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 Sujet du message : Vie réelle et anecdotes.
Message Publié : Mer Jan 11, 2017 12:54 pm 
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Localisation : Altepetl ; République du Tlaloctlitlal
Ici seront publiées quelques tranches de vie de la population. Mais aussi des éléments d'histoire ou autre qui n'auraient pas leur place dans mon encyclopédie.

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"Yet when I felt myself to be in the Presence I was afraid. And I cast
myself face down in the sand and begged, "O Galloping Goddess, forgive me that
I did not know you, and do not send me forth to eat lunch with your ancient
foe, the Purple Oyster of Doom. For he will force me to eat pizza with
pepperoni and mushrooms, and I shal be most afflicted.""

-Livre de la Prophète April, Chapitre 1, verset 9.


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 Sujet du message : Re: Vie réelle et anecdotes.
Message Publié : Mer Jan 11, 2017 8:10 pm 
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Au Tlaloctlitlal, on utilise des critères particuliers pour diviser les différentes aires dans le monde. Une des manière les plus répandue de voir le monde ici, est issue de cartes qu'on retrouve nottament dans les manuels scolaires et qui catégorisent les territoires selon divers critères. Géographiques, culturels, linguistiques et historiques. Voici un des exemples les plus représentatifs et les plus répandus :

[+] Carte
Image
En plus grand.


En rouge : Extrême occident.
En bleu : Occident.
En rose : Septentrion.
En jaune : Algarbe/Méridion.
En vert : Orient.
En orange : Extrême orient.

On remarquera que les Tlaloctlictec tiennent absolument à marquer une différence claire entre eux-même et l'occident. (Occident qui, dans un contexte purement géographique, est parfois résumé au sein de l'ensemble "orient", pour ce qui est de la partie Dytolienne par exemple, située bien plus à l'est).

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 Sujet du message : Re: Vie réelle et anecdotes.
Message Publié : Sam Jan 14, 2017 10:47 pm 
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Localisation : Altepetl ; République du Tlaloctlitlal
Le XVIIIème siècle a été marqué au Tlaloctlitlal par de grandes avancées technologiques qui ont à cette époque permit de finir de combler le retard qui séparait le Tlaloctlitlal des états occidentaux. Ce progrès certain a eu une grande influence dans la culture du pays. Car jusque là la menace occidentale était une peur constante profondément ancrée dans l’esprit des Taloctlictec. Le fait de pouvoir désormais rivaliser avec certaines puissances Dytoliennes eut pour effet d’atténuer ces craintes -bien qu’elles soient toujours présentes dans l’imaginaire collectif actuel- et de les remplacer dans certains cas par un mépris grandissant. Mépris teinté d’un racisme certain que l’on a retrouvé de manière assez flagrante dans les écrits de l’époque.

Il était en effet de bon ton dans les milieux intellectuels à cette époque, surtout durant la deuxième moitié du siècle, de casser du sucre sur le dos des blancs. L’un des exemple le plus représentatif de ce qui se disait alors est ce célèbre texte de Acamapichtli Xochipepe. Sobrement intitulé : Traité sur les peuples de Dytolie et/ou des groupes envahisseurs issus de l’orient septentrional, sur leur morphologie et sur leurs mœurs et sur toutes les races qui les composent de chaque côtés de l’océan.

Voici un des extraits dont le manuscrit original est conservé au Musée de l’Histoire des sciences humaines d’Altepetl :



Citer :
« Les blancs forment une peuplade à l’apparence bien particulière et reconnaissable. Bien que variée au point où on peut facilement les diviser en différentes races. Leur morphologie cependant est adaptée à l’environnement Dytolien, terre marécageuse et froide aux sols improductifs. Dans sa nature comme dans son corps, le blanc s’est donc développé en fonction de ce territoire hostile et peu propice à l’émergence de civilisations autres que primitives.

De manière assez paradoxale, bien que de grande taille et adepte de la violence, le blanc manque en règle général de charpente et de vigueur, du fait du manque de nourriture et des émanations toxiques des eaux stagnantes de Dytolie. Les blancs, en particulier les mâles, luttent efficacement contre les températures peu clémentes de ces terres en se couvrant de poils aux couleurs exotiques -certains ont un pelage jaune, voir orange- à la manière des grands singes d’Algarbe. La plupart montrent également une pilosité faciale hypertrophiée, dont on ignore encore quelle est l’utilité. Certains comme le biologiste Mecamictl Xaxatecel pensent qu’à la manière des paons ils l’exhibent pour attirer les femelles en période de chaleur. Une autre hypothèse veut qu’elle serve à retenir la chaleur qui sinon s’échapperait trop facilement par leur bouche. Laissant leur cerveau fragile exposé au froid.

Mais tous sont loin de s’adapter parfaitement et l’on retrouve de nombreux individus ratés, même selon les faibles critères moyens de ces peuples. L’on dit que dans certaines régions de Dytolie certains blancs se regroupent en troupeau du même sexes et partent vivre reclus. Selon certains c’est une manière d’honorer leur dieu morne et solitaire. Mais cela n’explique pas pourquoi les mâles perdent leurs cheveux sur le haut du crâne, en même temps que toute virilité et ardeur pour leurs semblables. Il en va de même pour leurs femelles qui se vêtissent le plus souvent de noir et sont incapables de désires même entre elles-mêmes.

De manière générale les blancs manquent d’ardeur sexuelle, ce qui est à mettre sur le compte de leur constitution fragile. Cependant ils compensent en maximisant le potentiel de chaque accouplement. Les dernières études montrent qu’une femelle peut mettre bas à une portée de trois à six petits. Ce qui leur permet de se multiplier de manière invasive, à la manière des rats avec qui ils partagent une forte parenté. »


Bien que risible de nos jours, ce traité représente cependant l’état d’esprit d’une partie de la population, souvent haut-placée. Ce qui explique que la Dytolie ait eu si mauvaise presse au XVIIème et XIXème siècle. Jusqu’à la sortie d’un fameux recueil de carnets de voyage en 1825, et que nous avons tous eu l’occasion d’étudier en cours : Xitloli cihuapiltzintle traduit en Dytolie mon amour. Et qui va radicalement changer la manière dont les Tlaloctlictec vont voir l’occident. Menant pour la première fois à une vision admirative et surtout fantasmée de la Dytolie. Ce qui a contribué à former notre imaginaire collectif actuel quant à l’occident. Mélange de crainte, de mépris et d’affection.

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 Sujet du message : Re: Vie réelle et anecdotes.
Message Publié : Lun Mars 06, 2017 1:13 pm 
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Localisation : Altepetl ; République du Tlaloctlitlal
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Paltezcoy Cahuittlacl



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Itztaca Quetzalxochitl




"-C'est une blague j'espère ?"

Le Tlatleuctli Paltezcoy fronçait les sourcils alors que ses yeux courraient le long du communiqué du Saint-Siège, que les affaires étrangères lui avaient transmis. Il reposa le papier sur la table de pierre à laquelle il était assis, dans son bureau du palais de la république. Face à lui se trouvait la Haute-Tlacatl, Itztaca Quetzalxochitl. Les deux collègues, devenus grands amis au cours de leur mandat, avaient pris l'habitude de prendre une tasse de xocoatl à cette heure, en milieu d'après-midi. L'air mi-courroucé mi-inquiet, Paltezcoy touillait nerveusement sa tasse de chocolat. Ça n'était pas particulièrement utile mais ce geste routinier le détendais.

"-Le pape, au Tlaloctitlal. On aura tout vu.

-Ce n'est pas la peine de se mettre dans ces états là.
Dit doucement Itztaca. Je ne vois pas ce que ça pourrait apporter de mal.

-Je sais que je n'ai pas de raison valable de m'inquiéter. Mais je pense que je n'arriverai jamais à éliminer toute méfiance sur ce sujet."

Un léger silence s'installa, les deux comparses burent chacun une gorgé.

"-Je ne sais pas à quoi joue cet Aurélien. Reprit Paltezcoy en écorchant le nom du patriarche. Mais depuis quelques temps il s'intéresse un peu trop à nos catholiques. Ça et les bigots qui s'agitent en Dytolie et en Soverovie, ça augure un peu trop de ferveur chrétienne pour moi."

La Haute Tlacatl reposa sa tasse avec un léger soupir. D'habitude c'était elle que Paltezcoy devait calmer. Elle n'était pas très à l'aise une fois les rôles inversés.

"-Le Tlaloctitlal n'est plus la poudrière qu'il était au début des années 2000. D'autant que la catholicité est un milieu bien plus sain dans le pays de nos jours. Le pape a félicité le journaliste le plus pacifiste de la carta abuerta. Et il sera accueilli chez nous par Alvaro. Il a fait du très bon travail en tant qu'évêque du Cuitlalpan. Tu le connais bien, fais lui confiance pour guider nos citoyens catholiques.

-Hmm...

-Avec un peu de chance il sera même nommé à la tête d'un tout nouvellement créé archévêché du Tlaloctitlal. Ce serait une bonne chose non ?

-J'imagine que ça l'aiderai à répandre ses idées de cohabitation religieuse pacifique...

-Exactement.
Acquiesça Itztaca. De toute façon pas la peine de se faire du mauvais sang. Les leader terroristes et leurs larbins encore en vie sont soit en prison, soit en liberté mais trop vieux pour faire grand chose. Et même s'ils ressortaient de l'ombre, plus aucun de nos chrétiens ne seraient prêts à reprendre leurs stupide croisades."

Au tour de la Haute Tlacatl de touiller son xocoatl. Paltezcoy quand à lui regardait les murs sculptés de son bureau, les yeux dans le vague.

"-Et dire que pendant les élections certains m'avaient accusés d'être trop proches des catholiques et trop Hispanophile.

-Tu étais l'ami de l'évêque du Cuitlalpan et il t'enseignais le latin et l'espagnol. Je comprends leurs soupçons."

Le Tlatleuctli eut un léger sourire, ses yeux d'onyx suivant l'entrelacs complexes de la pierre taillée qui habillait les murs de la pièce d'un maillage aussi ésotérique qu'ancien. Mais peu à peu son sourire s’effaça.

"-Je sais que c'est idiot de toujours se méfier autant après tant d'année mais... Mon frère me manque."

Itztaca soupira en regardant sa tasse, sa gourmandise envolée.

"-On a tous perdu des proches à l'époque. On connaissait tous quelqu'un qui s'était retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Ça ne sert à rien de se morfondre dans le passé. On a fait en sorte que ce genre de choses n'arrivent plus."

Elle posa sa tasse.

"-Du moins c'est ce que je me dis. Il faut éviter de trop regarder derrière sois parfois."

Un silence pesant s'installa. Itztaca triturant sans y penser son médaillon de Quetzalcoatl mordant sa queue. Après une petite minute Paltezcoy reprit la parole.

"-Désolé de te déprimer avec ma paranoïa. Tu as raison, je devrais essayer de me débarrasser de ma rancœur.

-Ne soit pas désolé.
Répondit presque sèchement la Haute Tlacatl en quittant son siège. J'ai fait mon deuil il y a longtemps et je te le souhaite aussi... Je te laisse, on a du travail."

Elle quitta le bureau, laissant derrière elle son xocoatl déjà tiède. Paltezcoy vida le sien d'une traite avant de saisir son vieux téléphone de bureau et de composer le numéro d'Alvaro Quineltocaya. Ils avaient des choses à organiser.

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 Sujet du message : Re: Vie réelle et anecdotes.
Message Publié : Jeu Avr 06, 2017 10:26 pm 
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Localisation : Altepetl ; République du Tlaloctlitlal
[+] Personnage récurrent présent
Ilhicamina Xihuicuintli :
post301331.html#p301331
post303464.html#p303464



18 Octobre 2032
Quand le maître rattrape l'élève. (1)


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Les doux rayons de Septembre perçaient ça et là la dense canopée de la jungle Tlaloctlictec. Comme d’épars fils dorés chutant des lourdes et hautes branches qui surplombaient les sols luxuriants de cette forêt tropicale.

Slalomant entre ces centenaires géants de bois, une route cabossée ouvrait un passage plus ou moins praticable, à la manière d’un long serpent boueux. Sans doute ce chemin avait-il connu des jours plus glorieux. Des jours peut-être pas si éloignés au vu des débris qui la couvraient. Reliquats de récentes et violentes crus.

Dans les faits, les rares routes qui traversaient la jungle centrale de l’île étaient soumises à une constante rénovation, la pluie en emportant souvent de belles parties. Fâcheuse coïncidence entre un emploi du temps rigide et une météo capricieuse, il se trouvait donc que plusieurs véhicules cahotaient désormais sur le chemin défoncé. Le sort ayant fait que leur trajet les avaient amenés à emprunter cette voie avant les équipes de rénovation.
Deux solides tout-terrains encadrant un fourgon, tous noirs (Seul un fou ou un touriste aurait osé traverser la jungle dans un véhicule blanc) circulaient sur le chemin boueux, évitant les plus grosses flaques autant que possible.

A l’intérieur de l’imposant mais agile fourgon, deux personnes patientaient dans l’habitacle arrière. L’un assis face à l’autre, séparés par un long coffre fermement sanglé afin de ne pas bouger ne serait-ce que d’un pouce. Sur la banquette de droite, Ilhicamina Xihuicuintli gardait ses yeux résolument fixés sur le réceptacle. Vérifiant une énième fois que toutes les attaches étaient bien fixées et qu’aucun mouvement inopportun ne venait agiter le précieux bagage.

Lui faisait face un grand homme, qui, s’il ne couvait pas lui aussi le coffre du regard, ne pouvait retenir une petite grimace crispé à chaque secousse. L’air bonhomme et bon enfant, sa corpulence laissait deviner une consommation de chocolat peut-être plus abusive que la moyenne. Son visage rond était souriant. Et le gris de ses tempes comme les rides au coins de ses yeux en amandes témoignaient d’un certain âge ainsi que de sourires fréquents.

« -Tu peux le lâcher des yeux tu sais ? A priori il ne va pas s’enfuir. »

Ilhicamina, dans un effort de volonté, leva son regard et rendit à son interlocuteur son air amusé.

« -Tu ne m’en voudra pas Moxilotl, mais je ne pense pas que mon stress soit assez rationnel pour être calmé »

La jeune femme avait travaillé presque cinq mois durant sur cette œuvre d’art antique et quasi-légendaire. Avec toute la délicatesse du monde, elle laissa ses doigts effleurer le froid métal du coffre. Une légère caresse, comme si un plus lourd contact risquait de briser le solide habitacle.

Même si le trésor qu’il renfermait était dérobé à son regard, Ilhicamina pouvait encore visualiser le moindre de ses détails, pour l’avoir inspecté, réparé, restauré, millimètre par millimètre. Elle voyait encore chacun des délicats disques d’or, chacun des précieux et anciens tissus. Et elle se souvenait de jusqu’à la dernière des majestueuses plumes de cet inestimable artefact. Le panache des Huey-Tlatoani de l’empire Huehuetlactec.

Le jeune femme avait encore du mal à croire qu’elle avait été choisie, avec Moxilotl, pour restaurer cette œuvre. Le pilier de l’art et de l’artisanat Huehuetlactec. Il était pourtant connu que le musé des arts impériaux était extrêmement regardant au sujet de ses employés. C’était comme vivre un rêve. Ilhicamina espérait simplement pouvoir un jour travailler à nouveau sur un objet d’une telle envergure historique. Mais pour l’heure elle n’avait que pour mission d’accompagner ce véritable trésor. Le musé des arts impériaux, basé à Cuauhtlotli, avait accepté de laisser le musé républicain d’Altepetl exposer le panache durant quelques mois, en échange bien entendu d’une généreuse contribution. Bien que cahoteux, le transfert n’était à priori pas risqué, seuls Ilhicamina et Moxilotl savaient ce que ce convoi transportait réellement. Sans compter bien entendu les directeurs des deux musés impliqués dans l’échange. De plus, en passant par la voie directe à travers la jungle, ils avaient peu de chance de croiser qui que ce soit.

La jeune femme tenta de se placer aussi confortablement que possible sur sa banquette. Le voyage complet durait une dizaine d’heure. Et ils n’avaient pour le moment parcouru qu’une petite moitié du chemin. Ilhicamina aurait très bien pu se perdre à nouveau dans la contemplation du coffre à leurs pieds, mais la discussion lui semblait un moyen plus facile de faire passer le temps. Moxilotl fut ravi de la voir sortir de son mutisme. Durant leurs travaux conjoints de restauration ils n’avaient eu, au final, que peu d’occasions de parler d’autre chose que de problèmes techniques, aussi avaient ils beaucoup de choses à se dire. Tant pour mieux se découvrir l’un l’autre que pour partager leur passion pour l’art antique des Huehuetlactec. Ilhicamina avait découvert ce domaine presque par hasard, au fil de ses recherches artistiques, et cela avait été pour elle un véritable coup de foudre. A partir de ce jour elle avait su qu’elle construirait sa vie autour de cette culture si ancienne et délicieusement complexe. Quant à son collègue, il s’était très tôt senti attiré par cet art, ayant grandi à Cuauhtlotli, seule ville d’envergure au Tlaloctlitlal où la langue Huehuetlactec était encore parlée couramment par une majorité de la population. Sa famille était originaire du Necuiltonoloya, mais il s’était toujours senti Huehuetlactec dans l’âme, et ses capacités artistiques l’avaient naturellement mené vers le domaine de la restauration de l’artisanat impérial.

La conversation allait bon train, seulement ponctuée par les sursauts malvenus du fourgons sur la route cabossée, au bout de plusieurs minutes cependant, le véhicule freina. Sans raison apparente. Les deux collègues échangèrent un regard interloqué, puis après une minute de silence plus que suspecte, la jeune femme se décida à se lever. Décidée à aller voir ce qui pouvait bien se passer dehors.

Alors qu’elle tendait la main vers la poignée de la porte arrière du fourgon, plusieurs coups de feu retentirent. Ilhicamina se stoppa immédiatement dans son geste. Alors que des voix étouffées par le lourd métal de l’habitacle du véhicule retentissaient à l’extérieur, la jeune femme s’éloigna vivement de la porte, chuchotant vivement à son collègue.

 « -Moxilotl ! Ton téléphone ! »

Le cuauhtloltec était déjà en train de fouiller ses affaires pour en extraire son vieux cellulaire. La téléphonie n’était pas un secteur très développé au Tlaloctlitlal, aussi n’avait il à sa disposition qu’un vieux modèle à clapet. Il y avait bien entendu peu de chance de capter quoi que ce soit dans la jungle, mais la fébrilité de l’instant ne laissait pas de temps au pessimisme.

« -Pas de réseau… »

-Mictia...
Pesta Ilhicamina. Il y a une radio mais dans la voiture de tête. Comment on va... »

La porte du fourgon s’ouvrit à la volée. Plusieurs hommes se tenaient à l’extérieur, mitrailleuses pointées sur les deux occupants du véhicule. Aussitôt ils levèrent les mains, Moxilotl lâchant son téléphone à contrecœur.

« -Eemel ! Aboya l’un de leurs agresseurs.»

Ilhicamina reconnut là la langue huehuetlactec, elle ne la parlait pas tout à fait mais le message était clair, ils devaient sortir du véhicule. Les jambes tremblantes, les deux collègues ne firent pas d’histoire et descendirent rapidement du fourgon, les pieds dans la boue. Deux hommes grimpèrent à l’intérieur, tandis qu’un troisième les maintenaient en joue. Maigre protection, le bruit des sangles en train de céder se fit vite entendre. La jeune femme retint un tressaillement, l’idée que ces rustres puissent vandaliser le résultat de tant d’heure de travail la crispait au plus haut point. Il ne lui fallut qu’un rapide coup d’œil pour se rendre compte que Moxilotl était tout aussi livide qu’elle.

Avec une efficacité travaillée, les ‘’bandits’’ avaient libéré le coffre de son carcan de sangles et le poussèrent jusqu’à l’extérieur du véhicule. Leurs complices réceptionnant tant bien que mal le lourd butin. Un peu trop lourd peut-être car ils ne purent l’empêcher de cogner contre le sol défoncé de la route, avec un bruit sourd qui fendit le cœur de la jeune artiste. Moxilotl, lui, ne put ne se retenir, s’exclamant en huehuetlactec.

« -Bons dieux faites attention ! Vous allez...

Un coup de feu retentit et il s’effondra, son visage en miette se fondant dans la boue visqueuse du chemin. Ilhicamina recula de quelques pas fébriles, les mains devant sa bouche pour retenir un hurlement qui ne parvenait pas à dépasser sa gorge nouée. Le tueur rechargea, le visage voilé en un masque de froid désintérêt. Derrière lui ses comparses s’affairaient à transporter le coffre, sans porter attention à ce qui venait de se passer.

Le regard tremblant de la jeune femme passait fiévreusement du corps étendu, au canon désormais pointé sur elle. Jamais. Jamais elle n’avait vu ça. Jamais imaginé que tout pouvait s’arrêter si vite, qu’il suffisait d’une seconde, d’une simple pression sur une gâchette. Et tout ce sang. Non, jamais. Jamais elle n’avait voulu voir ça.

Ses lèvres s’agitèrent, mais ses paroles privées d’air ne laissaient ses prières résonner que dans son esprit. Que dans son crâne où retentissaient seulement le battement sourd du sang contre ses tempes.

« -Quetzalcoatl, ô grand soleil. Laisse moi te voir encore un jour poursuivre ta course... »

Le précieux panache fut emmené par les hommes d’armes, le son du coffre que l’on entreposait, et d’un véhicule qui démarre plus loin sur la route parvint à ses oreilles sans qu’elle l’entende. Quelqu’un aboya des mots qu’elle ne connaissait pas, ce à quoi l’homme qui la tenait dans sa ligne de mire répondit d’un cri bref. Le cœur d’Ilhicamina se remit à battre quand il baissa son arme. Il sortit un morceau de tissu d’une de ses poches et le fourra dans les mains de la jeune femme. Perdant son air glacial, une expression de mépris se peignit sur son visage et il lui cracha en tlaloctlictec.

« -Raconte aux tiens ce qui s’est passé aujourd’hui. Que toi et les autres engeances d’esclave de ton espèce se souviennent de qui sont leurs vrais maîtres.

Et avant qu’elle ne puisse dire un mot il abattit la crosse de son arme sur son visage, laissant la jeune femme chuter, inconsciente. Il suffit de quelques minutes, et elle était seule. Évanouie près du corps encore chaud de Moxilotl. Avec pour seule compagnie les gémissements des moteurs du convois encore en marche. Les mains déjà rigides des conducteurs crispées sur les volants des véhicules désormais immobiles. Les doigts fins d’Ilhicamina n’enfermant qu’un bout de tissu. Un vieux drapeau sortit du passé, comme la promesse d’un futur en branle.

[+] Kʼamik sahkil tumen Chiauhtlaya ka suut
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 Sujet du message : Re: Vie réelle et anecdotes.
Message Publié : Dim Juin 25, 2017 2:05 pm 
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Inscription : Jeu Sep 01, 2016 9:16 pm
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Localisation : Altepetl ; République du Tlaloctlitlal
14 juin 2033
Deus lo vult. (1)


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Il n’y avait pas à dire, il faisait tout de même bien beau. Et surtout bien chaud. Peut-être même un peu trop. Les jours chauds du mois d’Août approchaient à grand pas, et on le pressentait encore plus dans les vallées du Cuitlalpan, loin de l’humidité du centre de l’île.
Matilda s’éventait tant bien que mal avec sa main. Il était encore très tôt mais le soleil avait rapidement chassé la fraîcheur nocturne qui emplissait jusqu’alors les rues. Il avait pourtant plu durant la nuit. La vieille dame grommela pour elle même, elle aurait du prendre son éventail.

Mais bon, c’était pour la bonne cause. Longeant les murs ombragés qui bordaient la rue principale du petit village de Las Altas Tixlacta, Matilda ignora les protestations de ses vieux genoux fatigués. Il lui fallut parcourir encore une petite centaine de mètre avant d’atteindre la lisière de la petite bourgade. Seule une petite poignée de passants circulaient déjà ici, saluant jovialement cette petite mamie qu’ils voyaient faire le même trajet chaque matin.
Là où la route se terminait, deux grandes bâtisses se faisaient face, de chaque côté du chemin. A droite, un temple de l’Atzlanti, un vieux bâtiment carré aux murs parcourus de reliefs usés par le temps. A gauche, une petite église, clairement plus récente. Matilda se souvenait encore de la nuit, où, trente et un an plus tôt, l’ancienne église du village était partie en fumée avec ses occupants. Le coupable en fuite s’était rapidement fait coincer par les habitants en colère. Avant même qu’il s’égosille et se vante de son méfait, tout le monde avait déjà compris que le but de l’incendie était de punir le curé de l’époque qui avait eu l’audace d’accueillir dans sa paroisse une famille de fidèles de l’Atzlanti, qui avaient fuit leur village mis à sac par les combats entre catholiques et polythéistes.

Quelques années plus tard, une fois les conflits terminés, il avait été décidé quasi-unanimement de construire la nouvelle église juste en face du vieux temple. Certains s’étaient inquiétés de possibles rixes, mais au final tout s’était très bien passé. Les deux lieux de culte avaient même mis en commun leurs récoltes de dons, une dizaine d’années auparavant, pour aider la commune à remplacer le vieux matériel obsolète de l’école primaire locale.

Oui, décidément, Matilda était bien contente de son village où tout le monde s’entendait à peu près. C’était en tout cas déjà mieux que ce que sa cousine lui racontait quand elle venait prendre le xocoatl à la maison. Elle qui vivait à Bajas Tixlacta, où les deux communautés n’hésitaient pas à copieusement se cracher dans le dos l’une de l’autre.

Toujours était il que depuis près de vingt ans, Matilda Antoñez se rendait à l’église tous les dimanches matins pour aider le curé à préparer la messe. Le prêtre et elle se connaissaient depuis leurs six ans, âge auquel ils s’étaient retrouvés dans la même classe, devenant dès lors deux inséparables amis. Avant d’entrer dans l’église, la vieille dame salua de la main la prêtresse qui ouvrait son temple à la même heure, une jeune femme charmante et radieuse qui n’oubliait jamais de souhaiter le bonjour à Matilda chaque dimanche, depuis l’autre côté de la rue. La vieille chrétienne se rappela qu’elle lui avait promis quelques caimito de son jardin, elle rangea ça dans un coin de sa tête, espérant ne pas l’oublier.

Poussant les lourdes portes de bois, Matilda se réfugia dans la fraîcheur de l’église. Appréciant la protection qu’offraient les murs de pierre contre les cruels rayons du soleil. Remontant le long de la nef, entre les rangés de bancs, elle fit résonner sa voix douce mais fatiguée dans la bâtisse pleine d’échos.

’’-Ernesto, vieille canaille ! Viens donc ici ! La messe commence bientôt et rien n’est prêt, je suis sûre que tu as encore oublié de passer le balais hier… Ernesto ? ‘’

Matilda hâta le pas, il devait être dans un recoin quelconque. Un matin elle l’avait retrouvé endormis sur une chaise, il lui avait suffit de s’asseoir une minute pour s’assoupir.

’’-Ernesto ! Aboya-t-elle. Avant de grommeler. Raaah, Sólo hay nahui itzcuintli, il n’y a donc personne ici ? On a passé l’âge de jouer à las escondidas, Ernesto, sors de ta cachette !

Vociférante, la vieille dame continua son enquête. Où pouvait donc bien se cacher ce petit malin ? C’était bien son genre, tiens, toujours aussi immature à presque quatre-vingt ans. Bien décidé à lui tirer les oreilles, Matilda traversa le Transept de ses petits pas rageurs, tournant au coin d’une des chapelles axiales et

’’-OH MON DIEU ! ERNESTO !’’

Perdu dans les plis d’une soutane ensanglantée, le visage usé et livide du curé était crispé en une grimace de surprise et de douleur. Un filet rougeâtre s’échappait de sa bouche grande ouverte, se mêlant à une large flaque écarlate qui entourait le corps sans vie. Matilda poussa un hurlement bref et déchirant, reculant de quelques pas. Plaquant ses mains tremblantes sur sa bouche, elle détourna le regard de ce visage qu’elle connaissait bien trop pour supporter de le voir sans vie. Vite, la police, les urgences ! Il fallait qu’elle fasse quelque chose ! Elle savait qu’un téléphone avait été installé dans l’église mais elle ne savait pas s’en servir. Malgré la douleur de ses vieux os, elle courut à toute allure, hurlant au secours à qui pouvait l’entendre. Ecartant les portes par lesquelles elle était entrée avec une force qu’elle ne se connaissait pas, elle s’élança à toute vitesse vers le temple de l’autre côté de la rue, où des fidèles se réunissaient déjà pour les rituels du matin.

Ce n’est fut que plus tard que l’on remarqua un détail que Matilda, dans sa terreur, n’avait pas relevé. Clouée dans le dos du curé, se trouvait un bout de carton tâché de sang sur lequel on pouvait tout de même lire.

Tu ne fraiera pas avec les païens et tu ne partageras pas ton pain à leur table.

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"Yet when I felt myself to be in the Presence I was afraid. And I cast
myself face down in the sand and begged, "O Galloping Goddess, forgive me that
I did not know you, and do not send me forth to eat lunch with your ancient
foe, the Purple Oyster of Doom. For he will force me to eat pizza with
pepperoni and mushrooms, and I shal be most afflicted.""

-Livre de la Prophète April, Chapitre 1, verset 9.


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 Sujet du message : Re: Vie réelle et anecdotes.
Message Publié : Dim Sep 03, 2017 4:44 pm 
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Simpoballes :

Un petit dessin d'un nouveau genre, inventé par Ilcahzili Xochtlepan, jeune étudiante en graphisme de 20 ans. Faisant partie de la petite partie de la population rurale dotée d'une connexion internet, elle poste régulièrement sur son blog rédigé en Tlaloctlictec (et traduit en briton par un ami à elle) ces dessins nommés countryballs. le but étant de représenter comiquement des événements récents ou passés de la géopolitique mondiale en personnifiant les pays sous la forme de petites balles.

[+] spoiler
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 Sujet du message : Re: Vie réelle et anecdotes.
Message Publié : Mar Sep 05, 2017 10:38 pm 
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15 Janvier 2034
Quand le maître rattrape l'élève. (2)


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La nuit est tombée depuis plusieurs heures déjà sur Cuauhtloli. Mais la cité millénaire n’est jamais silencieuse. Partout quelques irréductibles piétons continuent de circuler dans les vieilles artères de la ville, battant les pavés que des milliers de pas ont déjà foulé. Mais ce soir le chef lieu du Chiauhtlalli sera le théâtre d’une transaction historique. L’ancienne capitale d’empire a eu son lot d’événement majeurs, mais cette nuit signera la mise en marche d’une vaste machinerie dont personne ne perçoit encore les rouages.

-C’est là ?

Les sonorités trébuchantes de la vieille langue Huehuetlactec remplissent un air où elles sont devenu trop rares. Fixant sa montre, un gros-bras à l’air peu commode répond à son camarade tout aussi patibulaire, qui garde les mains crispées sur le volant de sa camionnette.

-Pas de doute, j’étais déjà venu repérer à l’avance. C’est dans l’entrepôt vert tout au fond.

Les deux armoires à glace s’extirpent de leur véhicule. Pas très loin, des claquement de portières leur indiquent que leurs collègues se sont joint à eux. Ils sont à présent une dizaine, engoncés dans des costumes qu’ils n’ont visiblement pas l’habitude de porter. Plusieurs d’entre-eux gardent le haut de leur chemise déboutonnée, laissant apparaître les lanières de holsters. Ils sont armés et semblent tous sur le qui-vive.

Les deux passagers de la camionnette se dirigent à l’arrière de leur véhicule, avant d’en sortir une caisse métallique qu’ils déposent aussi délicatement que possible sur un transpalette.

Toute la troupe se met en marche, entourant le précieux fardeau, l’œil alerte et scrutant les moindres coins sombre de la zone industrielle de Cuauhtloli. Rien ne vint les troubler à part un vagabond un poil éméché qui crut bon de venir remettre en question l’honneur de leurs génitrices. Le trublion fut intercepté par un des membres du groupe qui eut tôt de lui asséner un peu d’amour filiale dans la figure, ainsi qu’une petite salade de phalanges.

Une fois arrivée à destination, la troupe se retrouva face à un entrepôt de bonne taille, tout de tôle et de poutres d’acier. Ils longèrent le bâtiment, toujours avec une grande prudence, jusqu’à trouver une porte faiblement éclairée par une lampe fatiguée. Un panneau digital brillait à droite de la solide porte. L’un des gardes s’avança et tapa rapidement les chiffres nécessaires, jusqu’à ce qu’un claquement métallique satisfaisant se fasse entendre.

Ils circulèrent quelques dizaines de mètres à l’intérieur de l’entrepôt, zigzaguant entre plusieurs containers au contenu mystérieux. Le bâtiment semblait désert, à l’exception d’un seul endroit où l’éclairage était encore en route malgré l’heure tardive. Placés aux centre de l’oasis lumineux se trouvaient environ une dizaine d’hommes. L’un deux, habillé d’un costume sur-mesure, se tenait au milieu de ses confrères, droit, les mains croisées dans le dos. Autour de lui le reste des hommes présents avaient pointés leurs fusils-mitrailleurs sur les arrivants.

-N’avancez plus ! Laissez votre chargement et reculez ! Aboya l’un deux sur un ton sans appel.

Les nouveaux venus s’exécutèrent docilement, déverrouillant et laissant la caisse sur son transpalette avant de s’éloigner aussitôt.

L’un des gardes armés s’avança vers le coffre, gardant ceux qui l’avaient apporté dans sa ligne de mire. Avec une extrême prudence, il ouvrit la caisse, vérifia que rien de potentiellement mortel n’y était dissimulé.

-Rien à signaler, c’est ce qu’on attendait.

Les gardes baissèrent leurs armes, sans pour autant retirer le doigt de la gâchette. L’éclaireur se saisit de la poignée du transpalette avant de tirer son fardeau jusqu’à l’homme en costume qui arborait un air satisfait. Deux autres gardent virent ouvrir le coffre, avant de s’écarter dans une courbette.

Tendant la main, le chef de la troupe vint laisser courir ses doigts sur la délicate parure qui reposait au fond du coffre.


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Xibalba Qaho'lom, prétendant au trône impérial de Chiauhtlaya.



-Je n’imaginais pas avoir l’occasion un jour de mettre la main là dessus. Mais les Dieux me sourient.

Xibalba savoura encore un instant la douceur des plumes d’émeraudes. Obtenir ce trésor lui avait causé bien des tracas. Savoir où et quand intercepter le convoi censé l’acheminer jusqu’à Altepetl avait été suffisamment compliqué. Il avait ensuite fallu trouver le moyen de le ramener jusqu’à lui sans se faire prendre.

Mais la satisfaction de posséder enfin ce qui lui revenait de droit valait bien toutes ces péripéties. Cette coiffe lui appartenait, le sang des empereurs qui l’avaient portée coulait dans ses veines, pur et conservé en droite ligne patrilinéaire, sa Maison y avait veillé.

Cette coiffe n’était qu’une des innombrables pièce d’un vaste mécanisme qui finirait bientôt par broyer tout ce que le pays avait connu jusque là. Son camp avait placé ses pions, il lui fallait désormais les avancer avant que ses adversaires se soient rendu compte que la partie avait commencé. Affichant un large sourire, l’héritier referma le coffre, avant de se retourner vers ses sbires.

-Messieurs, j’ai une nouvelle mission à vous confier...

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 Sujet du message : Re: Vie réelle et anecdotes.
Message Publié : Lun Sep 25, 2017 8:45 pm 
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Itztaca Quetzalxochitl


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Mictia = Merde.

Cepayacuait = Termes péjoratif désignant les blancs, peu usité car les insultes à caractère racial sont vues comme extrêmement grossières au Tlaloctlitlal. Peut être plus ou moins traduit pas "Gueule de neige".



15 Mars 2034
Quand le maître rattrape l'élève. (3)


Le Tlalteuctli Paltezcoy était caché derrière un journal, qui cachait sa moue fulminante. Seul son pied droit tapotant rageusement le sol de pierre de son bureau laissait deviner son état d’énervement.

-C'est de la fumée qui sort de tes oreilles ? Ou je me fais des idées ? Demanda Itztaca sur un ton faussement innocent avant de prendre une gorgée de Xocoatl.

-Tss… rétorqua son collègue.

-Qu’est-ce que tu lis, histoire que je comprenne ?

Paltezcoy referma sèchement le journal avant de le jeter négligemment sur son bureau, l’envoyant glisser jusqu'à son interlocutrice.

-Le ‘’Yòol’’. C'est un journal Huehuetlactec ça, non ?

-Un des plus gros journaux, et parmi ceux qui sont publiés en Tlaloctlictec c'est de loin le plus lu de la région.

-Voyons les gros titres. Hmm… "Bientôt la saison des maracuyà’’, "scandale chez les pompiers de Cahutlaca’’, et… Ah oui…

-Tu vois ?

-Bah mictia alors… Pourquoi on en a pas entendu parler plus tôt ?

-Il faut croire que la presse "people’’ du Tlaloctlitlal n’est pas très réactive. Répondit Paltezcoy en écorchant le mot briton.

-"Euleia Qaho’lom, la cousine de Xibalba Qaho’lom, chef de l’ancienne dynastie impériale du Chiauhtlalli, s’est rendue il y a peu au Wonalia pour y épouser Varwin Kloos-Ook, membre de la famille royale du Wonalia.’’ C'est vrai que c'est inquiétant, mais ça pourrait être une incroyable coïncidence, ou la seule initiative de cette jeune fille.

-Tu parle. Ricana le Tlalteuctli. Tu sais bien que Xibalba sacrifierait son père et sa mère pour un peu de prestige, s’ils étaient encore en vie. Ça ne me surprend même pas qu’il soit allé vendre le cul de sa cousine au premier cepayacuait titré qu’il a vu passer. Mais qu’en plus les Wonaltec aient l’indécence d’accepter son offre…

-Tu sais ce que c'est avec les monarchistes, pour eux se passer la bague au doigt c'est une transaction comme une autre. Mais de toute manière on ne peut pas leur en vouloir, Xibalba n’a rien fait de mal, ils n’ont pas de raison de se méfier de lui.

-Ce petit con prépare un mauvais coup, je l’ai toujours dit. Il est loin d’être aussi demeuré que son père. Il veut le pouvoir, mais contrairement aux loques qui l’ont précédé je suis certain qu’il tentera réellement de mettre ses sales pattes dessus.

Itztaca finit sa tasse de xocoatl pendant que son ami tapotait rageusement de l’index sur son bureau de pierre.

-Je ne te connaissais pas si vulgaire, Paltezcoy.

-Ha ! Il eut un rire jaune. Parce que je n’avais jamais eu l’occasion d’être assez dans le pétrin pour m’énerver. Mon mandat est une catastrophe, J’ai beau m’échiner j’ai l’impression que ce satané pays s'émiette entre mes doigts… La croissance qui se ramasse la gueule, les Huehuetlactec qui commencent à s’exciter dans leur coin… Et il nous manque des citoyens…

-Tu veux parler des disparus ? Demanda Itztaca, son visage s’assombrissant.

-Évidemment, ce n’est pas beaucoup pour l’instant, à l’échelle d’un pays c'est normal d’avoir des gens qui disparaissent des radars. Des types qui meurent bêtement loin de tout sans qu’un retrouve leur corps. Des jeunes qui fuguent. Des voisins en vacances signalés par la mamie paranoïaque de la maison d’en face. Ce genre de choses. Mais les nombres augmentent, pas beaucoup, mais régulièrement, surtout au Cuitlalpan. De quoi s’inquiéter seulement si tu as une armée de gratte-papier qui épluchent la presse pour toi.

-Qu’est-ce que tu compte faire ?

-Je ne sais pas… Mais plus ça va plus tout ça me fait peur. Chacun dans ce pays sait qu’il vit assit sur une poudrière. Mais personne ne dit rien, pour ne pas y penser et ne pas faire mauvais genre sur la scène mondiale.

-J’ai bien quelque chose à te proposer mais je sais que ça ne te plaira pas.

-Si c'est encore tes histoires d’illuminés mystiques je t’ai déjà dit que je ne voulais pas y toucher. Siffla le Tlalteuctli, se regard se faisant plus dur.

-Très bien. Admit la Tlacatl d’un ton désinvolte. On en reparlera quand ça aura empiré.

Sans autre mot, Itztaca quitta la pièce, laissant encore une fois Paltezcoy seul, face à sa tasse encore fumante qu'il n'avait même pas touché.

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 Sujet du message : Re: Vie réelle et anecdotes.
Message Publié : Mar Nov 21, 2017 10:46 pm 
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Paltezcoy Cahuittlacl



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Itztaca Quetzalxochitl




03 Septembre 2034
Deus lo vult. (2)


-Paltezcoy, j’essaye de te parler depuis ce matin, si tu pouvais bien arrêter de m’esquiver cinq minutes ça me ferait plaisir.

Marchant à pas vifs, la Haute-Tlacatl collait consciencieusement les basques du Tlalteuctli, qui, dossiers sous le bras, et yeux sur sa montre, répliqua dans un soupir impatienté.

-Je sais exactement de quoi tu veux qu’on parle. Premièrement, je n’ai pas le temps, et deuxièmement je n’ai aucune envie d’aborder le sujet.

Le dédale de pierre que formait la pyramide du palais présidentiel résonnait du pas hâtif des deux collègues. Les boyaux de pierre sculptée étaient en revanche si tortueux qu’il était rare de croiser grand monde au détour d’un couloir, tant le bâtiment était percé d’une multitude de chemins correspondant à un nombre incalculable d’itinéraires différents. Aussi Itztaca et Paltezcoy étaient seuls à faire claquer leurs semelles dans le couloir qu’ils empruntaient.

Peu désireuses d’être délaissée plus longtemps, la Haute-Tlacatl se décida à prendre le problème en face et agrippa le bras de son supérieur d’une poigne féroce.

-J’étais sérieuse quand j’ai dit que je te reparlerais de ces histoires de disparitions. Ne fais pas l’enfant, ce n’est pas en me fuyant que tu me fera disparaître. Tu sais qu’on un problème, un gros problème même, qui mine le pays. Mais on ne sait pas qui en est là cause, ni où ni comment ils peuvent agir. Ma solution est la plus radicale mais la plus efficace, et tu le sait.

Paltezcoy planta son regard courroucé dans les iris de jais de son interlocutrice. Il était sur le point d’ouvrir la bouche quand des bruits de pas résonnant à un croisement un peu plus loin l’interrompirent.

-Pas ici. Chuchota-t-il, visiblement résigné à parler.

Se dégageant de la prise tenace d’Itztaca, il la mena rapidement vers une pièce vide et en referma aussitôt la porte.

-Ce que tu me demande. Dit-il en se retournant vers la tlacatl. C’est de combattre le feu par le feu. C’est stupide.Que tu sois dans les petits papiers du grand prêtre, grand bien t’en fasse. Mais que tu aille quémander pour qu’il nous refile les commandes de sa petite secte d’illuminés, merci mais non.

Itztaca leva les yeux au ciel, l’air exaspérée.

« -Ce que je te propose, c’est de te fournir en un claquement de doigt une unité d’agents d’élite. Avec eux on pourra remonter à la source de ces disparitions.

-Nous savons tout les deux pourquoi tant de monde se volatilise au Cuitlalpan. Une bande de consanguins à qui le vin de messe est monté à la tête s’est mis dans l’idée de reproduire le même genre de bordel interne religieux qu’on a déjà eu. Ils veulent une guerre civile confessionnelle comme dans les années deux mille.

-Le problème c’est qu’on ne sait pas qui sont ces fanatiques en question, il nous suffirait de…

-Itztaca, réfléchis une seconde s’il te plaît ! La coupa Paltezcoy, haussant le ton. Pour déloger une secte de kidnappeurs catholiques… Tu me propose de faire appel à une secte de mystiques atzlantis. Ce n’est pas parce que leur secte à eux est spécialisée dans le secret, l’espionnage, le mystère ou je ne sais quel bêtise, que c’est une bonne idée de les engager. Un fanatique reste un fanatique, peu importe qu’il croit en un grand barbu céleste ou en quoi que ce soit d’autre. »

La Haute-Tlacatl resta stoïque face à l’énervement croissant du Tlalteuctli.

« -Les Titlacauan sont des maîtres de la discrétion et du renseignement. La République s’en est servis en tant que police secrète officieuse pendant des siècles, alors ne viens pas faire la fine bouche maintenant.

-La République a autorisé l’esclavage pendant des siècles.
Rétorqua Paltezcoy avec un rire jaune. Ça n’en a pas fait une bonne idée pour autant. »

Itztaca fronça les sourcils, perdant visiblement peu à peu patience.

-Paltezcoy, ça va fonctionner. Il te suffit de me faire confiance. Est-ce que tu veux agir vite et fort, ou laisser la situation s’envenimer parce que tu trouve mes méthodes trop dangereuses ?

Le Tlalteuctli laissa tomber son masque d’énervement, prenant un air grave.

« -Tu sais que je te fais confiance. Mais tu veux nous faire jouer avec le feu, et je préfère autant qu’on évite de s’y brûler les ailes.

-Si je prends des risques, c’est pour ne pas revivre une deuxième crise religieuse. Tu veux laisser tout ça recommencer, alors que tu as la possibilité de changer les choses ?
 »

Paltezcoy resta immobile un long moment, bataillant visiblement avec lui-même.

-Tu sais très bien que je veux tout sauf ça.

Le Tlalteuctli pinça les lèvres, regrettant à l’avance ce qu’il allait dire.

-Très bien. Lâcha-t-il à contrecœur. Vas donc mendier dans les jupes du grand prêtre. Mais j’espère pour toi que la bêtise qu’on s’apprête à faire nous apportera des réponses.

Un sourire barra la visage rond d’Itztaca. Après un courtois remerciement elle tourna le dos à Paltezcoy. Ils allaient enfin pouvoir agir.

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 Sujet du message : Re: Vie réelle et anecdotes.
Message Publié : Jeu Déc 21, 2017 12:50 pm 
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La graphie Tlaloctlictec.

De par le rejet des influences occidentales, l'alphabet latin s'est très peu implanté dans le pays, seuls les hispanophones l'utilisent, et encore, nombreux parmi eux utilisent la même graphie que le Tlaloctlictec. Les Huehuetlactec utilisent eux aussi cette graphie.

Malgré tout, l'alphabet Tlaloctlictec a été conçu de manière à être facilement transposable dans l'alphabet latin, surtout pour que les hispaniques puissent facilement l'utiliser.
La graphie Tlaloctlictec a été conçue, dans sa forme, à partir des anciens glyphes, dont chacun représentait un mot. Elle a été mise en place et standardisé dans le courant du XIXème siècle.
Cependant, dans la retranscription de certains textes, les anciens glyphes sur lesquels sont basées les nouvelles lettres sont encore utilisées, et ce surtout pour donner un aspect archaïque et/ou traditionnel. La population, si elle est souvent capable de lire les anciens glyphes, aura bien plus de difficulté à les écrire, du fait de leur complexité. En revanche, tout le monde apprend à l'école comment écrire son nom avec les glyphes, et écrire son nom de cette manière permet de donner un peu de sérieux, comme dans une lettre par exemple.

Points intéressants, la ponctuation est le plus souvent la même qu'en alphabet latin, et il n'existe pas de différence entre minuscules et majuscules. Pour ce qui est des chiffres, le système traditionnel étant simple, il a été conservé.

[+] Anciens glyphes utilisés pour créer la nouvelle graphie
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[+] Nouvelle graphie
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 Sujet du message : Re: Vie réelle et anecdotes.
Message Publié : Sam Jan 13, 2018 8:52 pm 
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Itztaca Quetzalxochitl


[+] Vocabulaire
Catlico = Catholique


[+] Résumé pour ceux qui ne veulent pas tout lire
Les disparitions de plus en plus fréquentes de citoyens à travers le pays, surtout au Cuitlalpan, ravivent de vieilles peurs. Les cicatrices des guerres de religion des années 2000 ne sont finalement pas si bien fermées qu'on aurait pu l'imaginer. Prêtes à s'adonner aux magouilles les plus douteuses pour étouffer dans l’œuf une possible remontée du fanatisme catholique, les hautes instances gouvernementales, représentées par la Haute-Tlacatl Itztaca contactent le grand prêtre de l'Atzlanti, Teopixqui. Grâce à lui, ils espèrent pouvoir obtenir les services des Titlacauan, une secte mystique qui a pendant des siècles servie de polices secrètes officieuse et redoutable à la République.
Inquiet du sort de ses fidèles, Teopixqui finira par intercéder auprès de la secte en faveur du gouvernement.


09 Février 2035
Deus lo vult. (3)




Ce n’était pas la première fois qu’Itztaca se rendait à Teteotepetl, la cité des dieux. Croyante assidue, la haute-Tlacatl avait assisté à presque toutes les cérémonies d’envergures qui avaient eu lieu dans ce saint des saints de la foi Atzlanti. Mais à chaque fois qu’elle parcourait le sol sacré du site, qu’elle frôlait les pierres antiques des imposants bâtiments, elle ne pouvait retenir son pieux émerveillement. Elle ne s’était jamais sentie aussi près des dieux que dans leur cité terrestre.

Mais aujourd’hui n’était pas un jour de pèlerinage, elle avait rendez vous avec le grand prêtre Teopixqui. La plus haute autorité religieuse de l’Atzlanti.

Itztaca contourna la grande pyramide du soleil, saluant les prêtres de passage. Sur la façade est se trouvait une entrée relativement discrète. Personne ne semblait la garder, mais les forces armées Tlaloctlictecs assuraient elles-même la sécurité du site, il y avait fort à parier que d’une manière ou d’une autre, quelqu’un épiait minutieusement les entrées et sorties de cette petite porte, l’un des seuls accès au complexe souterrain de la pyramide.

Laissant doucement glisser sa main le long du mur de roche taillée, la haute-Tlacatl s’engouffra dans le boyau plongé dans la pénombre. Après avoir parcouru quelques dizaines de mètres, Itztaca déboucha dans une salle bas de plafond. Afin de ne pas dénaturer le lieu, les lampes qui éclairaient électriquement la pièce étaient dissimulées derrière de fines tentures, plongeant l’endroit dans une ambiance tamisée et multicolore. La salle était percée d’une multitude de couloir, formant ainsi un point d’accès au reste du complexe souterrain, qui bien que n’étant pas caché, restait en général inconnu auprès du grand public.

La haute-Tlacatl se dirigea vers une sorte de comptoir trônant au centre de la pièce, où une prêtresse observait silencieusement la nouvelle venue.

- Bienvenue, chère consœur, le grand prêtre vous attendais. Vous le retrouverez dans son bureau privé. Couloir sept, à droite aux deux premiers croisements, c’est la seule porte au bout du couloir.

Avant même qu’Itztaca ait pu la remercier, la prêtresse baissa le nez sur une tablette astucieusement dissimulée dans l’assemblage rocheux de son comptoirs, sans doute pour renseigner quelques informations ésotérique à un hypothétique secrétariat.

Fort heureusement, ce n’était pas la première fois que la haute-Tlacatl mettait les pieds dans ce dédale, et elle était déjà bien entraînée à force de circuler dans les couloirs tortueux du palais présidentiel d’Altepetl. Sans même se perdre une seule fois elle parvint jusqu’au bureau du grand-prêtre. Assez peu conventionnel, celui-ci n’avait pas pour habitude de recevoir ses hôtes de manière pompeuse. Pour autant il n’était jamais contre un peu de mise en scène.

Deux militaires plus qu’équipés gardaient l’entrée du bureau, jurant particulièrement avec l’ambiance archaïque et intemporelle qui régnait dans ces souterrains antiques. Mais quand on aborde la sécurité de l’homme le plus important de la foi majoritaire du pays, on peut bien se permettre quelques écarts de style.

Ayant manifestement reçus des ordres en ce sens, l’un des soldats ouvrit la porte à Itztaca, cette dernière le remerciant d’un mouvement de la tête avant pénétrer dans la pièce, la porte se refermant dans son dos.

La pénombre força la Haute-Tlacatl à s’immobiliser quelques instants, le temps de s’habituer au manque de lumière. Bien vite elle put distinguer une silhouette à genoux devant un autel dans un renfoncement de la pièce, d’où provenait la seule lumière de la pièce, exhalée par quelques bougies agonisantes. Le grand prêtre était dos à Itztaca, mais on devinait aisément qu’il était dans la position typique de la vénération Atzlanti, les deux mains à plat sur l’autel, se touchant du bout des doigts majeurs et index, le front posé sur la jonction entre les deux mains.

La Haute-Tlacatl s’avança de quelques pas mais resta à bonne distance, il eut été tout à fait malvenu de déranger le grand prêtre durant sa prière. Même si Itztaca ne pouvait se débarrasser de la désagréable idée qu’il avait justement fait en sorte qu’elle arrive à ce moment, simplement pour avoir le plaisir de la faire attendre.

Teopixqui, dont le véritable nom de naissance était un secret bien gardé, était coiffé d’un masque d’os, qui de dos pouvait laisser penser au crâne d’un chien. Son couvre-chef couvert de symboles mystiques était également bardé de plumes plus multicolores les unes que les autres, et chargé de breloques diverses et variés.
Le corps agenouillé du prêtre se perdait dans une robe à la couleur indéfinissable dans la pénombre qui régnait, les plis du vaste vêtement ne laissaient dépasser que la tête coiffée, et des poignets rachitiques qui s’échappaient de larges manches. L’apparence maigre et dissimulée de Teopixqui lui donnait un air androgyne qui aurait rendu difficile l’identification de son sexe, si…

- Merci d’avoir attendu. Remercia le grand prêtre en se redressant, comme s’il venait de se réveiller.

… Si ce n’eut été pour sa voix si grave qu’Itztaca la sentait presque faire vibrer ses os.

- C’est bien naturel, je n’allais pas vous interrompre en pleine prière. Vous savez bien que j’agis avec tout le respect qui est dû à la vénération des dieux.

- Je sais bien, j’espère ne pas vous avoir vexée. Dit tout le bas le prêtre en se relevant dans un froufrou étouffé de tissus. Derrière ce masque macabre qui cachait totalement ses traits, la Haute-Tlacatl aurait pu jurer distinguer un sourire narquois.

Difficile à distinguer dans l’ombre, Teopixqui alla s’asseoir d’un mouvement fluide derrière le bureau de pierre qui trônait au centre de la pièce. Il daigna allumer une lampe aux décorations trop chargées avant d’inviter son hôte à s’asseoir face à lui.

- Qu’est-ce qui vous amène donc ici ? Vous êtes restée assez vague dans le message que vous m’avez fait parvenir.

Soutenant le regard de son interlocuteur, à moitié caché dans les orbites percés de son masque, Itztaca répondit juste après s’être assise.

- Je ne vais pas tourner autour du pot, nous avons tout les deux d’autres choses à faire. Je viens vous demander de l’aide.

Itztaca feint d’ignorer le ricanement délibérément mal dissimulé de Teopixqui et reprit sans sourciller.

- Comme vous le savez sans doute, on recense de plus en plus de disparus dans le pays. En particulier au Cuitlalpan. En ce qui concerne certains d’entre eux nous avons déjà plusieurs suspects, mais rien ne semble les lier les uns aux autres.

- À part peut-être le fait que ce soit tous des Catlicos, n’est-ce pas ? Ah, j’ai vu juste on dirait. Ne faites pas cette tête, il n’y a pas besoin d’être un grand détective pour se douter qu’on retrouverait avant tout des chrétiens liés à tout ça. Mais qu’est-ce que tout ça a à voir avec moi ? Je vous rappelle que ce n’est pas le catholicisme que je gère dans ce pays, très peu pour moi.

Itztaca fit attention à dissimuler son air irrité. Le grand prêtre ne lui avait pas manqué, c’était certes le messager des dieux sur terre, mais elle ne l’appréciait pas pour autant.

- Certes… Mais vous avez justement une influence considérable sur les fidèles de l’Atzlanti. Or nous aimerions bénéficier des talents de certaines personnes en particulier, et qui n’obéiront sans doute qu’à vous.

- Je vois où vous voulez en venir. Quelle secte a accrochée votre œil ? Bien que je me doute de la réponse.

- Les Titlacauan. Leur talent est quasi légendaire, avec eux nous pourrons retrouver ces kidnappeurs fanatiques et ceux qui les dirigent.

- Et les éliminer ?

- Les mettre hors d’état de nuire.
Corrigea Itztaca en fronçant les sourcils.

- La République a changé ses standards depuis qu’elle a cessé de faire appel aux Titlacauan pour leurs petites affaires d’espionnage, on dirait.

Le timbre profond de Teopixqui se teintait de notes moqueuses qui agaçaient particulièrement la Haute-Tlacatl.

- C’était il y a longtemps, nous avons revu notre éthique à la hausse depuis. Mais peu importe, accepterez vous d’intercéder en notre faveur auprès d’eux ?

- Je n’en vois pas tout à fait l’intérêt, officiellement la secte ne se livre plus à l’assassinat et autres vols d’informations de tout genre, tout cela est illégal, vous savez ?

- Ne jouez pas à l’idiot.
Sifflât Itztaca. Ce ne sont pas leurs activités de façades qui nous intéressent.

- Autant pour l’éthique rehaussée, hein.

La Haute-Tlacatl serra les dents, ça lui apprendrait à choisir bêtement ses mots.

- Qu’importe, pouvez vous répondre par oui ou par non ? Nous aiderez vous ?

Le grand prêtre ne répondit pas immédiatement, il joignit ses longs doigts fins devant lui d’un air songeur. Quelques lourdes secondes passèrent avant que sa voix grave ne s’échappe à nouveau du masque canin.

- Les victimes sont avant tout des fidèles. Il est de mon devoir de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que ces mangeurs d’hosties soient arrêtés.

- Parfait.
Répondit Itztaca. Maintenant si ça ne vous dérange pas je dois retourner à Altepetl, j’ai beaucoup à faire. J’espère avoir bientôt de vos nouvelles et de celles des Titlacauan.

Après de brèves salutations, la haute-Tlacatl put enfin quitter la pièce, avant d’entreprendre de quitter la pyramide d’un pas vif. Elle espérait bien ne pas avoir à revenir avant un moment.

_________________
"Yet when I felt myself to be in the Presence I was afraid. And I cast
myself face down in the sand and begged, "O Galloping Goddess, forgive me that
I did not know you, and do not send me forth to eat lunch with your ancient
foe, the Purple Oyster of Doom. For he will force me to eat pizza with
pepperoni and mushrooms, and I shal be most afflicted.""

-Livre de la Prophète April, Chapitre 1, verset 9.


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