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 Sujet du message : Activités internes
Message Publié : Jeu Fév 23, 2017 10:14 am 
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[+] La Sainte purification
⛨ Épisode 1
⛨ Épisode 2
⛨ Épisode 3
⛨ Épisode 4
⛨ Épisode 5
⛨ Épisode 6
⛨ Épisode 7

[+] Le malheur des uns fait le bonheur des autres
⛨ Épisode 1
⛨ Épisode 2

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 Sujet du message : Re: Activités internes
Message Publié : Jeu Fév 23, 2017 8:55 pm 
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La Sainte purification


Épisode 1


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Les premiers rayons de soleil perçaient les vitraux de la discrète Église Santo Stefano. Deux clercs portant sur leurs épaules un camail noir bordé de liserés violets déambulaient sous les travées de l’édifice. Chacun d’eux portait à son index un anneau pastoral serti de petites pierres de rubis taillées. À l’intérieur de celui-ci, se trouvait gravée une devise en latin : « Pense à ton but en soldat, pense à ta fin en chrétien ». Les frères de l’Ordre de Saint-Marc identifiaient les grands-maîtres de leur Ordre à l’aide de ces anneaux. Après s’être isolés de quelques fidèles matinaux et touristes venus visiter l’église, les deux hommes échangèrent quelques mots discrètement.

Grand-Maître n°1 : Nous avons reçu des nouvelles de nos frères du Saint-Siège tôt ce matin.

Grand-Maître n°2 : Que vous ont-ils appris ?

Grand-Maître n°1 : La rumeur court que le Saint-Père envisage de venir en Pèlerinage dans la Cité, officiellement pour honorer les reliques de Saint-Marc dans la crypte de la Cathédrale.

Grand-Maître n°2 : C’est une excellente nouvelle. La venue du Saint-Père devra être l’occasion pour l’Ordre de faire une démonstration de force aux ennemis de l'Église.

Grand-Maître n°1 : Il y a toutefois une nouvelle plus embarrassante. La venue du Saint-Père ne serait pas anodine. D’après nos frères, le Saint-Père aurait confié au camerlingue sa volonté d’élever Monseigneur Moraglia au rang de cardinal.

Grand-Maître n°2 : [Silence de plusieurs secondes] Êtes-vous sûr de vos informations ?

Grand-Maître n°1 : Aussi sûr que j’ai confiance en mes informateurs.

Grand-Maître n°2 : Le Saint-Père s’était déjà trompé en désignant Moraglia comme Patriarche, cet imposteur qui dessert la cause de l'Église. Il ne saurait en être autrement lorsque l’on renie l’Ordre. Sans compter la tolérance dont il fait preuve à l’égard de ce vieillard sodomite qui vit cloîtré dans son palais à deux pas de la Cathédrale San Marco sans jamais n’y mettre un pied. Nous devons à tout prix éviter que le Saint-Père commette à nouveau un telle erreur en faisant de Moraglia son prochain cardinal.

Grand-Maître n°1 : Peut-être devrions-nous écrire à Sa Sainteté pour lui faire part de nos inquiétudes quant au mépris de Monseigneur Moraglia envers l’Ordre et au laxisme de la doctrine qu’il défend ?

Grand-Maître n°2 : Je ne vois pas d’autre solution. Faîtes vite, empêchons cette bêtise tant qu’il en est encore temps.

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 Sujet du message : Re: Activités internes
Message Publié : Mar Mars 07, 2017 12:06 am 
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La Sainte purification

Épisode 2

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Ainsi, le palais ducal serait le théâtre de frasques contre-natures dans lequel serait récurrente la pratique de la sodomie sur de jeunes éphèbes par le personnage le plus puissant de la République. Le plus choquant était-il l’immoralité de ces pratiques ou bien l’inaction délibérée d’un Grand Inquisiteur pourtant garant du respect des lois de Dieu à Siracuzzia ? Alerté par l’Ordre de Saint-Marc avant que le pape ne délivre les insignes cardinalices à Monseigneur Moraglia, le Saint-Siège avait choisi de croire en la bonne foi des allégations qui lui avaient été soumises. Signor Menicacci, capitaine de l’office inquisitoire du Saint-Siège, avait été envoyé sur place afin de mener l’enquête aux côtés des frères de l’Ordre de Saint-Marc.

Arrivé dans le plus grand secret à l’aéroport international de Jesolo, le capitaine Menicacci avait été escorté par bateau en pleine nuit jusqu’à la paroisse San Giorgio e Maggiore sur l’île de Burani, au Sud de l’archipel de Siracuzzia, devenue le quartier général provisoire de l’Ordre de Saint-Marc depuis que le nouvel occupant de la Cathédrale San Marco, Monseigneur Moraglia, en avait chassé les serviteurs. L’heure n’était pas au repos. Malgré un long voyage depuis le Saint-Siège, le capitaine Menicacci n’attendit pas le lever du soleil pour se mettre à la tâche. Un bureau lui avait été mis à disposition dans la paroisse. Il y trouva un dossier contenant plusieurs documents, parmi lesquels des originaux de correspondances échangées entre Monseigneur Moraglia et différents membres de l’Ordre de Saint-Marc. Sortant une paire de lunettes d’un étui usé, il porta les lettres près d’une lampe pour pouvoir y déchiffrer l’écriture du Grand Inquisiteur.


Citer :
Excellence,

Puisque vous persistez à vouloir me convaincre des bienfaits de l’Ordre de Saint-Marc, je vais donc vous exprimer mon opinion en toute franchise. Votre Ordre est une organisation anachronique, dont l’existence ne se justifie plus depuis que les hommes ont compris qu’aimer son Dieu ne consistait pas à mener des croisades contre toute autre forme de morale que celle de la doctrine puritaine. Hélas, vous demeurez une faction fanatisée et obscurantiste qui prétend défendre les valeurs universelles de Dieu mais qui en vérité défend celles d’une époque révolue où notre Église prêchait une vision étriquée de la catholicité.

Sachez, d’abord, Monseigneur, que la bible nous enseigne la tolérance et l’amour. Valeurs que vous et vos frères de l’Ordre de Saint-Marc semblez avoir oubliées. Votre obsession pour une application rigide de règles morales découlant d’une interprétation archaïque de la bible vous aveugle, autant que les prêtres et catéchistes de votre ordre aveuglent les fidèles sur ce que sont les véritables valeurs de notre foi.

Sachez enfin que la société des hommes a changé et qu’il nous faut désormais accepter l’évolution des mœurs, au risque de disparaître. Si votre Ordre venait à mettre à nouveau la main sur l’inquisition, je crains que votre frénésie rende l’Église inaudible auprès de fidèles en quête de paix sociale et de tolérance, à une époque où les pouvoirs étendus du clergé sont souvent remis en cause ici à Siracuzzia. Pour protéger notre Église et sa position, je veillerai personnellement à l’éradication de la doctrine puritaine de Siracuzzia, ce qui passera inévitablement par la disparition de l’Ordre de Saint-Marc si vous persistez dans votre fanatisme.

Cordialement,


Francesco Moraglia,
Grand Inquisiteur de Siracuzzia


L’enquêteur frottait les poils gris de sa barbe. Il avait le sentiment que cette affaire serait délicate à résoudre et que le Très Saint Père aurait à choisir entre l’une ou l’autre des doctrines religieuses défendues. Une autre lettre attira particulièrement son attention.

Citer :
Excellence,

Les faits que vous rapportez au sujet de Son Altesse Sérénissime Enrico Dandolo sont de pures allégations dont nous n’avons aujourd’hui aucune preuve. Sachez que nous avons été informés il y a déjà plusieurs mois de ces rumeurs concernant les éventuelles tendances homosexuelles du doge. J’ai formellement interdit aux inquisiteurs d’ouvrir une enquête à ce sujet, sans quoi nous provoquerions une véritable guerre institutionnelle entre la République et l’Église, ce que nous cherchons à éviter à tout prix. Je vous le rappelle, le doge Enrico Dandolo a longtemps cherché à retirer à notre Église toutes les prérogatives politiques et juridiques dont elle jouit à Siracuzzia. Je suis parvenu à établir une entente précaire entre le pouvoir laïc et le pouvoir religieux, une trêve que je ne voudrais voir troublée pour rien au monde.

En outre, mon choix de ne pas initier une procédure à l’encontre du pouvoir ducal est conforté par deux facteurs. Le premier est celui de l’absence de sanction applicable : si jamais les frasques du doge étaient démontrées, nous ne pourrions prononcer contre lui aucune autre sanction pénale qu’une simple amende, ce qui n’a guère qu’une valeur symbolique. La peine d’emprisonnement est inenvisageable car elle laisserait vacant le trône ducal, sur lequel nul autre ne peut siéger tant qu’un doge est en vie, je vous le rappelle. Enfin, je sais que l’Ordre de Saint-Marc ne serait pas contre un usage exceptionnel de la peine capitale, mais sachez qu’il n’en sera jamais fait application tant que je serai à la tête de notre Inquisition. Il n’est pas question de rouvrir un épisode de terreur et de remettre les bûchers ou les potences au goût du jour. Cela n’est pas ma conception de la foi.

Le second facteur est celui de la faible gravité de l’infraction : la vision que vous avez de l’homosexualité ne reflète plus celle de la société laïque. Ceux que vous appelez « sodomites », ne violent aucun des commandements de Dieu, quand bien même vous trouveriez ces pratiques contre-natures. L’amour de deux êtres que la nature a doté du même sexe n’est pas contraire aux lois de l’Église, cet amour n’empêche pas ces deux êtres d’être de pieux catholiques, faisant le bien autour d’eux et apportant leur aide à ceux qui en ont besoin, tel que fut le message du Christ. Comprenez ainsi que je ne me risquerai pas à une fracture avec la République uniquement pour satisfaire les pulsions frénétiques de l’Ordre de Saint-Marc. Une éventuelle homosexualité de Son Altesse Sérénissime Enrico Dandolo ne ferait pas peser une menace particulière sur l’ordre moral.

Je vous invite donc à garder strictement confidentielles ces informations. Veillez également à ne pas vous mêler des affaires de l’Inquisition à l’avenir, je sais que l’Ordre dispose de ses propres enquêteurs et espions. Vous ne remplacerez pas les inquisiteurs, tenez-vous à l’écart.

Cordialement,


Francesco Moraglia,
Grand Inquisiteur de Siracuzzia


Il n’y avait pas de doute, la lettre était frappée du sceau du Grand Inquisiteur. Ce dernier défendait une vision définitivement progressiste des valeurs chrétiennes, une vision qui tendait à nier le caractère contre-nature de l’homosexualité. L’enquêteur comprenait donc la virulence de l’opposition entre l’Ordre de Saint-Marc et l’Inquisiteur dont l’interprétation des textes bibliques était radicalement opposée. L’inquiétude des frères de l’Ordre était légitime : si l’inquisition commence à tolérer aujourd’hui ce qu’elle considérait comme immoral hier, qu’en sera-t-il demain ? L’Église devait-elle suivre l’évolution des mentalités, quitte à faire preuve de faiblesse, pour tenter de contenter le plus grand nombre, ou bien devait-elle faire preuve de force face au recul de la morale, quitte à passer pour fanatique ou rétrograde ? La question n’était pas seulement théologique puisqu’en dépendait l’avenir des relations institutionnelles entre l’Église et la République. Au-delà des questions morales, si jamais le Pape venait à considérer comme excessif le progressisme de Monseigneur Moraglia, le Grand Inquisiteur qu’il nommerait après la révocation de celui-ci pourrait très probablement mener à terme cette enquête sur les mœurs du doge siracuzzain et tenter un véritable coup d’État politique. Rien ne l’empêchait. Mais tous les équilibres seraient bouleversés.

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 Sujet du message : Re: Activités internes
Message Publié : Mer Mars 08, 2017 7:12 pm 
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La Sainte purification


Épisode 3


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Deux jours durant, Signor Menicacci lut et relut les documents qui lui avaient été transmis par l’Ordre de Saint-Marc à son arrivée. Il avait pris le soin de s’assurer de l’authenticité de ceux-ci. Figuraient également dans le dossier une série de photographies prises à différentes dates par un espion de l’Ordre. On y voyait sur chacune d’elles des jeunes hommes, tous différents d’un cliché à l’autre, quittant le Palais des doges au petit matin par une entrée dérobée à l’arrière de la Cathédrale San Marco. Une entrée habituellement réservée au petit personnel du palais, donnant sur un recoin de la place San Marco. Les hommes photographiés paraissaient néanmoins bien trop chics pour être de simples employés. Mais rien ne permettait pour autant d’en conclure avec certitude qu’il s’agissait d’amants. Pour avancer dans son enquête, la capitaine Menicacci allait devoir s’approcher de plus près du Palais des doges. L’enquêteur avait un plan bien précis en tête pour en apprendre plus sur les mœurs doge sans pour autant dévoiler son identité. Pour cela, il avait besoin de l’Ordre. Empruntant les transports publics, il se rendit à la Citta, capitale de la Sérénissime, pour rejoindre le palais de la famille di Lorenzo dont sont issus d’éminents serviteurs de l’Ordre. Il y rencontra le Sénateur Federico di Lorenzo. Après l’avoir informé de son identité, de la nature de son enquête ainsi que du caractère confidentiel de celle-ci, il lui exposa l’objet de sa visite.


Capitaine Menicacci : Comprenez que je pourrais aisément m’introduire dans le palais ducal pour y poursuivre mon enquête simplement en dévoilant ma qualité de Capitaine de l’office inquisitoire envoyé par le Très Saint Père. Mais en agissant de la sorte, non seulement l’enquête que je mène perdra sa confidentialité, mais je m’ôterais également toute chance de faire des découvertes utiles à l’enquête à l’intérieur du palais dans la mesure où le doge se saura observé. À l’inverse, si je parviens à me fondre parmi les invités du doge au cours de l’un de ses bals, j’aurais toutes les chances de pouvoir me convaincre de la débauche dont il est accusé ou, a contrario, du caractère infondé des allégations qui pèsent contre lui. Ne se sachant pas observé, le comportement du doge sera on ne peut plus sincère et la lumière pourra être faite avec certitude sur cette affaire. Toutefois, entrer de manière anonyme dans le Palais ducal n’est pas chose facile, le palais est une véritable forteresse et les gardes républicains ne laissent pas rentrer n’importe qui. Mais j’espérais que votre position de patricien, qui plus est sénateur, pourrait m’être utile pour m’affranchir de l’obstacle des gardes.

Sénateur Federico di Lorenzo : Il semblerait que Dieu soit avec vous, Capitaine : demain débute le Carnaval de Siracuzzia et, comme à chaque ouverture du carnaval, le Doge organise une grande fête dans son palais en compagnie d’un grand nombre dignitaires patriciens. J’ai pour habitude de ne pas me rendre à ce type de festivités qui transforment le Palais des doges en un terrain de jeu gigantesque dans lequel on s’abandonne volontiers à la légèreté et à la boisson. Sans compter que le déguisement est obligatoire et, hélas, mes confrères patriciens ont souvent mauvais goût en la matière. Nonobstant, je peux m’arranger pour m’y faire inviter. Le Doge est moi ne nous portons pas en haute estime, mais il a à cœur de ne pas froisser les sénateurs pour se ménager leur soutien. Je l’imagine donc mal s’opposer à ma venue. Je vous ferai passer pour un ami de la famille di Lorenzo, ils ne vous retiendront pas à l’entrée.

Capitaine Menicacci : Je savais que je pouvais compter sur vous. Le Saint-Siège vous en est reconnaissant.

Sénateur Federico di Lorenzo : Ne me remerciez pas, si le Très Saint Père a des suspicions sur notre doge et notre Grand Inquisiteur, il est normal de lui permettre de mener son enquête.





Les deux hommes se retrouvèrent le lendemain en début de soirée. La première journée du carnaval avait été rythmée de parades, de musiques et de danses, accompagnées, comme trame sonore, de la douce mélodie des ivrognes beuglant leur amour aux jolies siracuzzaines qui les croisaient. Comme de coutume, la semaine de carnaval était chômée pour presque tout le monde : les siracuzzains s’apprêtaient à passer des jours entiers dans les rues de la capitale pour savourer les plaisirs de la vie, avec comme règle fondamentale : se vêtir d’un déguisement et se couvrir le visage d’un masque.

L’enquêteur pontifical pouvait d’autant moins déroger à la coutume qu’il espérait rentrer anonymement dans le palais ducal. Pour se fondre parmi les invités, on lui avait fourni un costume sombre adapté à sa forte corpulence et un masque garni de plumes noires. Se tenaient devant l’entrée du palais une éternelle tripotée de touristes (que l’on distinguait aisément puisqu’eux seuls ne portaient pas de déguisement) ainsi que le « camp des refoulés », ceux qui avaient naïvement espéré pouvoir participer aux festivités organisées par le doge. Le sénateur di Lorenzo s’avança devant le réceptionniste, derrière lequel se tenaient plusieurs gardes républicains. Une garde certes très folklorique puisqu’anachronique (en témoignaient l’armure et l’arme d’hast qu’ils portaient), mais qui n’en demeurait pas moins féroce contre les indésirables. Sans difficulté, le réceptionniste trouva le nom du sénateur sur la longue liste des convives. Le patricien présenta, comme prévu, le capitaine Menicacci comme un ami de la famille di Lorenzo.


Réceptionniste : Je suis navré mais j’ai pour ordre de ne laisser entrer que les personnes inscrites sur la liste. Si votre ami n’a pas pu obtenir d’invitation, j’imagine que c’est pour une bonne raison, le Doge a très certainement estimé qu’il ne méritait pas une place dans son palais.

Federico di Lorenzo : Vous vous méprenez, mon ami Armando Menicacci vient de la Ligue de Montalvo, il est arrivé ce matin et n’a tout simplement pas eu le temps de demander une invitation. Invitation que le Doge n’aurait pas manqué d’accepter.

Réceptionniste : Je ne peux rien pour votre ami, il devra rester à l’extérieur du Palais. Il lui reste toujours la fête organisée sur la Place San Marco pour profiter de la soirée s’il le souhaite.


Un des gardes postés à l’entrée du palais, voyant les discussions devenir tendues, se rapprochait .


Federico di Lorenzo : [Murmurant à l’oreille du réceptionniste] Écoutez, si vous ne souhaitez pas vous retrouver sans travail, je vous suggère de ne pas vous opposer à moi. Il serait dommage que le Doge apprenne qu’il a perdu le soutien d’une partie du Sénat simplement en raison de la maladresse de son réceptionniste qui a refoulé l’invité de la plus éminente famille patricienne de la Sérénissime.


Le réceptionniste se raidit et resta figé. Sentant le garde arriver dans son dos, il s’empressa de répondre.


Réceptionniste : Mais oui ! Bien sûr ! Armando Menicacci, c’est écrit juste là, en bas de la liste ! Comment ai-je pu ne pas le voir ? Veuillez me pardonnez Signor di Lorenzo. Je vous en prie, entrez tous les deux…


Ils passèrent sous le regard suspicieux des gardes qui avaient été témoins de la scène. Laissant leurs sueurs froides sur les marches du perron, ils entrèrent. Une fois à l’intérieur, il leur était impossible de reconnaître le doge parmi la foule de déguisés. Le capitaine de l’inquisition pontificale se croyait transporté dans une autre époque : de petits orchestres jouaient dans chacune des salles du palais, salles qui étaient bondées d’oisifs parés de vêtements que l’on ne portait plus depuis des siècles. L’enquêteur mesura alors la difficulté de la tâche qui était la sienne : identifier Enrico Dandolo qui pouvait se trouver n’importe où dans le palais et caché sous n’importe quel masque.

Se séparant du sénateur di Lorenzo, il allait et venait de salle en salle et chaque fois qu’il pensait apercevoir la silhouette d’un vieillard sous un déguisement, il tentait de s’en approcher. Il s’immisçait dans les parties de cartes, se joignait aux discussions et invitait même des dames à danser pour mieux identifier les danseurs sur la piste. Sénateurs, amiraux, rentiers… Nombreux étaient les hommes d’âge mur mais il enchaînait les déceptions. Rapidement, il ne parvint plus à savoir quels étaient ceux qui avait déjà été approchés et ceux qui ne l’avaient pas été. Le doge était introuvable. À mesure que la nuit avançait, les futs se vidaient et les convives, avinés, en perdaient leur bonne tenue. Les plus sobres se contentaient d’embrassades vigoureuses. Mais l’inquisiteur fut le témoin de scènes beaucoup moins sages, plusieurs femmes ayant laissé tomber leur déguisement. Certains avaient la décence de s’isoler, quand d’autres, hommes ou femmes, jeunes et moins jeunes, se plaisaient à exposer leur corps nu aux yeux de tous. Le capitaine Menicacci se trouvait dans la situation inconfortable d’un homme sobre et chaste au milieu d’une horde de soulards en quête de plaisirs sexuels. Il n’avait certes pas pu observer le doge, mais il n’en restait pas moins que celui-ci cautionnait une telle concupiscence à l’intérieur de son palais et peut-être même y participait-il, caché derrière un masque.

Alors qu’il s’apprêtait à renoncer à poursuivre son enquête dans le palais, une vive explosion venue du ciel fit trembler les vitres : le feu d’artifice commençait. Il se souvint alors que pendant toute la durée du carnaval de Siracuzzia, des feux d’artifice étaient tirés du coucher du soleil jusqu’aux premières heures du matin. Dès les premiers tirs, la foule de convives se rua vers les fenêtres du palais qui donnaient sur la Baie de Siracuzzia. On y admirait le spectacle mieux qu’ailleurs. Tous avaient les yeux rivés vers le ciel. Tous, sauf
un petit groupe d’oisifs désintéressés par le spectacle, sans doute parce qu’habitués à une telle vue. Contrairement à la masse des invités, ils se dirigeaient vers l’intérieur du palais. Le capitaine Menicacci les prit en filature. Il distinguait dans ce groupe deux jeunes femmes à moitié dénudées et trois hommes. La chevelure blanche de l'un de ces derniers trahissait son âge. Le groupe, profitant de l’inattention du reste des convives, en profita pour quitter la salle. Ils se dirigèrent vers un escalier à l’entrée duquel se tenaient deux gardes républicains. Le plus âgé des trois hommes ôta son masque pour se faire identifier par les gardes qui le laissèrent passer, suivi des jeunes hommes et femmes. Menicacci en était persuadé : il s’agissait du Doge. Son enquête dans le palais ducal semblait donc avoir porter ses fruits.

Mais l’inquisiteur était de nature très rigoureuse et ne laissait jamais subsister la moindre parcelle de doute. Après avoir quitté le palais, il patienta toute la nuit près de l’entrée du personnel qu’il avait identifié sur les photos fournies par les membres de l’Ordre de Saint-Marc. Peu avant que le campanile de la Cathédrale San Marco sonne les douze coups de midi, un jeune homme sortit de la porte isolée. Il fut suivi successivement par deux jeunes femmes et un autre homme, partis séparément, dans le plus grand des secrets. Un secret qui s’apprêtait sans doute à ne plus en être un : le Doge de Siracuzzia organisait et participait, confiné dans son palais, à de véritables orgies, avec la complicité silencieuse de ses convives. Un élément qui attirera sûrement l'intérêt du Très Saint Père...

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 Sujet du message : Re: Activités internes
Message Publié : Lun Mars 13, 2017 12:49 am 
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La Sainte purification


Épisode 4


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Armando Menicacci avait jugé utile de s’accorder quelques heures de répit. Pour s’aérer l’esprit, il se promenait près du petit port de Burani, depuis lequel on apercevait l’île de Rialti à quelques kilomètres de distance. Le regard dans le vide, il se remémorait les scènes consternantes dont il avait été témoin le soir de l’ouverture du carnaval de Siracuzzia. Les questions se bousculaient dans son esprit. Comment le Saint-Père allait-il réagir face à cette découverte ? Le Grand Inquisiteur ignorait-il vraiment ces pratiques ? Et qui étaient ces gens avec qui le doge passait certaines de ses nuits : de simples amants, des courtisans ou pire encore ? Le Capitaine voulait en savoir plus. Dès son retour à la paroisse de Burani, on lui transmit une lettre frappée du sceau du Saint-Siège. Le camerlingue répondait au rapport d’enquête envoyé par le capitaine à la suite de son excursion anonyme dans le Palais des Doges. Les ordres étaient clairs : poursuivre l’enquête et mettre en place un véritable réseau d’espions et d’alliés sur lequel le Saint-Siège pourrait s’appuyer. Le camerlingue demandait également d’orienter l’enquête sur l’Ordre de Saint-Marc, souhaitant s’assurer de la nature réelle de leurs motivations dans cette enquête. Une mission très périlleuse, celle-ci consistant à espionner ses propres hôtes.

Sans perdre davantage de temps, le capitaine regagna sa chambre dans laquelle se trouvaient les bagages rapportés du Saint-Siège. Fouillant à l’intérieur de l’un d’eux, il en sortit une curieuse caisse en métal verrouillée d’un cadenas. Il n’eut qu’à tâtonner l’intérieur de son manteau pour en trouver la clé dans une poche dissimulée. Manifestement, il ne tenait pas à ce que le contenu de cette caisse se trouve en de mauvaises mains. Il en extirpa de petits appareils électroniques : un système d’enregistrement sonore des plus discrets. Une technologie dans laquelle le Saint-Siège avait récemment investi au profit de ses enquêteurs. Il prit grand soin de verrouiller à nouveau la caisse métallique avant de la dissimuler au cœur d’un bazar de bibelots dans une valise. Armando se rendit dans plusieurs lieux stratégiques de la paroisse pour y installer secrètement ses micros. Le dernier d’entre eux devait être dissimulé dans le bureau du curé de la paroisse : Italo Genezzio. Armando savait de lui qu’il était l’un de ceux que l’on appelle « grands-maîtres », à la tête de l’Ordre de Saint-Marc. Il frappa plusieurs fois à la porte du bureau. Après avoir silencieusement fermé la porte derrière lui, il s’assura que la pièce était vide de toute présence humaine. Il chercha ensuite le meilleur emplacement pour enregistrer les conversations du curé. Jugeant les placards, les rideaux et la bibliothèque trop visibles, il opta finalement pour le dessous du bureau qui était situé au centre de la pièce : un emplacement idéal pour capter au mieux les conversations qui s’y tiendraient. Alors qu’il venait d’installer le micro au moyen d’un adhésif rudimentaire, Armando entendit la poignée s’abaisser. Impossible, de s’échapper : il allait falloir s’expliquer. Le capitaine eut tout juste le temps de se ruer sur la bibliothèque et d’attraper un livre. Le curé entra et ne cacha pas sa surprise de voir que l’inspecteur pontifical s’était introduit dans son bureau en son absence. Impassible et très bon acteur, Armando feinta de ne pas être mal à l’aise. L’inverse aurait laissé penser qu’il complotait contre le curé, il adopta donc un comportement très naturel.


Armando Menicacci : [faisant mine de lever les yeux du livre qu’il tient dans les mains] Ah ! Vous voilà Italo, je vous attendais.

Italo Genezzio : Vous m’attendiez ? J’ose espérer que… [se penchant pour pouvoir lire le titre du livre] … ce recueil de prières a rendu votre attente moins ennuyeuse.

Armando Menicacci : L’attente n’a rien d’ennuyeux pour un homme aussi occupé que moi, hélas. Voyez-y plutôt un moment de répit, idéal pour feuilleter le moindre livre que l’on a sous la main et s’évader l’espace d’un instant du moment présent.

Italo Genezzio : En quoi puis-je vous être utile Signor Menicacci ?

Armando Menicacci : J’aurais besoin de votre aide pour identifier les personnes figurant sur les photographies que vous m’aviez transmises à mon arrivée. Pour poursuivre mon enquête, je vais avoir besoin d’en apprendre plus sur ces personnes qui côtoient le doge dans l’intimité.

Italo Genezzio : Montrez-moi ces photos.


Par chance, le capitaine les avait sur lui, évitant ainsi d'éveiller tout soupçon sur l'objet réel de sa présence dans le bureau.


Italo Genezzio : [Examinant les clichés tendus par le capitaine] Hmm… Ces personnes ne m’évoquent absolument rien. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’elles ne sont pas liées de près ou de loin avec l’Église. Mais Siracuzzia est petite, vous trouverez facilement des gens qui reconnaîtront ces personnes. À voir leur style vestimentaire, je pense qu’il s’agit de nobles ou de bourgeois. J’imagine mal des roturiers de petite situation se vêtir aussi chiquement. Vous devriez retourner voir Francesco di Lorenzo à la Citta, il connait pour ainsi dire toutes les familles influentes de Siracuzzia. Avec un peu de chance, il reconnaîtra ces individus.

Le soleil se couchait sur la paisible île de Burani. Le capitaine regagna sa chambre et ne la quitta que le lendemain aux aurores, embarquant sur le premier vaporetto de la journée à destination de la capitale.

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Message Publié : Dim Mars 19, 2017 12:41 am 
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Épisode 5


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Deux heures durant, le capitaine Menicacci était resté vissé sur son siège dans le vaporetto, bras croisés. Son corps basculait d’un côté puis d’un autre sous l’effet du clapot, à l’instar des autres passagers avec lesquels, parfaitement synchronisé, il exécutait sans le vouloir une sorte d’improbable chorégraphie. En plus de subir les secousses des vagues formées par le vent, Armando et le reste des passagers avaient ceci en commun, qu’ils affichaient la même mine crispée : rares étaient ceux qui s’avéraient capables de supporter l’effroyable bruit émis par les vieux moteurs crasseux au moyen desquels le bateau exécutait sa lente et éprouvante trajectoire sur les eaux claires des côtes siracuzzaines. Mais le supplice arrivait bientôt à son terme : se dessinait au loin la silhouette des quartiers les plus excentrés de la Citta de Siracuzzia. Pressé de regagner la terre ferme – à considérer que la Citta en fût une -, Armando bouscula tous les passagers devant lui et se plaça en tête de file à l’approche de la gare maritime. Cette dernière était située à proximité de la place San Marco, lieu rendu mythique par la présence conjointe de l’imposant Palais des Doges et de la magistrale Cathédrale San Marco, dont Armando apercevait la moitié haute du campanile. Il était encore tôt et les canaux grouillaient pourtant déjà de bateaux, parmi lesquels ce vieux vaporetto en provenance de Burani qui transportait l’enquêteur pontifical et dont le ronronnement de la mécanique contribuait au bourdonnement général de la Citta. Dès l’instant où le bateau avait rallié les embarcadères de la gare maritime, le capitaine s’empressa de fuir l’agitation des rives du grand canal. Mallette en main et muni de l’adresse fournie par le Curé de la paroisse de Burani, il s’enfonça dans les rues piétonnes du vieux centre.

Pas après pas, le grondement des flux incessants de bateaux devint bruissement avant de n’être plus que soupir. La distraction offerte par la splendeur des palais flottants mit à l’épreuve le sens de l’orientation de l’inquisiteur. Rapidement, il rencontra une première impasse sur sa route et se trouva piégé par les serpents d’eau qui quadrillaient la ville. Impossible de traverser, il lui fallait trouver le ponceau le plus proche. Naïvement, il pensait pouvoir retrouver son chemin en détournant son itinéraire. Mais c’était mal connaître le véritable labyrinthe que constituaient les ruelles du cœur de la Citta. Évidemment, il se perdit. Mais, se perdre dans les vieux quartiers de la capitale avait quelque chose d’agréable. Les rues étaient d’un silence quasi-religieux dont le calme n’était interrompu que par le bruit occasionnel de bateaux regagnant le grand canal en remontant prudemment d’étroits couloirs d’eau manifestement inadaptés aux nouveaux moyens de transport motorisés. Comme souvent depuis son arrivée à Siracuzzia, l’inquisiteur se trouvait parfaitement dépaysé. Ni les paysages ni le mode de vie siracuzzains n’avaient leur pareil. Si bien que pour Armando, comme pour la plupart des visiteurs, ce type d’excursion dans la Citta prenait rapidement des allures de safari. Une impression renforcée lorsque, lassé des culs-de-sac, l’inquisiteur pontifical demandait son chemin aux quelques habitants qui voulaient bien lui accorder leur attention. Les plus vieux d’entre eux parlaient avec un accent insulaire si effroyable qu’il lui était impossible de comprendre ne serait-ce qu’un mot de ce qu’ils disaient. Suivant autant qu’il le pouvait les indications approximatives qu’on lui donnait, il arriva, presque par hasard, à destination : le Sénat. Le bâtiment était si grand qu’il constituait un îlot à lui tout seul : un géant de pierre cerné de canaux. Un petit pont, bâti suffisamment haut pour permettre aux bateaux de circuler par-dessous son arche, reliait l’entrée de l’édifice à une grande place : il Campo dei Senatori. L’endroit contrastait avec l’étroitesse et le calme des ruelles alentour. La Place des sénateurs était très vivante, notamment grâce aux commerces qui s’y trouvaient : des boulangeries parmi les plus réputées de la ville, des épiceries, des restaurants, des bars... Le matin, on y buvait le café avant d’entamer une longue journée de travail. Le soir, les musiciens prenaient la place d’assaut, au plus grand plaisir des couples d’amis qui, venus savourer en terrasse quelques apéritifs, continuaient toutefois de garder un œil sur leurs enfants partis jouer plus loin sur la place.

Bien que séduit par le caractère pittoresque du Campo dei Senatori, Armando ne s’y attarda pas davantage. Il se rendit jusqu’à l’entrée du Sénat de part et d’autre de laquelle des gardes républicains se tenaient, impassibles. L’allure improbable que leur donnait l’armure et l’arme d’hast tantôt prêtait à sourire tantôt faisait frémir. Une chose était néanmoins certaine : ils n’avaient aucun humour et, sous la cuirasse, se cachaient de véritables combattants. L’entrée du Sénat débouchait sur une grande galerie décorée de gigantesques fresques retraçant l’histoire de la République Sérénissime et dont on imaginait aisément la grandeur du peintre qui en était l’auteur. Au bout de la galerie, un escalier menait aux bureaux des sénateurs. Au deuxième et dernier étage, l’inquisiteur y trouva le bureau de Francesco di Lorenzo, le sénateur qui lui avait permis de s’introduire anonymement dans le Palais des doges le soir de l’ouverture du Carnaval de Siracuzzia. Une fois de plus, il allait certainement pouvoir lui apporter son aide. Armando avançait dans le couloir, scrutant une à une les plaques vissées aux portes sur lesquelles étaient gravés des noms de sénateurs. L’une d’elle indiquait « Senatore di Lorenzo ». Il y frappa et, aussitôt, une voix à l’intérieur l’invita à entrer.



Federico di Lorenzo : Ah ! Saluti, Armando ! Comment allez-vous depuis l’autre soir ?

Armando Menicacci : Eh bien ma foi, comme un inspecteur qui n’en est qu’au début de son enquête.

Federico di Lorenzo : Vous n’avez toujours pas avancé ?

Armando Menicacci : Si, bien sûr que si, mais disons que mes recherches s’approfondissent.

Federico di Lorenzo : [il s’allume une cigarette] Et que me vaut l’honneur de votre visite ?

Armando Menicacci : [il sort les photographies de sa mallette] Pour les besoins de l’enquête, j’aurais besoin d’identifier ces personnes. Italo Genezzio, le curé de la paroisse de Burani, m’a conseillé de m’en remettre à votre incomparable réseau de connaissances.

Federico di Lorenzo : Italo a eu raison, il n’y a pas une seule grande famille de ce pays, patricienne ou bourgeoise, que je ne connaisse pas. Voyons voir ces photographies… [il saisit les clichés]

Armando Menicacci : À ce propos, je m’interrogeais sur la nature de vos liens avec Italo Genezzio. Vous êtes tous deux membres de l’Ordre, si je ne m’abuse ?

Federico di Lorenzo : [il pose la première photographie et passe à la suivante] Ce n’est pas une chose que l’on crie sur tous les toits mais c’est exact. Nous servons l’Ordre depuis un certain temps.

Armando Menicacci : Vous faîtes plus que le servir, il me semble… vous le dirigez également, non ?

Federico di Lorenzo : [il relève la tête des photos et expire un nuage de fumée] Vous êtes très bien informé monsieur l’inquisiteur pontifical. Tant est si bien que j’ai le sentiment d’être soudainement devenu un suspect.

Armando Menicacci : Absolument pas, j’ai simplement besoin de mieux comprendre les liens entre toutes les personnes qui font partie de cette enquête, de près ou de loin. L’Ordre de Saint-Marc est une institution difficile à cerner et en apprendre plus sur ses composantes me permettrait certainement de voir plus clair sur les différents réseaux d’influence qui s’opposent.

Federico di Lorenzo : [il se repenche sur les clichés] Je n’ai rien de particulièrement intéressant à vous révéler. Italo et moi-même faisons partie du collège des grands-maîtres de l’Ordre. Lui sert l’Église à travers sa dévotion et promeut nos valeurs chrétiennes autant que faire se peut dans ce pays aux portes de la déviance. Et en ce qui me concerne, je mets à profit mon statut de sénateur pour défendre les intérêts de notre Église au cœur-même des institutions de la République, accompagné d’une poignée d’autres grands-maîtres sénateurs.

Armando Menicacci : C’est donc grâce à votre travail au sein du Sénat et à votre réseau au sein de la noblesse que vous parvenez à empêcher Enrico Dandolo de changer le statut de l’Église à Siracuzzia. Je me trompe ?

Federico di Lorenzo : [il passe à la troisième photographie] On peut dire les choses ainsi, oui. Mais depuis que le Saint-Père a nommé Monseigneur Moraglia à la tête de l’Inquisition siracuzzaine, la menace ne vient plus seulement du palais des doges, elle vient aussi de la Cathédrale San Marco. C’est pour cette raison que nous nous avons sollicité, Signor Menicacci. [Il tend les photographies à Armando] … Et pour ce qui est de vos hommes, je ne vois absolument pas de qui il peut s’agir. Je suis presque certain qu’ils ne sont membres d’aucune grande famille siracuzzaine. Soit il s’agit d’étrangers, soit il s’agit de petites gens.

Armando Menicacci : [frottant les poils gris de sa barbe] Hmm… C’est vraiment étrange. Ces hommes-là sont très sérieusement suspectés d’avoir eu des relations sexuelles avec Enrico Dandolo. Mais… vous me dîtes qu’ils ne sont pas membres d’une famille influente siracuzzaine. Je me demande comment le doge a pu faire leur rencontre. Lui arrive-t-il de côtoyer des personnes qui n’appartiennent pas aux grandes familles ?

Federico di Lorenzo : Absolument pas. Le doge vit cloîtré dans son palais et n’en sort que lorsqu’il s’en trouve obligé. Les patriciens eux-mêmes ont toutes les difficultés à pouvoir entrer dans le Palais des doges, alors je vois mal comment des gens de petite condition pourraient y parvenir. D’autant que, de façon générale, le doge est un pur produit de l’aristocratie : il fait souvent preuve de mépris envers les roturiers, à moins qu’ils n’appartiennent à la haute bourgeoisie.

Armando Menicacci : Je vois… Bien. Merci de vos réponses. Je vais poursuivre mes recherches.


En quittant le Sénat, l’inquisiteur pontifical eut une idée. Essayant tant bien que mal de se souvenir du chemin qui l’avait amené jusqu’au Sénat, il tenta de se rendre à la Place San Marco. Après plusieurs tentatives, il parvint à destination. Au sortir d’une étroite ruelle, un nouveau visage de Siracuzzia s’offrait à lui. La ruelle débouchait sur une immense place pavée de pierres très anciennes. Des hordes de touristes avaient envahi les terrasses de restaurants davantage réputés pour leurs prix que pour la qualité de leurs plats. Grillant sous un soleil de plomb, les nombreux vacanciers attendant de pouvoir grimper en haut du campanile de Saint-Marc formaient une marée humaine devant la façade de la Cathédrale San Marco. Les alentours du palais des doges grouillaient eux aussi de touristes, au comportement parfois irrespectueux. Les gardes républicains en arrivaient parfois à rappeler à l’ordre les plus téméraires d’entre eux. À mi-chemin entre le parc d’attraction et la station balnéaire, Siracuzzia souffrait parfois de sa nouvelle stratégie économique très fortement axée sur le tourisme de masse. Armando avait du mal à croire qu’il était dans la même ville que lorsqu’il s’était perdu dans les petites ruelles romantiques et silencieuses du vieux centre. Regagnant ses esprits, il se plaça à proximité de la sortie dérobée du Palais des doges – celle qui servait habituellement au personnel –, comme ce fut le cas également au soir du premier jour du Carnaval de Siracuzzia. Par chance, le doge fricotait peut-être avec un nouvel amant et Armando aurait l’occasion d’aborder ce dernier une fois celui-ci sorti.

Il s’écoula une heure, plusieurs heures, une après-midi sans que la porte ne bougeât. Assailli par la faim, Armando renonça et partit en quête de nourriture. Traînant des pieds, il commençait à douter de l’authenticité des photographies qu’on lui avait transmis. Il trouvait très étrange que personne ne sache qui étaient ces hommes dans ce minuscule archipel où tous les puissants se fréquentent. Comment, dès lors, les amants du doge pouvaient passer inaperçus ? Il regagnait la place San Marco et, alors que les questions fusaient dans son esprit, il entendit avec fracas une porte se refermer. L’inquisiteur pontifical retourna immédiatement près de la sortie dérobée et il y vit deux d’employés du palais. Des petites gens qui n’avaient pas le profil recherché. Il hésita un instant à les interpeler, craignant de mettre en péril le secret de son enquête. En dépit des risques, il préféra en avoir le cœur net.



Armando Menicacci : Scusi signori ! [Les employés se retournent et adressent un regard interrogateur à l’inspecteur] Je suis à la recherche de cet homme [il prend une des photographies dans sa mallette]. La photographie a été prise ici, peut-être l’avez-vous vu ?

Une employée : [Elle regarde son collègue puis s’adresse à Armando] Excusez-moi, mais qui êtes-vous au juste ?

Armando Menicacci : Mon nom est Armando Menicacci, je suis détective privé. Cette personne est en litige avec mon client et j’ai besoin de la localiser.

Une employée : À vrai dire je ne me souviens que de son accent. Il ne pouvait s’agir que d’un montalvéen. Je l’ai croisé à plusieurs reprises au palais, mais il ne fait pas partie du personnel il me semble. En vérité on sait assez peu de choses sur lui, ça fait au moins trois semaines qu’on ne l’a pas vu ici. Vous devriez aller le chercher dans le quartier des épiciers, c’est là que vivent la plupart des étrangers.


Ainsi l’enquête avançait. Les photographies étaient authentiques et l’un des hommes y figurant se trouvait très probablement au Sud de la Citta. Armando remercia ses interlocuteurs et se mit en route vers sa nouvelle destination, laquelle, espérait-il, lui permettra d’en savoir plus sur l’identité des prétendus amants du doge.

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 Sujet du message : Re: Activités internes
Message Publié : Dim Mars 26, 2017 4:59 am 
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La Sainte purification


Épisode 6


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Les quartiers du Sud de la Citta n’étaient pas bien connus du grand public. Ces quartiers s’étaient développés à l’époque de l’apparition du prolétariat, en parallèle de l’industrialisation de la Sérénissime. D’aucuns conseillaient les visiteurs de se tenir à l’écart de cette partie de la ville, pas seulement en raison de l’absence de site culturel. Les habitants du reste de la Citta évitaient le « quartier des épiciers » – comme on avait coutume de l’appeler – en raison de la population infréquentable qui s’y trouvait. Il ne s’agissait pas seulement d’ouvriers ou d’ivrognes – bien que les deux étiquettes allassent souvent de pair –, on y croisait également des chefs de bande, des prostituées, des orphelins dont on avait malencontreusement oublié de déclarer l’emploi… Il s’agissait d’un véritable repère à roturiers peu recommandables ; un bassin de pauvreté dans lequel avait été soigneusement confiné tout ce qui devait être caché aux yeux du monde. Le seul attrait du quartier des épiciers était la faible valeur locative des habitations qui s’y trouvaient. Celle-ci était due à divers facteur : insécurité, problèmes de propreté, bâtiments délabrés, etc. Mais cette faiblesse de la valeur locative permettait aux étrangers peu fortunés de trouver un logement dans la Citta à coût abordable, comme cela semblait être le cas pour l’homme recherché par le capitaine de l’inquisition pontificale.

Lorsqu’Armando Menicacci arriva dans le quartier des épiciers, isolé du reste de la ville par un très large canal – le Canal Grande –, le soleil avait commencé sa lente descente vers l’autre côté de l’horizon. Montrant la photo de l’amant supposé du doge, il interrogeait les passants dans l’espoir qu’on puisse le conduire à lui. Sur sa route, il croisa des mendiants pour la première fois depuis son arrivée dans l’Archipel. Le temps s’écoulait sans qu’il ne trouvât une seule trace du jeune homme recherché. Alors que le ciel se faisait de plus en plus obscur, les vieux réverbères électriques s’illuminèrent un à un. Après plusieurs minutes d’errance, il attînt la principale artère du quartier des épiciers : la strada dei lavoratori.


-> Ambiance sonore suggérée <-

Il s’agissait d’une rue pavée aux bâtiments assez vétustes mais non moins fréquentée et bouillonnante. Il s’y enfonça et se mêla à la foule de passants. Cette rue était nettement plus vivante la nuit que le jour : elle était un lieu de rassemblement pour les prolétaires, qui s’y réunissaient massivement au sortir de l’atelier ou de l’usine, au terme d’une éprouvante journée de travail. Armando scrutait les passants un à un. Les locaux lui semblaient bien moins chaleureux que lors de son passage dans le centre-ville. Les habitants le dévisageaient en retour, assez peu habitués à croiser dans ce quartier des personnes de si bonne tenue et si richement vêtues. Il n’eut finalement pas à chercher bien longtemps puisqu’il aperçut à l’intérieur d’un vieux pub un homme ressemblant fortement à celui figurant sur la photographie : grand, cheveux bruns coupés courts, au teint halé. Il était habillé dans un style très bourgeois, contrairement aux gens qui l’entouraient. Armando l’observa pendant un long moment depuis l’extérieur par une des fenêtres du pub. Sa cible était attablée, accompagnée d’un homme d’une cinquantaine d’année. En observant plus attentivement, le capitaine crut apercevoir un échange très furtif de billets entre les deux hommes. Le quinquagénaire passa alors sa main sous la table et caressa discrètement la cuisse du plus jeune, pendant que ce dernier rangeait l’argent dans la poche intérieure de sa veste. Quelques secondes plus tard, les deux hommes se levèrent de table et quittèrent le pub. Armando les prit en filature.

Tapi parmi les passants, il les suivit à seulement quelques mètres de distance. Un peu plus loin dans la rue, les hommes entrèrent dans une vieille et imposante habitation. On devinait assez facilement qu’il s’agissait d’une résidence. Armando s’attabla en terrasse dans une pizzeria située un peu plus loin dans la strada dei lavoratori. De sa position, il apercevait non seulement l’entrée mais également les fenêtres des appartements donnant sur la rue. L’une des fenêtres du premier étage s’illumina et un homme vint tirer les rideaux : Armando crut reconnaître son suspect. Il faisait désormais assez peu de doute : l’homme qu’il recherchait offrait des prestations à caractère sexuel. Le capitaine en était persuadé.

Près d’une demi-heure plus tard, alors qu’il terminait de déguster la pizza qu’il avait commandé en attendant que l’un des hommes quitte la résidence, la porte s’ouvrit. Le plus vieux des deux en sortit. Il n’avait pas encore perdu les rougeurs causées par l’effort et semblait encore transpirant. Armando le laissa filer. Ce n’était pas lui qu’il cherchait. Patientant encore quelques minutes, le jeune homme finit par sortir également. Pendant qu’il s’allumait une cigarette, le capitaine s’approcha. Ils se retrouvèrent face à face et le jeune homme, surpris par la fière allure d’Armando, lui lança un regard interrogateur.



Le jeune homme : Vous vous êtes perdu, signor ?

Armando Menicacci : Absolument pas, je suis au bon endroit, je crois.

Le jeune homme : Alors peut-être puis-je vous aider ?

Armando Menicacci : [il se rapproche de lui et lui répond à voix basse] Effectivement. Mais nous devions faire cela… en privé.


Le capitaine sortit discrètement de sa poche une liasse de billets. Ne connaissant pas les tarifs habituels pratiqués pour ce genre de prestations, il se montra particulièrement généreux en vue de s’assurer de la coopération du « prestataire ». Ce dernier eut un moment d’hésitation, si bien qu’Armando crut un instant avoir fait erreur sur les activités de la personne. Mais, après avoir vérifié que personne ne les observait, le jeune homme prit l’argent puis invita Armando à le suivre dans la résidence.

Fin de l’ambiance sonore suggérée

Après avoir refermé la porte d’entrée derrière lui, l’inquisiteur pontifical le suivit dans le hall d’entrée. Ils empruntèrent un escalier en bois délabré et très étroit. Le moindre de leur pas provoquait des grincements effroyables. Une fois au premier étage, le jeune homme ouvrit la porte et invita l’inspecteur à rentrer. Armando verrouilla la porte derrière son passage et subtilisa la clé, discrètement. Il ne se passa pas une minute que l’homme avait déjà ôté son pantalon.


Le jeune homme : Bon, j’ai une heure devant moi et pas une minute de plus. Vous voulez qu’on fasse les préliminaires ou on passe directement aux choses sérieuses ?

Armando Menicacci : En fait, je préfèrerais que vous remettiez votre pantalon.

Le jeune homme : [Il rit et ôte ses sous-vêtements] Ce sera plus difficile habillé, signor !

Armando Menicacci : [Détournant le regard] Je ne plaisante pas. Rhabillez-vous, sur le champ.

Le jeune homme : [Il commence à comprendre qu’il n’a pas à faire à un client habituel] Attendez, qui êtes-vous au juste ? Je crois qu’il y a un malentendu…

Armando Menicacci : Il n’y a absolument aucun malentendu. Dîtes-moi d’abord votre nom et je vous donnerai les explications qui s’imposent.

Le jeune homme : Écoutez, j’ignore qui vous êtes mais je …

Armando Menicacci : Ne rendez pas les choses plus compliquées. Votre nom ?

Le jeune homme : [Il se méfie, il a peur d’être dénoncé aux inquisiteurs s’il donne son nom] Je m’appelle Giuseppe.

Armando Menicacci : Giuseppe est un prénom, je veux votre nom.

Giuseppe : [Il se dirige vers la porte] Bon ça suffit, sortez d’ici ! [Il s’aperçoit que la clé a disparu] Qu’est-ce que…

Armando Menicacci : N’ai-je pas payé pour avoir une heure de votre temps ?

Giuseppe : Reprenez votre argent et tirez-vous !

Armando Menicacci : Non, non, gardez cet argent. Si c’est la pauvreté qui vous a poussé à la prostitution, je préfère autant que vous le gardiez, il vous en délivrera l’espace de quelques jours.

Giuseppe : Je ne comprends pas ce que vous me voulez.

Armando Menicacci : Je ne vous veux que du bien, rassurez-vous. Pour le moment j’attends simplement un nom.

Giuseppe : [Il marque un temps d’arrêt] … Calabrese. Je m’appelle Giuseppe Calabrese.

Armando Menicacci : D’où venez-vous Giuseppe Calabrese ?

Giuseppe Calabrese : En quoi cela vous intéresse-t-il ? Vos questions sont stupides.

Armando Menicacci : Votre travail serait plus agréable si tous vos clients se contentaient de poser des questions aussi simples que les miennes. Alors pourquoi ne pas en profiter ? J’insiste, d’où venez-vous ? L’accent insulaire des siracuzzains m’irrite les tympans mais je ne le retrouve pas chez vous.

Giuseppe Calabrese : Sant’Ambrogio.

Armando Menicacci : Je ne connais aucune ville sur cet archipel qui porte un tel nom.

Giuseppe Calabrese : C’est une ville de Nazalie. Puis-je savoir qui vous êtes et ce que vous me voulez ?

Armando Menicacci : Nazalie ? Intéressant. Pourquoi être venu à Siracuzzia ? Y aurait-il un problème de clientèle au Montalvo ?

Giuseppe Calabrese : Ca suffit, je ne répondrais plus à vos questions tant que vous ne répondrez pas aux miennes.

Armando Menicacci : Très bien. Qui suis-je ? Armando Menicacci, capitaine de l’office inquisitoire du…

Giuseppe Calabrese : [Il le coupe] Figlio di puta ! Je savais que c’était un piège ! [Il pousse violemment l’inquisiteur] L’inquisition vous a envoyé pour m’espionner, hein ! Maintenant que vous avez suffisamment d’informations pour me faire la peau, je vous préviens, je ne me laisserai pas faire, vous ne sortirez pas vivant de cette chambre !

Armando Menicacci : Calmez-vous à la fin ! Je vous assure que je ne vous veux aucun mal. Je ne suis pas sous les ordres de l’inquisition siracuzzaine. Je suis envoyé par le Saint-Siège, je mène une enquête sous les ordres du Saint-Père. Il se fiche de vos activités peu recommandables.

Giuseppe Calabrese : Une enquête ? Le Saint-Siège mène une enquête à Siracuzzia ? Vous dîtes n’importe quoi, je ne vous crois pas. Les enquêtes sont menées par le Grand Inquisiteur. Ici, le pape n’a aucun pouvoir.

Armando Menicacci : L’inquisition siracuzzaine ignore tout de cette enquête. Tout comme le doge. Le Saint-Père a décidé d’agir dans le secret. Puis-je m’assurer de votre silence à ce sujet ?

Giuseppe Calabrese : Tout cela me parait surréaliste. Qu’est-ce que vous venez chercher à Siracuzzia ?

Armando Menicacci : C’est là tout l’intérêt de cet entretien. Nous suspectons le doge de concupiscence, d’invitation à la débauche, de sodomie et de pédérastie. Dans le cadre de mon enquête je me suis procuré cette photographie… [Il présente la photographie] Est-ce bien vous que l’on voit sortir par l’arrière du palais ducal ?

Giuseppe Calabrese : [Il regarde la photo] Je ne veux pas être mêlé à toute cette affaire. J’ai déjà suffisamment d’ennuis.

Armando Menicacci : Au contraire, vous aurez beaucoup d’ennuis si vous ne coopérez pas, croyez-moi. L’enquête est suffisamment avancée pour que le Saint-Père décide de la rendre publique. Lorsque l’inquisition siracuzzaine se saisira de l’affaire, vous serez inéluctablement mis en cause par cette photographie. Vous serez condamné. Avec un peu de chance, vous vous en sortirez avec une peine d’emprisonnement. Mais si vous coopérez, je vous couvrirai.

Giuseppe Calabrese : [Il réfléchit] Ce n’est pas la prison qui m’effraie. Ce qui m’effraie, c’est ce dont le doge est capable.

Armando Menicacci : Vous admettez donc être cette personne sur la photo et avoir eu des relations avec le doge ?

Giuseppe Calabrese : [Silence de plusieurs secondes] Je… je ne peux pas répondre. Il me surveille, il finira par apprendre que vous êtes venu. Ses hommes vous ont peut-être suivis.

Armando Menicacci : Le doge vous surveille ? Pour quelle raison ?

Giuseppe Calabrese : [Il soupire] De toute façon je ne peux plus reculer désormais… Bon. Je n’ai plus vraiment le choix. Alors, puisque vous voulez tout savoir, il y a cinq ans, lorsque j’habitais encore à Sant’Ambrogio, un client siracuzzain dont j’ignore le nom m’a proposé de rejoindre la Citta pour y offrir mes services aux patriciens de la Sérénissime. Le tout moyennant une belle somme d’argent. Une offre qui ne se refuse pas. Nous sommes une dizaine de nazaliens à avoir accepté. Nous vivons désormais confortablement dans la Citta et le doge fait appel régulièrement à nos services, notamment lors des fêtes privées qu’il organise dans son palais. Nous sommes évidemment rétribués généreusement. Alors oui, je suis bien la personne sur cette photo. Oui, le doge est coupable de ce que vous lui reprochez. Et c’est bien ce qui m’inquiète. Je redoutais ce moment. Depuis que nous sommes arrivés à la Citta, nous vivons sous deux menaces permanentes. La première est celle de l’inquisition siracuzzaine qui, si elle apprenait la nature de nos activités, se ferait un plaisir d’avoir notre peau. La deuxième est celle du doge qui, soucieux de nous faire garder le secret, nous fait surveiller en permanence par ses hommes de main. Il veut s’assurer que nous ne cherchions pas à le nuire en dévoilant son vrai visage. Ces hommes me font peur, ils sont vraiment prêts à tout. Un ami, également au service du doge, a disparu il y a quelques années. Tout me laisse croire qu’il a été éliminé. Sans doute avait-il été repéré par l’inquisition siracuzzaine et le doge a voulu prendre les devants. Par peur, j’ai cherché à repartir en Nazalie mais on nous en empêche. Maintenant que nous sommes dans le secret, le doge tient à garder un œil sur nous. Comprenez-vous pourquoi votre présence ici me met en danger ? Si jamais le doge apprenait que… Je n’ose même pas l’imaginer.

Armando Menicacci : Votre récit fait froid dans le dos. Je vous remercie de l'avoir partagé. Je n’imaginais pas que le doge puisse se montrer si menaçant. Écoutez, je vous propose de me rejoindre à Burani. C’est là-bas que je suis hébergé, dans la paroisse de l’île. Vous y serez mieux protégé que dans la Citta, du moins pour le moment. Ensuite, une fois que l’enquête sera terminée, je me débrouillerai pour que vous puissiez partir avec moi au Saint-Siège. De là-bas vous pourrez regagner facilement la Nazalie.

Giuseppe Calabrese : J’apprécie votre geste mais que faire pour les autres ? Peuvent-ils se joindre à moi ?

Armando Menicacci : Je ne pense pas que cela soit sage. Cela attirerait l’attention du doge. Ces personnes ne sont pas en danger de toute façon, puisque je ne les ai pas rencontrées. Je veillerai à ce qu’elles soient délivrées de leurs chaînes une fois l’inquisition siracuzzaine saisie de l’affaire. Le pape pourra leur accorder l’absolution et ces personnes seront libres de partir.

Giuseppe Calabrese : Bien. Je suis soulagé, signor Menicacci. Je vous rejoindrai à Burani demain. Laissez-moi le temps de préparer quelques valises et de dire adieux à mes amis.

Armando Menicacci : [Il tend un papier] Prenez ce numéro. Appelez-moi lorsque vous arriverez à Burani.

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 Sujet du message : Re: Activités internes
Message Publié : Sam Avr 01, 2017 12:03 am 
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La Sainte purification


Épisode 7

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Réveillé par la percée des premiers rayons de soleil entre les planches en bois des persiennes, Giuseppe Calabrese venait de passer sa dernière nuit dans la Citta. Il sortit nonchalamment des draps imprégnés de sa transpiration. L’été siracuzzain était particulièrement tenace et ne laissait aucun répit aux vivants, pas même durant la nuit. Giuseppe voulut profiter une dernière fois de la douceur de vivre de l’île : il ouvrit la fenêtre de son modeste appartement et y fuma une dernière cigarette. Il enfonça sa tête dans le creux de ses mains, accoudé sur le rebord de l’ouverture. La rue était beaucoup plus calme que la nuit précédente. Comme tous les dimanches, les rues de la Citta allaient prendre vie beaucoup plus tardivement qu’à l’accoutumée. Après avoir fêté la fin de la semaine avec les camarades de l’atelier, les travailleurs siracuzzains avaient passé une bonne partie de la nuit à honorer leur moitié. Le nazalien songea à tous ces couples encore endormis. Son regard se porta progressivement sur les couches de paysage à l’arrière des toits de la Strada dei lavoratori. On apercevait une partie du grand canal, sur lequel l’activité ne faiblissait jamais. Et comment ne pas remarquer l’immense campanile de la Cathédrale San Marco, visible depuis n’importe quel lieu dans la Citta, pour peu qu’on prenne un peu de hauteur ? Il avait fière allure, magnifié par les couleurs chaudes du ciel matinal. Mais la cigarette fut bientôt consommée. Il referma la fenêtre en sachant toutefois qu’il garderait à jamais ce tableau gravé dans sa mémoire.

10h45 : c’était l’heure inscrite sur son billet pour le vaporetto inter-cités à destination de Burani. Il n’y avait plus de temps à perdre. Il prit une douche fraiche pour terminer d’émerger, se vêtit de vêtements propres et but un dernier café. Valises en main, il laissa derrière lui cette sordide habitation laissée à sa disposition par le réseau du doge lorsqu’il était arrivé à la Citta. Bien qu’attaché à la ville, il n’était pas mécontent de tourner la page de cet épisode obscur de son existence. Cacher ses secrets et vivre dans l’angoisse permanente que quelqu’un les découvre, tout cela l’avait épuisé. Une nouvelle vie allait s’offrir à lui. Une fois dans la Strada dei lavoratori, Giuseppe commença sa marche vers le grand canal : il lui fallait traverser ce dernier en bateau pour rejoindre la grande gare maritime du centre-villle de la Citta, depuis laquelle partait tous les vaporetti à destination des autres villes de la Sérénissime.

Aveuglé par l’éclat des rayons du soleil, il s’arrêta en route et se retourna pour chercher des lunettes de soleil dans l’une de ses valises. Il fut troublé d’apercevoir, plusieurs mètres derrière lui, un homme portant le costume et la cravate. Cet homme n’était pas là par hasard : dans ce quartier, personne n’avait les moyens de se vêtir ainsi. Ce n’était pas la première fois qu’il était suivi par un homme de ce type : comme il l’avait expliqué à l’inspecteur Menicacci, le doge surveillait ses « mignons » de très près. Il en était certain : il s’agissait d’un homme de main d’Enrico Dandolo. Il mit les lunettes sur son nez et continua sa route vers le grand canal, faisant mine de ne s’être aperçu de rien. Mais les questions se bousculaient dans sa tête. Que faire ? Tenter sa chance et essayer de gagner Burani en tentant d’échapper aux hommes de main du doge ? Renoncer et retourner dans sa cage dorée ? Il se souvint que l’inspecteur pontifical lui avait noté son numéro sur un bout de papier. Il saurait peut-être l’aider. Sortant le fameux papier de la poche de sa veste, il composa le numéro.



Giuseppe Calabrese : Réponds… Allez, réponds, pitié…

Messagerie :
Ciao, è sulla segreteria telefonica di Armando Menicacci, lasci prego suo messaggio dopo il segnale acustico.

Giuseppe Calabrese : Puttana… [« BIP »] – à voix basse - Signor Menicacci, je risque d’avoir un contretemps. J’ignore si le doge sait que je dois me rendre à Burani aujourd’hui, mais il a envoyé ses hommes de main me surveiller. Au moment-même où je vous parle l’un d’eux se trouve quelques pas derrière moi. Je ne sais pas quoi faire, ils m’empêcheront d’aller jusqu’à la gare maritime de la Citta. Rappelez-moi s’il vous plait.


Il raccrocha et croisa les doigts. Il ne lui restait plus qu’à miser sur une aide du destin. Peut-être même se mit-il à croire subitement en Dieu, espérant qu’il puisse lui venir en aide. Mais quelques minutes plus tard, l’étau se referma un peu plus encore : un deuxième homme de main attendait muni d’un talkie-walkie à l’entrée de l’embarcadère. Impossible, désormais, de rejoindre la gare maritime de l’autre côté du grand canal. Giuseppe stoppa son avancée. Il soupira. Il zieuta son téléphone, espérant un appel d’Armando Menicacci, mais rien ne vint. Les deux hommes se rapprochaient lentement. Quelques secondes de plus et il lui serait impossible d’échapper aux griffes du doge. Il continuerait à vivre en esclave sexuel jusqu’à ce que le doge en soit lassé et mette fin à ses jours pour réduire à néant les risques d’être démasqué. Non, cela, il ne l’acceptait pas. Il ne consentait plus à vivre ainsi, Armando Menicacci avait réveillé trop d’espoir en lui. Laissant ses valises en pleine rue, il marcha rapidement vers une des ruelles adjacentes et s’y enfonça. Une fois hors du champ de vision de ses poursuivants, il accéléra le rythme et courut vers des ruelles toujours plus étroites en direction du grand canal. Les hommes de main du doge comprirent qu’une chasse à l’homme venait de s’engager.


Musique d’ambiance suggérée


Giuseppe se sentait pousser des ailes. Il avançait à toute vitesse dans les rues, suivi de très près par les hommes de main du doge. Il semblait toutefois avoir un avantage sur eux : il connaissait parfaitement le quartier des épiciers et savait pertinemment où le menait chacune des rues qu’il empruntait. Il entendait ses poursuivants proférer des menaces, ce qui lui permettait d’estimer avec plus ou moins de précision la distance qui le séparait d’eux. Il avait désormais deux rues d’avance sur ceux-ci, si bien qu’il crut les avoir semés. Les poursuivants s’étaient en vérité séparés pour le coincer. Le piège se referma après quelques minutes de course et Giuseppe se retrouva avec un homme de main à chacune des extrémités de la rue qu’il empruntait. Manifestement, ils connaissaient les lieux aussi bien que lui. Mais il n’abandonnait pas. Doté d’une excellente condition physique, il grimpa sans difficulté à la grille d’un balconnet puis, s’aidant toujours de celle-ci, il s’agrippa à la toiture de l’habitation. Ladite habitation séparait la ruelle du Grand Canal, qu’elle longeait. Il prit son élan, sauta du sommet du bâtiment et plongea dans le Grand Canal. Quand ses poursuivants atteignirent à leur tour le toit de l’habitation, ils cherchèrent pendant plusieurs secondes leur cible. L’un d’entre eux pointa alors son doigt en direction du canal. Guiseppe tentait tant bien que mal de rejoindre l’autre rive, mais la traversée du grand canal était particulièrement risquée : l’agitation des eaux provoquée par le flux de bateaux augmentait le risque de noyade, sans compter le tranchant des hélices de moteurs qu’il fallait éviter lorsqu’on se trouvait au milieu de cette autoroute aquatique. Conscients que tenter la traversée du Grand Canal était suicidaire, les deux hommes renoncèrent à poursuivre le nazalien mais utilisèrent le talkie-walkie à leur disposition, manifestement pour demander du renfort.

De son côté, Giuseppe avançait très lentement, chahuté par les vagues formées par les innombrables bateaux sur leur passage dans le grand canal. Lorsqu’il tenta de traverser la première file de bateaux, il se fit percuter de plein fouet et manqua de peu de se faire découper par les hélices de l’embarcation. Assommé, le jeune homme eut toutes les peines du monde à regagner la surface. Lorsqu’il y parvint, il lui fallut plusieurs secondes pour reprendre ses esprits. Déterminé à ne pas mourir noyé, il retenta sa chance et se propulsa de toutes ses forces – du moins ce qu’il en restait – pour franchir la première file de bateaux. Le conducteur d’une petite embarcation aperçut la tête du nazalien hors de l’eau et modifia immédiatement l’orientation de son propulseur. Cherchant à éviter la collision avec l’homme à la mer, il ne put toutefois l’éviter avec un vaporetto qui naviguait dans le sens opposé. Les deux engins se heurtèrent, la petite embarcation chavira et le vaporetto fut lourdement endommagé. L’accident provoqua la panique générale sur le canal : les bateaux, cherchant à éviter l’embarcation renversée, se heurtèrent à leur tour aux engins qui les entouraient. Dans un chaos général, Giuseppe profita du ralentissement du trafic sur le Grand Canal pour terminer sa traversée. Miraculé, il attînt la rive opposée. Il lui fallait désormais atteindre la Gare Maritime le plus rapidement possible, avant que les hommes du doge ne l’en empêchent.

Passant devant le Palais de l’inquisition, comme un symbole, il fuyait aussi vite qu’il pouvait vers l’Est du centre-ville. Il renversait les passants et touristes, sans jamais s’excuser, dévalant les marches des ponceaux trois par trois. Il arriva enfin à la Place San Marco. Entre-lui et la gare maritime, se tenait son dernier obstacle : le Palais des doges. Depuis l’extrémité de la place il aperçut d’autres hommes de main du doge, reconnaissables à leur macabre costume noir et à leur regard effrayant. Astucieux, le nazalien se tapît parmi la foule de touristes au milieu de la place. Il marchait lentement pour ne pas se faire repérer. Sa traversée de la place était presque achevée, il ne lui manquait plus que quelques dizaines de mètres pour franchir la Cathédrale San Marco et contourner le Palais des doges, derrière lequel se situait la gare maritime. Mais Giuseppe ne s’était pas aperçu que l’un des hommes en noir se tenait sur le parvis de la Cathédrale et venait de le repérer. L’homme se saisit de son talkie-walkie et prévint ses homologues avant de s’avancer vers le nazalien. Ce dernier, se sachant repéré, n’eut d’autre choix que de changer sa trajectoire. Il reprit sa course effrénée. Cherchant à éviter les hommes de main du doge, il n’eut d’autre choix que de tenter d’atteindre la gare maritime en longeant le grand canal par devant le Palais des doges. Un itinéraire particulièrement périlleux. Tout juste eut-il le temps de courir jusqu’à proximité du palais des doges qu’un autre sbire du doge se dressait sur son chemin. Il était désormais piégé entre ses poursuivants et l’antre du doge. Voyant une poignée de gardes républicains devant l'une des entrées du Palais, il eut la naïveté de croire qu’ils pourraient lui venir en aide.



Giuseppe Calabrese : Aiuto ! Aiuto ! Omicidio !


Interpelés, plusieurs gardes se rapprochèrent pour comprendre ce qu’il se passait. Mais l’un des hommes de main leur fit signe. Les gardes cessèrent d’avancer et restèrent immobiles. Les passants et touristes, eux, prirent Giuseppe pour un fou. Les prédateurs tenaient leur proie. Il restait toutefois une dernière issue à celle-ci. Giuseppe se rua vers l’entrée du campanile de la Cathédrale San Marco, renversant un à un les touristes présents dans la file d’attente, suivi par les hommes de main du doge. Montant les marches à toute vitesse, le nazalien se prit les pieds dans l’une d’elles et chuta. Il hurla de douleur, les os de son bras étaient brisés. Ses poursuivants étaient toujours derrière lui, alors il termina sa course dans la souffrance. Une fois arrivé au sommet de la tour, il regarda partout autour de lui mais il ne voyait plus aucun moyen d’échapper aux griffes du doge. Alors, la mort lui semblait devenir un châtiment plus désirable que celle de vivre à nouveau en esclave. Résolu, il passa son corps de l’autre côté des barrières de sécurité. La dernière chose qu’il vit fut le visage de ses poursuivants. Il ferma les yeux, inspira et retira un à un ses doigts du rebord de la grille. Il laissa le poids de son corps le propulser en arrière. Il se sentait flotter. Pour la première fois, il volait. Attiré vers le sol, le rythme de sa chute accélérait. Les secondes lui paraissaient être des heures. Mais il était libre. Enfin.





La chute du corps provoqua les cris de la foule de touristes aux pieds du campanile. Très vite, les gardes républicains firent évacuer la tour et les alentours du Palais des doges. À quelques mètres seulement, un vieil homme en costume de cérémonie regardait la scène derrière les vitraux d’une des fenêtres du Palais des doges. Il affichait un léger sourire. Dans son dos, un homme se rapprocha et s’adressa à lui à voix basse.


Homme de main : Votre Altesse, c’est fait.

Enrico Dandolo : Bien. Nous n’avons plus qu’à envoyer nos amitiés à Signor Menicacci.

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Demandez à un Siracuzzain s'il vient vraiment de là-bas, il vous répondra que Siracuzzia n'est pas là-bas, mais là-haut.


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 Sujet du message : Re: Activités internes
Message Publié : Mar Juin 13, 2017 2:15 pm 
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Le malheur des uns fait le bonheur des autres


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Salon du Conseil restreint au Palais des Doges


Il n'est jamais anodin pour un doge de convoquer en pleine nuit les membres du Conseil restreint. Pour autant, ce n'était pas une véritable surprise, chacun d'eux savait quel allait être l'objet de cette réunion tardive. À seulement quelques kilomètres des côtes siracuzzaines se déroulait un conflit des plus préoccupants. D'habitude assez peu soucieuse de l'actualité internationale, neutralité diplomatique oblige, Siracuzzia ne pouvait pas rester attentiste face à la guerre civile qui s'ouvrait au Caskar. La proximité géographique de l'île rendait, de facto, Siracuzzia concernée par ce qui s'y déroulait. Et ce d'autant plus lorsque l'économie de la Sérénissime était susceptible de s'en trouver impactée. Un conflit durable si proche des eaux siracuzzaine ne pouvait rien apporter de bon. L'image d'un Bassin Céruléen comme lieu de stabilité politique et économique propice aux investissements et aux échanges se ternissait. Une image déjà abîmée par les tensions en Algarbe du Nord. Siracuzzia se devait de réagir, pour sauvegarder ses intérêts mais aussi pour prouver sa valeur parmi les pays du Bassin Céruléen, seule partie du monde dont la Sérénissime se sentait concernée.

Le visage des conseillers était creusé par les cernes. Il était trop tard pour se dire bonsoir et trop tôt pour se souhaiter le bonjour. On se contentait donc de serrer la main de ses pairs. Lorsque le Doge fut annoncé, les conseillers rejoignirent la place qui leur était assignée autour de la table de réunion et attendirent, debout. Enrico Dandolo pénétra dans le salon. Arrivé à son siège, il fit signe aux conseillers de s'asseoir.



Enrico Dandolo
Doge de Siracuzzia

« Bien. Messieurs, je suis très préoccupé par l'actualité du Caskar. Les tensions entre unionistes et traditionalistes ont viré au conflit armé. Nous pouvons désormais parler d'une guerre civile et les combats sont sur le point de débuter. Comme vous le savez, le Caskar est un partenaire économique sur lequel nous comptons. Il nous faut donc veiller à ne froisser aucun des deux camps si nous voulons nous assurer de pouvoir poursuivre nos relations une fois le conflit terminé. Pour autant, je pense que nous ne pouvons pas nous contenter de rester les bras croisés et laisser nos voisins semer le désordre aux portes de nos eaux. C'est pour cette raison que je vous ai fait venir. Je pense que Siracuzzia, plutôt que subir cette situation, peut tirer son épingle du jeu. Face à l'instabilité du Caskar, il est peut être temps pour nous de mettre en avant la sûreté et l'attractivité de la Sérénissime. Face à la guerre, offrons de la stabilité. Face à la destruction, offrons de l'espoir. J'ai l'intention de lancer un appel à tous les investisseurs étrangers présents au Caskar ainsi qu'à toutes les élites résidant au Caskar : nous sommes une terre de paix propice à la prospérité et à la réalisation de vos ambitions ; nous sommes prêts à vous ouvrir nos portes. Montrons leur qu'il existe un endroit où règne la sécurité et où leurs intérêts pourront être sauvegardés, en dépit des tensions naissantes dans le Bassin Céruléen. »


Innocenzo Dandolo
Conseiller à la diplomatie

« Votre Altesse, ne craignez-vous pas que ce positionnement provoque la colère des autorités actuelles et futures du Caskar, au cas où elles viendraient à changer ? Cet appel pourrait être perçu comme un coup bas porté à un pays déjà en difficulté. Les caskars pourraient très mal réagir. »


Enrico Dandolo
Doge de Siracuzzia

« J'en suis parfaitement conscient. Cela dit, nous serons peut-être en mesure de restaurer des relations amicales avec le Caskar à l'issue du conflit. Dans le pire des scénarios, le Caskar met un terme aux relations qui nous unissent, auquel cas la question la plus préoccupante serait celle de nos importations de pétrole et carburant. Dans cette hypothèse, il nous faudra nous tourner vers d'autres partenaires, mais c'est un risque à prendre. Je suis persuadé que nous avons davantage à perdre qu'à gagner en subissant la situation. Il ne faut pas laisser au Caskar, à l'Aminavie et à l'Empire Luciférien d'Algarbe le monopole de l'image internationale du Bassin Céruléen. Ils vont contribuer à dévoyer cette image, alors il nous revient de la redorer. »


Giovanni Grimani

Conseiller à la sécurité intérieure

« Je partage votre position, Votre Altesse, mais si je puis me permettre une suggestion : il nous faudra, au moins officieusement, garder un œil sur les personnes qui répondront à votre appel et rejoindront Siracuzzia pour échapper à la guerre. Parmi ces civils, pourraient parfaitement se tapir des personnes mal intentionnées voire des agents étrangers. Nous leur faciliterions la tâche en leur laissant trop de libertés une fois arrivés à Siracuzzia. Nous devrons nous renseigner sur les personnes qui formuleront une demande d'asile et transmettre le plus d'informations possibles à nos services de contre-espionnage afin qu'ils puissent efficacement les surveiller une fois sur place. Ce sont des mesures indispensables, selon moi, si nous souhaitons que cette opération soit pleinement un succès. »


Enrico Dandolo
Doge de Siracuzzia

« Votre remarque est très juste Signor Grimani. Vos services auront carte blanche pour s'assurer de la bonne foi des demandeurs d'asile, y compris après leur arrivée, du moment qu'ils œuvrent le plus discrètement possible. Nous voulons donner l'image d'un pays accueillant et chaleureux. Veillez à ne pas compromettre cette opération. Les demandeurs d'asile ne devront surtout pas se sentir surveillés. Bien au contraire, nous veillerons à ce qu'ils se sentent suffisamment bien à Siracuzzia pour leur ôter le désir de retourner au Caskar une fois le conflit terminé. Faisons leur un pont d'or, déroulons-leur le tapis rouge. Qu'ils se sentent privilégiés. »


Cosimo di Giacomo
Conseiller aux finances

« Nous pourrions même aller jusqu'à leur offrir des avantages fiscaux particuliers. Pour les sociétés qui délaisseraient le Caskar en faveur de Siracuzzia, nous pourrions les exonérer totalement de taxe sur les accidents du travail et d'impôt sur les bénéfices, pour une durée limitée. Pour les particuliers, nous pourrions envisager de les exonérer partiellement ou temporairement de l'impôt sur les revenus de la propriété, du capital et de l'épargne. Notre économie profitera de cet exode vers Siracuzzia à court terme voire à long terme si les demandeurs d'asile et les investisseurs restent à Siracuzzia. Pour cela, il faut que nos cadeaux soient suffisamment généreux. »


Enrico Dandolo
Doge de Siracuzzia

« Parfaitement, j'avais justement dans l'idée de proposer des avantages fiscaux. Nous pourrions peut-être même proposer une prise en charge des frais liés aux déménagements. Mettons leur la carotte sous le nez. Stabilité, sécurité des investissements, avantages fiscaux, aide à l'emménagement... Je ne vois pas ce qui retiendra les entreprises et les élites caskares, sinon l'attachement au pays. Encore faut-il qu'il soit suffisamment fort pour résister au chant des nos sirènes... »

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Traduit en français par Maël Soucaze.
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