres, Djaghataï parvient à se faire élire Khan par un Qurultaï (assemblée politique et militaire des représentants de tribus syires) vers 1196. Il édicte alors l'Ikh Zasag, la "Grande Loi", un code moral pour favoriser la réunification des tribus tourano-altaïques nomades autour de valeurs communes.
C'est ainsi qu'entre autres, il punira de mort le meurtre et le viol, et ré-élèvera le statut de la femme comme jamais dans l'Histoire de ces peuples, en interdisant les enlèvements (jadis autorisés), le commerce des femmes et des enfants, ainsi que l'adultère (on impose à tous les hommes, respect et fidélité à leurs épouses). Les femmes peuvent désormais intégrer et combattre dans l'armée.
Inévitablement, bien d'autres tribus se liguent contre lui. Mais celles-ci sont vaincues, dominées et incorporées au nouvel « Etat » syir qui se déplace dans l'Altaï kormali, pour échapper aux hivers rigoureux du Nord. Une fois à la tête de "toutes les Altaï", un nouveau Qurultaï est organisé en 1206 : on proclame Djaghataï "Empereur du Sud", au sein d'une future confédération syiro-khüne (le khan khün sera "Empereur du Nord").
C'est alors qu'il tourne son regard vers le Sud, en direction du Rajanagar et des dynasties musulmanes au Sud-Ouest. Depuis un siècle, ces civilisations florissantes n'ont eu de cesse de persécuter les nomades du Nord, en lançant des expéditions punitives régulières afin de leur imposer des tributs (spoliation forcée) ainsi qu'en exacerbant les confrontations tribales pour entraver tout processus ré-unificateur. Ultime humiliation au siècle dernier (1156) lors du "Khamag touranien" (la dernière tentative fédérale), les Rajans s'étaient servis de tribus qarloukes pour capturer le khan de l'époque, Ambaghaï, vaincu et livré par ces derniers directement à la Cour impériale Rajan à Hyperabad : le souverain syir captif fut torturé à mort par crucifixion. Depuis cette tragédie, les Rajan ont imposé leur domination militaire régionale et multiplié les pillages en terre nomade, avec l'assentiment de leurs voisins turcs-oghuz de Jarqori. Du moins jusqu'à ce que Djaghataï, le petit-fils de Khaboul (prédécesseur du « khan martyr » Ambaghaï à la tête du Khamag) ne parvienne à réaliser ce vieux rêve pantouranien...

A suivre...

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rp historique IMPORTANT
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Khaganat touranien (syirs -mongols- tengristes et chrétiens-nestoriens) [2ème PARTIE : LE FLÉAU DE DIEU]
1220 à 1335

Capitale : Altaï-Ata (Altaï), Khanbalik (Gazar-Khün, Natolie Sud-Est)

_ Comme le dit l'adage touranien (syiro-khün), "puisqu'il n'y a qu'un Dieu au Ciel (Tengri), il ne doit y avoir qu'un souverain sur Terre", Djaghataï annonce à son peuple l'objectif qu'il s'est fixé : réunir l'Humanité sous une même entité. Le messianisme syir se greffe toutefois sur son alter-égo septentrional, celui du peuple-frère khün, dont le regard est tourné vers la Ventélie du Nord et le Nord-Ouest natolico-dytolien. Une véritable confédération touranienne se forme alors avec pour tâche commune d'unifier les peuples du Monde sous leur joug respectif.

_ Toutefois, d'un point de vue diplomatique, Djaghataï ne semble pas avoir eu l'intention (immédiate) d'attaquer son trop puissant voisin musulman, le Shakhanat Islamique Jarqori. Sa cible principale est au Sud : le Rajanagar, royaume aussi prospère qu'arrogant, responsable des pires traumatismes de sa tragique jeunesse. Il propose donc naturellement, un traité d'alliance au Shakhan. Il lui propose, du moins sur papier, un partage hypothétique du monde : "Je serais le Khagan du Soleil Levant, tu seras le Sultan du Soleil Couchant."
Celui-ci accepte dans un premier temps, via une première connexion commerciale symbolique. Mais lorsque la première caravane syire s'arrête à Bekobod au début de l'automne 1219, ses occupants syirs sont massacrés et leurs biens pillés, sous la responsabilité directe du malik, seigneur de la cité qui les accueillait. Djaghataï ne comprend pas un tel geste. Sa colère tempérée par sa prudence, il prend soin d'envoyer une ambassade auprès du Shakhan Muhammad Ala-ad Dîn lui-même, afin de demander réparation. Celui-ci tue l'un des émissaires syirs et rase la tête des deux autres, qui reviennent humiliés devant leur khan. La guerre est déclarée.
Pire, quelques jours seulement après la trahison jarqori, deux émissaires rajans sont envoyés devant le Khan. Ils lui intiment l'ordre de se soumettre au Rajanagar. Cette insupportable exigence l'amène d'abord à convoquer le Qurultaï pour décider en commun de l'avenir de son peuple. L'heure est grave en effet : si un désastre militaire peut affaiblir un royaume sédentaire (surtout ses institutions), il conduit généralement à l'anéantissement du peuple nomade vaincu. Ainsi de fait, une fois de plus, la survie de son peuple était en jeu. Après de longues délibérations, Djaghataï, encore hésitant, se retire du monde pour prier seul à la montagne (actuels monts Khanbalik). S'agenouillant devant le "Ciel Bleu éternel", Tengri, il implore ses conseils, après avoir rappelé les horreurs commises par les Rajans contre lui et son peuple, mais aussi sa réticence à engager les siens dans une aventure sanguinaire contre deux entités plus puissantes que la sienne. Après trois jours de prières et méditations, Djaghataï révèle au Qurultaï de Syirkhanat la volonté de Tengri : rétablir la Justice par la vengeance.
Lorsqu'il apprend le rejet de son ultimatum par les Syirs, et de facto leur déclaration de guerre, Sujamal, le glorieux roi Rajan, leur envoie cette réponse arrogante : "Notre empire est comme la mer ; le vôtre n’est qu’une poignée de sable... Qu'avons-nous à craindre de vous ?".

Le jeune Syirkhanat d'à peine 4 millions d'habitants, tous nomades, doit désormais faire face à deux ennemis -plus ou moins- coalisés :
1- le splendide "Pays du Soleil", Shakhanat de Jarqori (20 millions d'habitants), gendarme de la civilisation islamique et superpuissance militaire et commerciale/esclavagiste (capitale : Jarqorgan avec 400 000 habitants)
2- la "porte d'entrée (Dahar) de la Janubie", le Royaume de Rajanagar (15 millions d'habitants), royaume de "paisibles commerçants hindous" protégés par une multitude de bataillons de mercenaires (capitale : Hyperabad avec 300 000 habitants).
Davantage machiavélien que son puissant allié musulman, le Rajanagar laisse d'abord celui-ci "s'occuper militairement du petit Syirkhanat". Une fois l'armée syire anéantie (et les oghuz jarqori épuisés par les combats), les Rajans n'auront plus qu'à se servir.

_ Les Civilisations Islamique et Hindouïste, formant le quart de l'Humanité, sont les parents des mathématiques et de la médecine moderne. Elles comptèrent en leur sein, depuis plusieurs siècles, parmi les empires les plus prospères et puissants du Monde. Aussi, logiquement depuis l'arrivée des Syirs à l'orée du XIIIe siècle, sont-elles devenues leurs ennemies stratégiques majeures. Cette opposition n'est pas qu'objective (soif de pouvoir de nature spatiale, économique ou ethnique) : elle est aussi idéologique. La description qui suit est à prendre au sens relatif, en corrélation avec leur époque.

===> Au Sud et à l'Ouest, au Karmalistan, les Farsis-Oghuz et Rajans "civilisés" sont des sédentaires pacifiques, fracturés entre riches aristocrates et paysans miséreux. L'individu, "libre", a tendance à servir son intérêt propre. La société bien qu'opulente, est fondamentalement inégalitaire et esclavagiste. La femme est soumise à un patriarcat arrogant. L'empereur (sultan/shakhan/prince) est au-dessus du peuple et n'a aucun compte à lui rendre. En temps de paix, les notables veulent accéder aux plaisirs égoïstes les plus raffinés. En temps de guerre, ils maîtrisent l'art de la tempérance, se montrent habiles et diplomates, et malgré leur avance technique, ils préfèrent gagner la guerre sans la mener. Toutefois, leurs élites ont beaucoup à perdre, craignent la mort (d'où le recours au mercenariat) et sont aisément corruptibles. Leur but : s'enrichir, puis dominer autrui.
===> Au Nord, en Haute-Natolique et sur les plateaux steppiques de l'Altaï, les Syirs « barbares » sont des guerriers nomades, « tous » pauvres, égaux et solidaires. Le sens collectif prime sur l'individu. La société, bien qu'équitable, est fondamentalement primitive (dite "arriérée"). Ils ne font que peu de distinctions entre hommes et femmes (beaucoup d'entre-elles participent même au combat). Dépourvus de roi, ils élisent leur chef au moyen d'assemblées populaires (qurultaï). En temps de paix, ils recherchent ensemble les plaisirs simples d'une vie finalement ascétique. En temps de guerre, ils sont d'impitoyables conquérants, pillards et sanguinaires, mais aussi de grands stratèges, dont le comportement religieux et politique oscille entre respect et terreur. Ils n'ont rien à perdre, sont incorruptibles et combattent jusqu'à la mort. Leur but : survivre, puis réunir l'Humanité.

_ Le Shakhan Ala al-Dîn Muhammad, malgré son arrogance, et grâce à l'habile conseil de ses tacticiens oghuz et historiens farsis, renonce à mordre à l'hameçon, en lançant à corps perdu son armée dans une steppe hostile, laquelle avait déjà conduit à la perte du Sultan Mahmoud Subuktug deux siècles auparavant (1035). Connaissant l'incompétence des nomades en matière de poliorcétique, il renforce la défense de ses villes-géantes fortifiées (murailles avec tours, douves et autres fossés à pièges) et divise son immense armée en plusieurs régiments de cavalerie de plusieurs dizaines de milliers d'hommes chacun, chargé de la contre-offensive pour briser les sièges.

_ Sublimant sa rage en prudence face à cet ennemi bien supérieur, Djaghataï dépêche dans un premier temps de nombreux espions afin de sonder les capacités militaires et la volonté de résistance de la population du Shakhanat.
Au cours de l'automne, le khan syir parvient à réunir une force militaire soigneusement organisée, pourvu d'une solide expérience acquise grâce aux campagnes précédentes contre les qarlouks et d'autres peuples de Ventélie, puis, les renseignements obtenus au retour de ses agents, franchit le Tshygysh Dariya au-delà de laquelle l'attendent les forces musulmanes.

Forces en présence, statistiques connus, à la fin de l'automne 1219 :
1- Shakhanat islamique jarqori :
_ 400 000 talentueux guerriers-mercenaires farsi-oghuz, principalement des cavaliers avec sabres (et archers en infanterie), organisés en régiments défensifs autour des grandes cités. Leur motivation : l'argent et la famille. Leur moral : excellent, la victoire est considérée comme absolument certaine.
2- Khanat des Syirs :
_ 150 000 soldats nomades endurcis et volontaires syiro-qarlouks, essentiellement des archers montés, avec arcs réflexes et sabres, organisés en une quinzaine de tümen (division de 10 000 cavaliers). Leur motivation : la survie (en tant que peuple) et la volonté de Dieu (réunir l'Humanité). Leur moral : mitigé... enragés, ils ne craignent ni la douleur ni la mort, seulement un éventuel châtiment divin.

Mais ce que le Shakhan Muhammad ignore, c'est que son ennemi nomade vient d'innover : au cours des campagnes passées contre les Ventéliens entre 1206 et 1219, les Syirs et les Khüns se sont exercés avec succès au siège des cités, en acquérant au passage la technologie de la "poudre noire".

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Ambiance musicale
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A l'orée de l'année 1220, aux côtés de ses généraux et fils, Djaghataï sépare sa force expéditionnaire de quinze tümen en quatre groupes d'armées adaptés à leurs missions, et traverse le Tshygysh Dariya (limite orientale du Shakhanat). Alors que le siège d'Arkadyr commence, le reste de l'armée fonce sur Bekobod via le désert -réputé infranchissable- de l'Arkad Koum. Atteinte en février 1220, la surprise est complète pour ses défenseurs qui ne les ont pas vu venir : une fois sa garde turque décimée, la ville est prise, pillée, brûlée et sa population, exterminée. Son gouverneur, Inalchuq, le responsable du pillage et du massacre de la caravane syire, est bien-entendu exécuté de la pire des façons (on lui coule de l'argent fondu dans ses yeux et ses oreilles). Plus à l'Ouest, après la chute d'Arkadyr (qui est rasée), les forces assiégeantes se rejoignent pour concentrer leurs forces vers la nouvelle cible : Tchardjou, joyau culturel et cœur historique de la vallée d'Iaxarte, capitale de la Route de la Soie et une des plus prestigieuses cités du monde. En dépit de solides fortifications et d'une garde farsi-oghuz de 100 000 guerriers (50 000 d'entre-eux disparaissent en pleine steppe, trompés par leur aplomb à la suite d'une manœuvre syire typique simulant une fausse retraite !), les nomades s'en emparent dès le mois de mars. C'est le chaos : la population fuit massivement, des milliers de citadins sont massacrés, beaucoup d'autres sont enrôlés de force et les artisans sont déportés en Altaï. Toutefois, malgré la pression de ses généraux, Djaghataï refuse de livrer la cité (désormais fantôme) à la destruction totale, et les esclaves -hommes et femmes- sont libérés.
Tout en traquant le Shakhan qui parvient à s'enfuir, l'armée djaghataïde forte d'une dizaine de tümen, équipés entre-autres de 3 000 balistes à flèches enflammées, 700 trébuchets à pots de naphte, 300 autres catapultes, 4 000 échelles, 2 500 sacs de terre pour remplir les douves... se tourne vers la capitale impériale et berceau historique de la dynastie régnante des Shakhans Jarqori : la prestigieuse Jarqorgan, à 200 km à l'ouest. Au passage, Djalalobod est encerclée et sa garnison montée, prise d'épouvante, refuse de sortir pour aider les cités voisines.
Le siège de la capitale Jarqorgan (en plein marécage), alors plus grande ville du Monde hors-Ventélie, s'avère particulièrement périlleux dans un contexte de dissensions entre généraux. Elle dure trois mois. Bombardée sans relâche, incapable de briser son encerclement, elle finit par tomber : d'abord mise à sac et incendiée, les Syirs finissent par submerger la ville en détruisant les digues de la rivière Ala-Tau ; quant à sa population (près d'un demi-million...), elle est sciemment, méthodiquement et intégralement supprimée : citadins musulmans, visiteurs étrangers, hommes, femmes, enfants, maîtres, esclaves, seigneurs, vassaux... tous égaux par la terreur et la mort. On ordonne à chaque cavalier touranien de ramener avec lui au moins trois têtes coupées, attachées sur sa monture. Ainsi, en souvenir des antiques Sürgüngë, ou héritage des exilés de Qabyl en terre de Nod, des pyramides à crânes humains sont érigés à l'extérieur de la cité meurtrie. En fait, Jarqorgan, splendide capitale islamique du "Pays du Soleil", centre du commerce de la soie, des joyaux et des esclaves, n'existe plus. Et la campagne continue.
Fuyant la capitale encore en proie aux flammes, à l'eau et au fer, le Shakhan Muhammad est capturé et condamné à mort : enroulé dans un tapis, il est piétiné par des chevaux.
Un détachement syir commandé par Tolui (son dernier fils), lui-aussi largement équipé pour les techniques de siège, est lancé contre les grandes villes de la Marquézie, où le fils héritier du défunt Shahkhan, Jalal al-Dîn, tente de sauver l'empire à la dérive. Entre-temps, Gharm et Djalalobod (assiégées depuis des mois) sont prises et entièrement détruites. Leurs populations subissent le même sort. Les splendides Marghilan et Fargana, connues dans toute la Marquézie pour leur immense prospérité, tombent à leur tour : la première résiste, sa population disparaît (150 000 morts en quelques dizaines d'heures, une odeur fétide envahira toute la localité des jours durant) ; la seconde se rend sans combattre, sa population est épargnée (elle sera finalement rasée l'année suivante après une révolte).
Des pyramides de crânes sont érigées partout, à l'entrée de chaque ville-fantôme en ruines. Plus à l'Est encore, Gazandzhyk et Gyzylarbat, pétrifiées d'effroi, se rendent sans combattre : leur population est sauve. Par-delà les différentes tactiques et autres arts opératifs, la stratégie militaro-politique syire est la suivante : les villes sont ménagées ou réduites à néant selon qu'elles renoncent au combat ou cherchent à résister. C'est ce qu'on appellera la stratégie de la « Terreur ».
Avec la chute et la destruction des villes géantes de Jarqorgan, Fargana, Marghilan, Arkadyr, Bekopod, Jalalobod, Gharm, le « Pays du Soleil », n'est plus. C'est l'un des plus grands désastres de toute l'Histoire du Karmalistan : un quart de la population totale a péri, soit 5 millions de personnes. L'âge d'or de l'Islam est révolu.

La victoire syire semble totale et Djaghataï s'apprête à retourner en Altaï... quand soudain, dès le printemps 1221, le prince héritier et désormais « sultan sans terre » de l'empire déchu, Jalal ad-Din Manguberdi, profite de l'accalmie pour reconstituer une armée de 50 000 guerriers farsi et oghuz, avec le soutien de quelques rajans. Ses efforts lui permettent de chasser les quelques Syirs restés à Gazandzhyk ainsi qu'à soulever contre l'occupant toute la population de Gyzylarbat. Informé de la situation, Djaghataï réagit immédiatement et personnellement : il conduit son armée d'Arkadyriane jusqu'à la seconde ville rebelle, qu'il assiège victorieusement, avant de détruire l'armée du prince jarqori sur les rives de l'Iaxarte en amont. Ce dernier n'a d'autre choix que de fuir à la hâte au Rajanagar. Le siège de Gazandzhyk, lâchement abandonnée par son libérateur, s'achève le 14 juin 1221 par une victoire syrie aussi totale que dramatique. Le sort de la cité et de ses habitants ne diffèrera finalement pas des autres : elle est livrée à l'annihilation.

L'année suivante, le Shakhan déchu, Jalal ad-Dîn Manguberti, est expulsé du Rajanagar, dans l'espoir d'attendrir des Syirs plus féroces que prévu... Il sera assassiné en 1223 par l'un de ses esclaves qarlouks. C'est ainsi que la plus puissante dynastie musulmane (les Jarqori), protectrice des Califes et redoutée dans toute la Marquézie, s’éteint.

Ces effrayants succès ne sont pas que le résultat d'une habile combinaison opérationnelle entre renseignement militaire, invasion "en profondeur" pour désorganiser "l'arrière" ennemi, rage, motivation et expérience des troupes... ils proviennent également de l'usage (avec l’assistance d'artilleurs et conseillers techniques ventéliens, intégrés de gré ou de force à l'armée syire) de trébuchets lanceurs de bombes à poudre noire et de véritables canons (huochong). En bref, il s'agit là en terme d'innovation, des premiers "mortiers" de l'Histoire, la première artillerie, préfigurant déjà la guerre moderne et la fin du Moyen-Age.

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A gauche : Djaghataï : homme blessé, nomade rêveur, administrateur juste, stratège de génie et impitoyable conquérant. Le plus grand héros de l'Histoire syire.
A droite : Muqali, général invaincu de Djaghataï et l'un des plus redoutables de l'Histoire militaire.

Par l'expérience de ses cavaliers (très tôt, tous les enfants syirs -filles et garçons- sont entraînés au combat), par l'endurance de ses chevaux (le petit « cheval khün » est sobre, trapu, docile et résistant, il mange toutes sortes d'herbes, supporte le grand froid et connaît peu la fatigue), par ses extraordinaires innovations militaires (récupération de vieilles inventions ventéliennes pour optimiser les techniques de siège), par la détermination de ses guerriers (la terreur interne du commandement les rend disciplinés, tandis que leur rage commune contre les Rajan et les Jarqori les soude au-delà des tribus), par la compétence de ses généraux (précurseurs de l'art opératif avant [Napoléon et Joukov IRL]) et par la sagesse de son souverain (Djaghataï est respecté pour son sens de la justice, on admire aussi sa piété), l'armée syire s'érige en véritable machine à tuer. La cohésion et le sens du respect au sein de l'armée sont garantis par la conjonction de trois facteurs : l'extraordinaire charisme du Khan, la solidarité inter-tribale face à un ennemi commun, et la terreur, à savoir l'usage quasi-systématique de la peine de mort contre quiconque ferait preuve d'indiscipline. Paradoxalement, cette dernière n'empêchera pas un certain droit à la parole accordé à tous, cela dans l'esprit du Qurultaï (assemblée populaire syir). A l'armement de qualité qui se développera au fil des campagnes (de l'archerie montée, avec arcs réflexes et sabres courbés, aux engins de siège, avec trébuchets et armes à feu...), s'ajoute un sens tactique hors du commun, fondé sur l'extrême mobilité de sa cavalerie légère, qui lui permet de choisir ses champs de bataille, de tourmenter et désunir les lourdes formations adverses ou même d'orchestrer des simulacres de fuite pour à la fois tromper et épuiser l'ennemi. Individuellement, les guerriers syirs se distinguent des autres (notamment occidentaux) par la légèreté de leur armure en soie : ils sont ainsi plus habiles, bénéficient d'un meilleur champ de vision et fatiguent moins. Mieux, la soie résiste généralement aux flèches ennemies qui, bien que transperçant la chair, peuvent être aisément retirées grâce à la souplesse de l'armure qui protège la blessure d'éventuelles infections et facilite la tâche des médecins. Collectivement, chaque campagne militaire est soigneusement planifiée : des préparatifs travaillés loin en amont avec l'appui d'un vaste réseau d'espionnage (récoltant des renseignements politiques et culturels, ou des données sur le moral de l'ennemi) et des missions de reconnaissance accomplies par d'innombrables éclaireurs (renseignements militaires, topographie). Comme si ces précautions ne suffisaient pas, des avant-gardes efficaces ouvrent les passages dangereux à l'armée proprement dite, auxquels s'ajoutent des flanc-gardes et des arrière-gardes pour compléter le dispositif protecteur. La minutie de ces planifications est révolutionnaire pour l'époque, et ne se retrouvera plus que dans les campagnes [napoléoniennes IRL] et surtout à partir de la [Seconde Guerre Mondiale, IRL].

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Les cavaliers syirs d'un tümen, en déplacement dans les steppes du Nord du Karmalistan.

Après avoir totalement subverti le Shakhanat jarqori, Djaghataï tourne son regard vers le Rajanagar. Pendant ce temps, son roi glorieux, Sujamal, se dispute avec ses cousins familiaux et ses conseillers militaires pour trouver un responsable, celui qui n'a pas su anticiper cette débâcle aussi foudroyante qu'inattendue de leur -jusqu'alors si craint !- allié musulman turco-perse.

à suivre...

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Victor Hugo : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches ».
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Message Publié : Jeu Déc 07, 2017 2:10 am 
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Khaganat touranien (syirs -mongols- tengristes et chrétiens-nestoriens) [3ème PARTIE : sang-froid et opiniâtreté]
1220 à 1335

Capitale : Altaï-Ata (Altaï)

Citer :
Lorsqu'il apprend le rejet de son ultimatum par les Syirs, et de facto leur déclaration de guerre, Sujamal, le glorieux roi Rajan, leur adresse cette réponse arrogante : "Notre empire est comme la mer ; le vôtre n’est qu’une poignée de sable... Qu'avons-nous à craindre de vous ?".


Rappel
Le Royaume de Rajanagar (l'équivalent ethno-géographique du Dahar actuel), n'a pas grand chose à voir avec le reste du Karmalistan. Au climat tropical adouci par la pénétration maritime (estuaire du Dar), il est densément peuplé, avec 15 millions d'habitants, répartie sur un espace étroit de part et d'autres en aval du fleuve Ormara. D'essence hindou, il est cependant pourvu d'une nombreuse et influente minorité musulmane, appartenant à des ordres soufis excessivement modérés. En effet si la dynastie régnante est hindoue, nombreux sont les gouverneurs musulmans, les nawab, dans cette véritable confédération princière. La réputation de ce grand royaume janubien extra-continental repose ainsi sur sa grande tolérance religieuse autant que sur les rares et très faibles taxes qu'il impose à la population. Richissime grâce au commerce tous-azimuts (voie continentale nord-sud et voie maritime est-ouest), le Rajanagar est l'interface et "la porte d'entrée" de deux civilisations. Pourvu en terres fertiles, la majeure partie d'entre-elles appartiennent à une poignée de grands propriétaires terriens, qui les cultivent grâce à un système proche du servage. Les paysans vassaux peuvent donc être soumis à leurs seigneurs et protecteurs, ou libres, mais vulnérables au banditisme et à une misère plus noire encore. Société éminemment aristocratique, les castes exacerbent plus encore des contrastes sociaux déjà structurellement élevés.
Le Rajanagar est une grande puissance militaire : en plus de sa rayonnante garde rajan hindouïste, le Roi s'est acheté une force de mercenaires aguerris, les khijlis, tribus turques oghuzes et subuktugin, d'ailleurs grossies à la suite de l'effondrement du Shakhanat Jarqori.
Sa capitale et plus grande ville est Hyperabad, ville géante de plus de 300 000 habitants. Les autres grandes cités commerçantes sont Mirpur (sur la côte) avec 250 000 habitants, Ormara, Jalalpur, Sujawal, Sakrand, Alipur, Khuzdar, Kholm, Ahmadabad et Sukkurabad (environ 50 000 habitants chacune). Les cinq dernières sont gouvernées par des nobles musulmans, les influents nawab, lesquels vivent en harmonie relative avec les princes hindous.
Malgré sa réputation de royaume pacifique emplie de sagesse et de tempérence, sa puissante armée conjuguée à ses caisses remplies d'or et de bijoux, lui permettent d'entretenir une diplomatie agressive et prétentieuse, jusqu'au pillage, razzia et autres expéditions punitives ou intéressées contre les peuples nomades du Nord. Si la compétition était rude face au Sultanat Jarqori, leurs intérêts commerciaux mutuels les liguaient contre les barbares du Nord.

Mais l'invasion djagataïde venait de précipiter le Jarqori dans les limbes. Ce grand et puissant pays musulman, riche d'une multitude d'oasis et de jardins, plus grand exportateur d'esclaves au Monde, n'était plus qu'une terre désolée, en voie de steppisation : les fermes brûlées, les cultures piétinées, les villes en cendres et leurs souvenirs présentés devant leurs remparts abattus sous forme de pyramides à crânes humains.

Au début de l'été 1221, parvient alors la nouvelle au Palais de Hyperabad : le craint et puissant voisin jarqori, vient d'être balayé par l'ouragan syir. Le roi Sujamal accuse ses conseillers d'incompétence : tous avaient misé sur une -pénible mais certaine- victoire jarqori, dont le royaume aurait tiré profit.
Lorsque la population prend connaissance du danger inédit qui se profile au Nord, c'est la psychose obsidionale. On se rue sur les marchés pour faire des réserves, on se dispute les biens de première nécessité, des émeutes éclatent régulièrement, les clercs, sages et autres figures paternelles prêchent l'apocalypse et la colère divine. Pour ne rien apaiser, les messages transmis par les ambassadeurs et surtout les milliers de réfugiés malheureux du Jarqori, ne font qu'envenimer la panique :
_ "les Syirs, ne sont pas comme des hommes : terribles à regarder et indescriptibles avec leurs larges têtes comme celle d'un buffle, leurs yeux étroits comme un jeune oison, leur nez camus comme celui d'un chat, avec des voix plus perçantes que celles d'un aigle, et qui mangent comme des loups",
_ des "fils de l'enfer qui surgissent comme la colère divine",
_ "le plus féroce de tous les peuples, aux visages effroyables, appartenant à peine à l'espèce humaine",
_ "des bêtes que l'on doit nommer plutôt des monstres que des hommes, qui ont soif de sang et qui en boivent, qui dévorent la viande crue jusqu'à la chair humaine"...
Mais plutôt que de chercher à fuir les villes, beaucoup s'y retranchent en masse, rassurés derrière leurs remparts... grossière erreur : le traitement des ruraux par les Syirs a toujours été enviable en comparaison du sort réservé aux citadins (haïs par les nomades).

Le roi ne cède pas à la panique et appelle le continent janubien à l'aide. Celui-ci accède à sa demande et des corps expéditionnaires dosalhi, mahajanubiens et eashes viennent grossir une armée rajan déjà puissante.

L'armée du Rajanagar est gagée sur l'or. Les soldats rajans sont grassement payés, y compris -à leur échelle- les mercenaires turcs oghuz. Les membres de la puissante garde royale hindoue, tout comme les janubiens, sont des nobles valeureux, bien équipés et compétents, reconnus et honorés par la société comme le bouclier du royaume. Leurs auxiliaires turcs oghuz sont indisciplinés, mais courageux et expérimentés.
A l'inverse, les soldats syirs ne reçoivent aucune paye (si ce ne sont les butins de guerre) : ils sont les disciples fanatiques d'une véritable armée du peuple, formée dans sa structure principale, quasi-exclusivement de volontaires. Dévoués à la cause de l'idéal universaliste de Djaghataï, ils se contentent de peu (leur sobriété a toujours stupéfié les sédentaires, comparable à celle de moines soldats). Ils savent qu'une seule défaite suffirait à conduire leur peuple à la ruine. Ils procèdent donc à une fuite en avant à chacune de leurs avancées militaires, misant gros à chaque engagement, avec toute l'énergie de leur instinct de survie.

Citer :
===> Au Sud, les Rajans "civilisés" sont des sédentaires pacifiques, fracturés entre riches aristocrates et paysans miséreux. L'individu, "libre", a tendance à servir son intérêt propre. La société bien qu'opulente, est fondamentalement inégalitaire et esclavagiste. La femme est soumise à un patriarcat arrogant. Le roi est au-dessus du peuple et n'a aucun compte à lui rendre. En temps de paix, les notables veulent accéder aux plaisirs égoïstes les plus raffinés. En temps de guerre, ils maîtrisent l'art de la tempérance, se montrent habiles et diplomates, et malgré leur avance technique, ils préfèrent gagner la guerre sans la mener. Toutefois, leurs élites ont beaucoup à perdre, craignent la mort (d'où le recours au mercenariat) et sont aisément corruptibles. Leur but : s'enrichir, puis dominer autrui.
===> Au Nord, en Haute-Natolique et sur les plateaux steppiques de l'Altaï, les Syirs « barbares » sont des guerriers nomades, « tous » pauvres, égaux et solidaires. Le sens collectif prime sur l'individu. La société, bien qu'équitable, est fondamentalement primitive (dite "arriérée"). Ils ne font que peu de distinctions entre hommes et femmes (beaucoup d'entre-elles participent même au combat). Dépourvus de roi, ils élisent leur chef au moyen d'assemblées populaires (qurultaï). En temps de paix, ils recherchent ensemble les plaisirs simples d'une vie finalement ascétique. En temps de guerre, ils sont d'impitoyables conquérants, pillards et sanguinaires, mais aussi de grands stratèges, dont le comportement religieux et politique oscille entre respect et terreur. Ils n'ont rien à perdre, sont incorruptibles et combattent jusqu'à la mort. Leur but : survivre, puis réunir l'Humanité.

Cherchant à ne plus commettre les mêmes erreurs que les jarqori (retranchés passivement derrière leurs remparts), ou leurs prédécesseurs (cavalerie trop lourde), le roi Sujamal vient à la rencontre de l'ennemi, choisi son champ de bataille et allège le gros de sa cavalerie, bien qu'il conserve une force lourde avec éléphants de guerre comme facteur psychologique. Les rapides cavaliers turcs oghuz seront chargés d'attaquer sur les flancs pendant l'attaque frontale.

et on remet ça en musique
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L'armée syire prête au combat.

Après une "drôle de guerre" de plusieurs mois, la bataille décisive se déroule le 9 janvier 1224, à Sanghar, sur le Rud, rivière et affluent de l'Ormara. Cette fois-ci, les armées sont numériquement égales : 120 000 hommes réunis de chaque côté.
Lorsque les Syirs entrent en contact, peu avant l'aube, le choc est terrifiant pour les chevaliers de la coalition turco-janubienne : sur eux s’abat une pluie de flèches et de pierres, mêlée à des "éclairs de feu" sous un "tonnerre" assourdissant. L'artillerie moderne est née. Pétrifiée de terreur, la garde royale est ensuite balayée par l'assaut final mené par Djaghataï en personne, à la tête de trois tümen. Désorganisés, confus, dominés par l'épouvante, beaucoup de mercenaires turcs fuient précipitamment le champ de bataille, parfois en abandonnant leurs armes pour gagner en vitesse. Mais en vain : ayant anticipé ce scénario, les Syirs leur avaient tendu un piège, et des milliers d'archers montés surgissent de toutes parts, cela jusqu'à plusieurs lieues du champ de bataille, et les pourchassent impitoyablement. Ce n'est pas une bataille, mais une boucherie : les Syirs perdent 9 000 hommes, les Rajans... dix fois plus, leurs forces sont éradiquées. Dans la bataille de Sanghar périssent donc la plupart des princes rajans, nawab musulmans et raja janubiens. De justesse, parmi les quelques poignées de survivant, on y trouve le roi Sujamal et son fils héritier, blessé, fuyant à Mirpur.
Les Syirs doivent leur écrasante victoire à leur exceptionnel sang-froid (forgé par une expérience du combat sans commune mesure chez les autres peuples du "monde civilisé"), à leurs innovations militaires que les chevaliers chrétiens de Dytolie auront bientôt le malheur de découvrir à leur tour (trébuchets à pots de naphte et poudre noire), à leurs tactiques sournoises de repli parsemées de pièges, à leurs manœuvres opérationnelles en profondeur bien au-delà du champ de bataille, mais aussi à leurs nombreux informateurs et avants-gardes de reconnaissance postés en amont, un vaste service de renseignement constitué dans le seul but de connaître au mieux l'ennemi, jusqu'à ses secrets les plus intimes (moral des troupes, psychologie des habitants du royaume espionné, etc...).

Une fois l'armée coalisée réduite en poussière, les Syirs marchent sans plus attendre en direction du littoral et de la Janubie.
Alors qu'ils attaquent Kholm, Ahmadabad est investie. Pour secourir cette dernière, les troupes de Sukkurabad attaquent les assiégeants. S'avouant vaincus, les Syirs plient bagages et fuient, jusqu'à organiser un simulacre de confusion. Les défenseurs turco-musulmans des deux cités, tombent lamentablement dans le piège tendu, et s'aventurent en les poursuivant dans une prairie... où ils sont anéantis. Les villes citées tombent peu après : elles sont rasées, leurs populations disparaissent. Seule la forteresse de Kholm parvient à résister : mais les Syirs l'ignorent, la contourne, et poursuivent leur progression vers le Sud. Khuzdar, Alipur, Sakrand, Sujawal, Jalalpur : les conquérants nomades prennent les cités rajans, les unes après les autres. Elles sont toutes livrées au fer, au feu et au sang. A Ormara, qui n'échappe pas au bain de sang et à la folie destructrice des envahisseurs, seul le monastère de la colline est laissé intact. On y épargne les moines bouddhistes et leurs asilés..
Quant à Hyperabad, elle est submergée par un afflux massif de réfugiés, à n'en plus finir, jusqu'à voir sa population doubler : passant à près de 600 000 habitants. Encerclée, elle ne verra pas tenir longtemps ses réserves de nourritures. Et pourtant, ce sont ses murailles qui cèdent en premier : en quelques jours, la prestigieuse capitale rajan est transformée en cimetière fumant, recouvert de cendres et parsemé d'ossements.
Quelques semaines plus tôt, alors que Hyperabad n'était qu'effleurée, trois tûmen syirs atteignaient Mirpur, la grande ville portuaire, d'où fuyait dans un indescriptible chaos la population en direction du Dosalhi et de l'Eashatri. Lorsque la ville est prise, pillée, incendiée et sa population restante massacrée, le roi Sujamal se cachait dans une vieille barque, traversant furtivement l'estuaire avec deux gardes, et le corps inanimé de son fils.
Dès le printemps 1224, le Rajanagar, hautaine et cupide aristocratie qui avait tourmenté l'enfance du syir, crucifié son illustre ancêtre, humiliait et exploitait son peuple depuis des siècles... n'existait plus. On estime le nombre total de victimes à quatre millions. La furie vengeresse de Djaghataï était achevée.

Après la destruction des empires Jarqori et Rajan, Djaghataï subdivise son Khaganat en trois khanats (partagé entre ses fils dévoués) :
_ le khanat de l'Altaï, au Karmalistan, au Centre-Est et au Sud-Est du Khaganat
_ le khanat hülagide à l'Ouest en Marqaz, chargé d'asservir le monde islamique
_ le khanat djötchide au Nord, qui tourne son regard vers la Dytolie chrétienne (l'invasion du continent, via le Thorval et la Magnérovie, commencera vers 1240)

Djaghataï mourra en 1227, frappé par la maladie, en pleine campagne en Ventélie, au Nord-Est de son empire. Ses fils et successeurs poursuivront fidèlement l’œuvre de leur illustre père.

Dès 1235, le nouveau khan commence par unifier le nouveau Marqaz syir, en soumettant d'autres peuples arabo-perses à l'ouest : une fois de plus, des succès foudroyants. Toutefois, des décennies durant, sur les terres musulmanes conquises, subsistait malgré les diverses occupations, une « forteresse imprenable » : Alamût, tenu par la secte chiite-ismaélienne des Nizârites, disciples zélés de l'imam Nizar (prince fatimide du XIe siècle) ainsi que du prédicateur Hassan ibn al-Sabbah. Adeptes des assassinats ciblés, les gardiens fanatisés de cette forteresse (et des autres forts, sous le commandement du grand-maître d'Alamût) sèment la crainte dans toute la région marqaze depuis 1090, tuant d'innombrables seigneurs musulmans ou croisés, du grand vizir des Oghuz au roi de Hierosolahim en personne... sans jamais être inquiétés. En effet, la plupart des ripostes militaires contre la secte furent infructueuses, tant son réseau d'assassins et de bastions muraillés était performant. Un siècle durant, lorsqu'ils régnèrent sur la Marquézie, les Oghuz -rigoureusement sunnites-, furent bien incapables de s'en débarrasser.
Habilement discrets lors de l'ouragan syir, les « Assassins » attendaient le bon moment avant de repasser à l'attaque. Ils jouissaient alors de leur célèbre « petit paradis » créé dans l'enceinte de la forteresse d'Alamût, entre femmes nues et haschish, pendant que toutes les régions alentours étaient à feu et à sang. Lorsqu'enfin le nouveau « grand-maître », Rukn al-Din Kur Chah, se décide à repasser à l'offensive, en éliminant le khan syir nouvellement désigné pour le Khanat hulagide. Il est bien l'objet de plusieurs tentatives d'assassinat... en vain. Celui-ci décide donc d'en finir : les Syirs assiègent la forteresse d'Alamût. A l'automne 1256, le grand-maître Rukn al-Din Kur Chah capitule : il est déporté au Karmalistan altaïque puis écorché vif. La forteresse est rasée, ses résidents sont massacrés jusqu'au dernier. Ainsi disparaît le tant redouté « État d'Alamût » et sa secte des « Hashashin », après 166 ans de règne intouchable.

Au même moment, les hordes syires déferlaient sur le Thorval... [rp invasion syire à construire]

C'est ainsi que le plus grand empire contigu de tous les temps fut bâti : et il dura plus d'un siècle.

à suivre. [aspects politiques et culturels de l'occupation syire du Karmalistan]

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Le syir, apôtre armé de l'universalisme djaghataïde, impitoyable moine-soldat, ascète, froid et opiniâtre, au service de son peuple.

_________________
Victor Hugo : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches ».
Balzac : « Derrière chaque grande fortune, se cache un crime ».


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